Des démocrates face au premier test du Sud

Après un démarrage plutôt manqué, Jo Biden joue désormais son avenir dans cette course présidentielle.
Photo: Matt Rourke Associated Press Après un démarrage plutôt manqué, Jo Biden joue désormais son avenir dans cette course présidentielle.

Ça passe ou ça casse lors de la primaire démocrate de la Caroline du Sud qui se joue samedi aux États-Unis. À la veille du Super Tuesday qui, mardi prochain, se prépare à transporter la course à l’investiture démocrate dans 16 États, dont la Californie et le Texas — les plus populeux du pays — l’épreuve de la Caroline, premier test électoral dans un État du sud, ne devrait plus seulement confirmer des tendances, mais également commencer à briser des rêves. Que faut-il surveiller ?

Joe Biden

Après un démarrage plutôt manqué en Iowa, au New Hampshire et au Nevada, l’ancien vice-président américain joue désormais son avenir dans cette course présidentielle. « Pour continuer d’avancer, il n’a pas d’autre choix que de remporter la Caroline du Sud, et avec une bonne avance », résume à l’autre bout du fil le stratège démocrate Basil Smikle, un ancien conseiller d’Hillary Clinton.

Jeudi, un sondage de la Monmouth University lui accordait cette avance, de 20 points, sur le meneur dans la course, Bernie Sanders, avec 36 % des intentions de vote. L’outsider Tom Steyer, arrive, lui, en troisième position. Une première pour le milliardaire, dont la discrétion le relègue depuis le début de la course dans les fins de listes des sondages.

« Joe Biden a fait campagne sur sa capacité à rallier les minorités (en particulier les Afro-Américains) qui constitue une grande partie du vote démocrate, dit en entrevue Katelyn Stauffer, professeure de science politique à la University of South Carolina. Or, 60 % de l’électorat lors des primaires de la Caroline du Sud est afro-américain. Un échec ici pour lui, jetterait de sérieux doutes sur ses prétentions et le blesserait immanquablement juste avant le Super Tuesday. »

Si nous passons les quatre prochains mois à nous déchirer au sein de notre parti, nous allons regarder Donald Trump passer les quatre prochaines années à déchirer notre pays

Bernie Sanders

Après le New Hampshire et le Nevada, le sénateur du Vermont profite bel et bien d’une vague qui lui est favorable. Et une troisième victoire de suite en Caroline du Sud viendrait lui donner l’énergie nécessaire pour faire sortir la locomotive de la gare, après un mois passé à la faire chauffer. Direction : l’investiture. « Bernie Sanders a reçu 42 % du vote non-blanc au Nevada et ses soutiens auprès de l’électorat latino sont très forts, ce qui augure très bien pour lui en Californie et au Texas, dit Basil Smikle. La Caroline du Sud va permettre de mesurer sa capacité à forger une coalition multiraciale et multiethnique pour sa course. »

La semaine dernière, un sondage national mené par NBC et le Wall Street Journal a confirmé l’ascension de Sanders auprès de l’électorat afro-américain lors des primaires démocrates. Il va chercher désormais 29 % d’appuis dans cette frange de la population, soit trois points de moins que Biden. Fait intéressant, 14 % à peine de cet électorat accorderait son vote à Donald Trump lors de la présidentielle de novembre prochain alors que les autres voteraient pour n’importe quel candidat démocrate, avec une préférence toutefois pour une candidature plus modérée que celle de Sanders. 65 % des démocrates afro-américains se disent en effet plus modérés ou conservateurs que progressistes, indique une récente enquête du Pew Research Center.

« Il n’y a pas de chemin viable vers la nomination sans un fort soutien des électeurs non blancs », dit Katelyn Stauffer en ajoutant que les candidats moins attirants pour cette frange de la population n’ont donc aucune chance « de décrocher l’investiture. »

Vendredi matin, un sondage ABC-Ipsos est venu apporter de l’eau au moulin de son équipe de campagne : 34 % des Américains estiment que Bernie Sanders est le mieux placé pour défaire Donald Trump en novembre prochain. Contre 25 % qui accordent à Joe Biden le pouvoir d’attraction nécessaire pour le faire.

Gérer les divisions

Lors du débat des candidats à l’investiture démocrate, mardi à Charleston, Caroline du Sud, la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar a finalement très bien résumé l’enjeu de la suite des choses : « Tout ce que je sais, c’est que, si nous passons les quatre prochains mois à nous déchirer au sein de notre parti, nous allons regarder Donald Trump passer les quatre prochaines années à déchirer notre pays », a-t-elle dit.

À neuf mois du scrutin présidentiel, l’appel à l’unité se fait de plus en plus fort et les résultats de cette primaire pourraient apporter un remède aux divisions qui s’affichent, de manière un peu trop agressive, parfois, au sein de la famille démocrate. « Si Biden remporte une franche victoire, cela pourrait amener plusieurs autres candidats modérés à quitter la course pour laisser leurs sympathisants soutenir cette candidature, dit Katelyn Stauffer. À l’inverse, si la course est serrée, cela ne va pas se produire, laissant les modérés se déchirer et tracer ainsi une voie bénéfique à Sanders. »

Le hic, c’est que, même avec une victoire de 46 % au Nevada, la candidature de Bernie Sanders, un progressiste autoproclamé socialiste, reste une forte source de division au sein du parti démocrate, puisque rejetée, pour le moment, par la majorité des électeurs démocrates. Au New Hampshire et en Iowa, il a reçu l’appui d’un quart des électeurs.

« Dans l’ensemble, je crois que l’on en fait trop sur la soi-disant division entre les ailes modérées et progressistes au sein du parti, expose en entrevue au Devoir la sociologue Jessica Paige, spécialiste en études afro-américaines à l’Université de l’Iowa. Les électeurs a qui je parle sont plus préoccupés par la nécessité de faire sortir Donald Trump de la Maison-Blanche et conviennent qu’ils pourraient soutenir presque tous les candidats dans la course. Si Bernie Sanders devait remporter l’investiture, je crois que la plupart des gens y seraient favorables, d’autant que son « socialisme démocratique » est tout à fait conforme aux mouvements progressistes que nous avons connus ici par le passé, comme le New Deal. »