Une peine de 40 mois pour Stone, l’ancien conseiller de Trump

Roger Stone, au bras de sa femme Nydia, est arrivé souriant au palais de justice de Washington pour entendre sa sentence, jeudi.
Photo: Manuel Balce Ceneta Associated Press Roger Stone, au bras de sa femme Nydia, est arrivé souriant au palais de justice de Washington pour entendre sa sentence, jeudi.

Roger Stone, l’ancien conseiller et ami de Donald Trump dont le procès a déclenché une polémique à Washington en raison des interventions du président américain dans le dossier, a finalement été condamné jeudi à trois ans et quatre mois de prison.

Le département de la Justice, en se défendant d’agir sur instruction de la Maison-Blanche, avait déjugé ses procureurs, qui avaient initialement requis entre sept et neuf ans contre M. Stone, reconnu coupable en novembre d’avoir menti au Congrès.

 

Ses recommandations d’une sentence comprise entre trois et quatre ans ont bien été suivies par la juge fédérale Amy Jackson, qui a condamné l’accusé à 40 mois de prison.

« Il n’a pas été poursuivi, comme certains l’ont dénoncé, pour avoir défendu le président. Il a été poursuivi pour avoir couvert le président », a-t-elle déclaré après le prononcé de la peine, se félicitant que « la vérité existe et importe toujours ».

Donald Trump a réagi jeudi, assurant que son ami Roger Stone, 67 ans, avait « de bonnes chances d’être innocenté ». Il a ajouté qu’il pourrait envisager plus tard de gracier son ex-collaborateur. « Je prendrai une décision à un moment donné », a dit le président, qui a récemment multiplié les déclarations publiques sur ce dossier, critiquant la peine initialement recommandée par les procureurs.

La semaine dernière, les procureurs fédéraux qui instruisaient l’affaire avaient requis entre sept et neuf ans de prison contre M. Stone, connu pour son style flamboyant et son tatouage de Richard Nixon dans le dos.

Je doute sincèrement que je me serais prononcée pour une sentence entre sept et neuf ans

 

Le lendemain, le département de la Justice avait à son tour jugé la recommandation « excessive » et suggéré une sentence comprise entre trois et quatre ans de détention. Désavoués par leur hiérarchie, les quatre procureurs fédéraux s’étaient retirés de l’affaire.

La réaction du président n’avait pas tardé : « Félicitations au secrétaire à la Justice, Bill Barr, pour avoir pris en charge un dossier totalement hors de contrôle ! »

Barr sous le feu de la critique

L’attorney général des États-Unis a eu beau assurer que les commentaires présidentiels n’avaient eu aucun effet sur la décision de ses services, il s’est retrouvé sous le feu des critiques.

Outre l’opposition démocrate, plus de 2200 anciens fonctionnaires du département de la Justice l’ont appelé à démissionner, l’accusant dans une lettre ouverte d’avoir accordé un « traitement de faveur » à Roger Stone et d’être « aux ordres du président ».

Jeudi, la juge Amy Jackson, sur laquelle Donald Trump avait mis la pression sur Twitter, a fait référence aux « commentaires étrangers » dans ce dossier et aux « actions sans précédent du département de la Justice la semaine passée ».

Elle a toutefois reconnu que la recommandation de peine initiale était trop lourde, même si elle a salué le travail des quatre procureurs.

« Je doute sincèrement que je me serais prononcée » pour une sentence entre sept et neuf ans, a-t-elle expliqué, ajoutant qu’elle avait pris en compte l’âge de M. Stone pour prononcer sa peine.

Sur la défensive, Bill Barr n’a eu de cesse de répéter que Donald Trump, dont il est l’un des plus solides défenseurs, ne lui avait pas demandé d’intervenir. Dans une rare note dissonante, il a toutefois demandé la semaine dernière au milliardaire new-yorkais d’éviter de tweeter sur les dossiers judiciaires, estimant que cela rendait son travail « impossible ».

Peine perdue, la Maison-Blanche a répondu que le président avait le droit « de commenter des affaires criminelles » et que cela ne relevait pas de « l’ingérence ».

Et Donald Trump était reparti à la charge, en retweetant de nombreux commentaires portant sur les démêlés d’autres de ses proches avec la justice ou sur l’origine de l’enquête russe, dénonçant un procès « très injuste » pour Roger Stone.

Jeudi matin, il avait de nouveau écrit sur l’affaire sur Twitter, deux heures avant que la peine soit connue, pour s’émouvoir d’un manque d’« équité ».

Roger Stone a été reconnu coupable d’avoir exercé des pressions sur des témoins et menti au Congrès sur ses contacts avec l’organisation WikiLeaks, au sujet de courriels démocrates piratés lors de la campagne de 2016.

Clamant son innocence, il soutient que des membres du jury étaient « partiaux ». Il n’a pas été immédiatement incarcéré jeudi au prononcé de sa peine à Washington.

Durant son procès, il s’était notamment fait remarquer en postant sur Instagram une photo de la juge Amy Jackson à côté d’un viseur d’arme à feu. Elle lui avait interdit de commenter son dossier publiquement.