Cinq choses à surveiller lors des caucus du Nevada

L’ancien maire de New York, Michael Bloomberg (au premier plan), et l’ancien maire de South Bend, Pete Buttigieg (en arrière-plan)
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse L’ancien maire de New York, Michael Bloomberg (au premier plan), et l’ancien maire de South Bend, Pete Buttigieg (en arrière-plan)

À la conquête de l’Ouest ! Après l’Iowa et le New Hampshire, la marche lente de l’investiture démocrate en vue de la prochaine présidentielle américaine se poursuit samedi au Nevada. Ces caucus sont attendus puisqu’ils placent les candidats face à un nouveau test électoral dans un premier État de l’ouest du pays et surtout dans un bassin démographique beaucoup moins homogène que lors des scrutins précédents. L’instant pourrait être décisif pour plusieurs d’entre eux. Mais que faut-il surveiller ?

Bernie Sanders. Le sénateur du Vermont va-t-il réussir à prendre ses distances sur Pete Buttigieg, avec qui il a été coude-à-coude en Iowa et au New Hampshire, pour s’imposer comme le réel leader de cette course ? La semaine a été bonne pour le vieux routier de la politique américaine placé en tête du dernier sondage ABC News/Washington Post à l’échelle nationale avec 32 % d’appuis des électeurs démocrates et des indépendants aux penchants démocrates. C’est 8 points de plus que lors du dernier coup de sonde lancé par ces deux médias le 23 janvier dernier. Il est désormais loin devant Joe Biden qui poursuit sa lente chute amorcée après une piètre performance dans les deux premiers États de ces primaires, à 17 %, et Mike Bloomberg à 14 %. Ce trio est suivi par Elizabeth Warren (11 %), puis Amy Klobuchar et Pete Buttigieg avec respectivement 6 et 7 % des intentions de vote.

Pete Buttigieg. À 38 ans, l’ancien maire de South Bend en Indiana a créé la surprise au début de la course en remportant les caucus de l’Iowa par moins de 100 voix sur Bernie Sanders et en cédant une minuscule avance de 1,4 point au New Hampshire à ce proche rival. Mais va-t-il être en mesure de transformer ces deux essais dans un État qui pourrait lui être un peu moins favorable en raison de sa plus grande diversité sociale ? C’est que le prometteur politicien n’a pas encore démontré son pouvoir de séduction auprès de l’électorat afro-américain et latino, représentant plus du tiers des 3 millions de personnes vivant au Nevada. Des franges de l’Amérique qui le considèrent un peu moins dédié à leurs causes, comparé à Sanders ou Biden.

Bilan négatif : la communauté noire de South Bend estime que le développement de cette petite ville industrielle du Midwest s’est fait, sous l’ère Buttigieg, bien plus à la faveur des riches que des minorités. Sans compter que mardi, c’est à Bernie Sanders que le plus important groupe de pression latino des États-Unis — Mijente, c’est son nom — a accordé son appui, et ce, dans un geste historique, puisque jamais ce groupe ne s’est prononcé en faveur d’un candidat en période électorale.

Mike Bloomberg. Il n’a pas brillé lors de sa première participation au débat des candidats démocrates qui s’est tenu mercredi soir à Las Vegas, mais cela ne devrait pas avoir d’effet majeur sur les caucus du Nevada où le nom de l’ancien maire de New York n’apparaît même pas sur les bulletins. En effet, il ne s’y est pas inscrit, préférant concentrer sa candidature inédite sur les États du Super Tuesday, le 3 mars prochain, dont la Californie, le Texas ou le Colorado font partie. Toutefois, rien n’empêche les électeurs du Nevada d’accorder leur vote au multimilliardaire, comme certains l’ont fait en Iowa et au New Hampshire où Bloomberg n’était même pas dans la course. Là-bas, ses appuis y ont été marginaux. Au Nevada, la taille de cette marge pourrait témoigner de la vigueur, ou pas, du vent ascendant que le riche homme d’affaires entretient à coup de millions de dollars dans l’espoir de décrocher tardivement l’investiture démocrate.

La transmission des résultats. « Nous avons tiré les leçons de l’Iowa .» Mercredi, sur les ondes de CNN, Tom Perez, président du comité national démocrate, s’est montré rassurant deux semaines à peine après le fiasco qui a retardé la diffusion des chiffres de l’Iowa et jeté le discrédit sur le départ d’une course qui, dans une année électorale cruciale, se devait d’être spectaculaire. C’est que la même application, développée par Shadow et qui a fait capoter de manière magistrale le dévoilement des résultats dans le Midwest, devait être utilisée au Nevada. Les dirigeants du parti démocrate local ont opté pour une solution de rechange : des iPad formatés par le parti et contenant une feuille de calcul Google sécurisée et élaborée avec la complicité de la multinationale californienne pour le calcul des appuis lors des caucus. Les risques d’erreur et de dysfonctionnement ne sont pas écartés pour autant, estime David Becker, à la tête du Center for Election Innovation and Research. Car si la dimension technologique est un peu plus solide qu’en Iowa, c’est le facteur humain qui pourrait poser problème, a-t-il dit dans les pages du Washington Post cette semaine, et ce, en mentionnant la formation hâtive des bénévoles pour l’utilisation de ce nouveau système d’enregistrement du vote.

La participation. Le diable est dans le détail, disent les anglos, mais aussi dans le taux de participation à ces primaires que les démocrates envisagent depuis des mois comme l’acte premier du processus d’expulsion de Donald Trump de la Maison-Blanche. Année charnière ? Pas vu de l’Iowa où les attentes n’ont pas été comblées, avec 176 000 personnes qui se sont présentées aux caucus, soit 3 % de moins qu’en 2016 et surtout 120 000 de moins que les 300 000 espérés par les ténors du parti. À l’inverse, la mobilisation au New Hampshire a été légèrement supérieure à celle de 2016. 296 000 démocrates sont allés voter. 45 000 de plus qu’il y a 4 ans. Mais cette croissance serait plus liée à l’augmentation du nombre d’électeurs en âge de voter dans cet État qu’à l’effet stimulant d’une course à l’investiture dans laquelle les candidats se ressemblent, y compris dans leur difficulté à se démarquer réellement. En 2016, 84 000 démocrates ont participé aux caucus du Nevada, remporté par Hillary Clinton. C’était 30 % de moins qu’en 2008, l’année d’Obama.