Sanders «le socialiste» fait peur

Au lendemain des caucus du Nevada, les résultats partiels de dimanche donnaient toujours une large avance au sénateur du Vermont.
Photo: Drew Angerer Getty Images via Agence France-Presse Au lendemain des caucus du Nevada, les résultats partiels de dimanche donnaient toujours une large avance au sénateur du Vermont.

Le sénateur démocrate Bernie Sanders poursuit sa lancée après sa victoire de samedi dans le Nevada, mais ses opposants de l’aile modérée laissent entendre que ses idées socialistes mineraient ses chances de vaincre Donald Trump à la présidentielle américaine de novembre.

Au lendemain des caucus du Nevada, les résultats partiels de dimanche donnaient toujours une large avance au sénateur du Vermont. Sur 60 % des bureaux de vote, Bernie Sanders récoltait 46 % des suffrages, devançant ses rivaux modérés, l’ex-vice-président Joe Biden et l’ancien maire d’une municipalité de l’Indiana Pete Buttigieg, qui récoltaient respectivement 19,6 % et 15,3 %.

Pour Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, le candidat socialiste va tout droit vers le chemin de la victoire. « Il n’y a jamais un candidat qui a eu un début de course comme ça et qui n’a pas remporté l’investiture présidentielle de son parti », souligne-t-il au Devoir.

« Il est tôt dans la série des primaires, mais c’est difficile de voir qui d’autre pourrait relever le défi de défaire [Bernie Sanders] », renchérit Barry Eidlin, professeur adjoint de sociologie à l’Université McGill.

Le sénateur de 78 ans a réussi à dissiper les doutes concernant son âge ou sa forme physique, quelques mois après avoir subi une crise cardiaque. Il se présente en position de force en vue du « Super Tuesday », le 3 mars prochain, durant lequel 14 États voteront pour la primaire démocrate. « Il est capable de gagner non seulement avec les électeurs blancs, mais, contrairement à 2016, il a clairement montré qu’il est capable de gagner les électeurs qui sont issus des minorités ethniques », croit M. Jacob.

L’ex-vice-président Joe Biden semble ragaillardi après être arrivé deuxième au Nevada, malgré des échecs en Iowa et au New Hampshire. Il espère gagner grâce à sa popularité auprès de l’électorat afro-américain, dont l’appui sera déterminant lors de la primaire en Caroline du Sud, samedi. Biden y vise une victoire en vue de relancer sa campagne avant le « Super Tuesday ». « La presse est prête à vous déclarer pour mort rapidement. Mais nous sommes en vie, nous allons revenir et nous allons gagner », a-t-il assuré en fin de semaine.

Que les candidats modérés parviennent ou non à rivaliser avec Bernie Sanders, l’ascension de ce dernier révèle les fractures du Parti démocrate. Le favori à l’investiture prône notamment un système public d’assurance-maladie et la gratuité scolaire pour les études universitaires, des idées sur lesquelles ses rivaux l’ont attaqué, brandissant le spectre du socialisme.

L’ancien maire de South Bend Pete Buttigieg a mis en garde les démocrates contre le risque de choisir un socialiste pour qui le capitalisme « est à l’origine de tous les maux ». « Le sénateur Sanders croit en une révolution idéologique inflexible, qui oublie la plupart des démocrates, sans parler de la plupart des Américains », a-t-il déclaré.

Pour le milliardaire Michael Bloomberg, Bernie Sanders n’a aucune chance de battre Donald Trump en novembre. « Le choix de Bernie Sanders pour s’opposer au président républicain serait une erreur fatale », a déclaré son équipe de campagne.

« Pour les Américains qui sont un peu plus vieux, qui ont connu la guerre froide, le socialisme est très rapidement associé au régime communiste, surtout à la question de l’Union soviétique », explique M. Jacob, de la Chaire Raoul-Dandurand. Il estime néanmoins que, pour l’électorat plus jeune, le « stigma est beaucoup moins fort ». Selon lui, la définition du socialisme que propose Bernie Sanders se rapproche plutôt du courant social-démocrate. « Ce n’est pas du socialisme dans le sens soviétique du terme. Sanders établit une nuance très claire entre les deux », note-t-il.

Barry Eidlin abonde dans le même sens. « Ce que Sanders propose, ce serait plutôt ce qu’en Europe ou même ici au Québec, on verrait comme du capitalisme plus modéré », dit le professeur de McGill. Et même si, selon lui, le mot socialisme a été « presque tabou » durant des décennies chez nos voisins du sud, la perception qu’en ont les Américains a changé. « L’ère du monde communiste est lointaine, le mot n’a pas la même puissance », constate-t-il. « On tente de faire peur, mais ça ne marche pas cette fois-ci », analyse-t-il en parlant des réformes proposées par Bernie Sanders, qui sont « presque tenues pour acquises ailleurs dans le monde ».

Le seul à pouvoir battre Trump ?

Dimanche, le président des États-Unis a félicité le sénateur du Vermont pour « sa grande victoire ».

Selon M. Eidlin, le président républicain « a très peur » de Bernie Sanders, car il est le « seul candidat qui peut [lui] tenir tête ». « C’est lui qui peut livrer le programme que Trump a promis à l’électorat, soit qu’il s’occuperait des problèmes des plus démunis, des pauvres, qu’il se battrait pour eux », explique-t-il.

Une stratégie qu’emploient également les opposants démocrates de l’aile modérée du parti. « Même s’ils ont un discours plus progressiste, quand ça vient aux questions économiques, ils ont de la difficulté à démontrer qu’ils sont préoccupés par ces grandes questions des plus démunis », croit-il.

Il reste encore huit candidats officiellement en lice pour l’investiture démocrate. Les sénatrices Elizabeth Warren et Amy Klobuchar pourraient néanmoins connaître des problèmes de financement. Certains candidats pourraient abandonner la course au début du mois prochain.