«C’est le début de la fin de Donald Trump», a lancé Bernie Sanders après sa victoire

Bernie Sanders a remporté, avec une très mince majorité, la primaire du New Hampshire, mardi soir.
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse Bernie Sanders a remporté, avec une très mince majorité, la primaire du New Hampshire, mardi soir.

Tant pis pour Richard et Terry qui, mardi matin, ont fait du renforcement positif, pancartes à la main, pour leur candidat, l’ex-vice-président Joe Biden, au bord de la Whitehall Road, à l’est de Rochester, pas loin d’un bureau de vote. C’est finalement Bernie Sanders, sénateur du Vermont et favori dans les derniers sondages, qui a remporté, avec une très mince majorité, la primaire du New Hampshire, mardi soir. Il a séduit plus de 25 % des électeurs.
 

« Cette victoire ce soir, c’est le début de la fin de Donald Trump, a-t-il dit depuis son quartier général de Manchester où des milliers de partisans s'étaient réunis en soirée. Nous allons nous unir, vaincre le président le plus dangereux dans l’histoire moderne des États-Unis et construire une économie qui fonctionne pour l’ensemble de la population et non pas seulement pour les riches contributeurs des campagnes électorales. Notre campagne ne cible pas seulement Donald Trump, elle vise aussi à construire un nouveau pays. »

Le vieux routier reste au coude-à-coude avec l’ex-maire de South Bend en Indiana, Pete Buttigieg, qui avec 24 %, est arrivé en deuxième position, distancé de moins de 2 point de pourcentage. Il avait créé la surprise la semaine dernière en prenant la tête des caucus de l’Iowa, devant Bernie Sanders, avec là aussi une mince avance.

« Cela va être serré », avait prédit Dave Garabedian, un organisateur de la campagne de « Pete », comme on l’appelle ici, rencontré plus tôt en matinée à Portsmouth, au sud de l’État. « Mais la soirée va être bonne pour lui. Si je n’y croyais pas, je ne serais pas là aujourd’hui pour faire sa promotion. »

« Beaucoup de vous ont fait le choix d’une nouvelle génération, a dit Pete Buttigieg depuis Nashua. Notre campagne se poursuit au Nevada, en Caroline du Sud où nous allons chercher de nouveaux alliés dans ce combat. Voilà notre chance, pas juste de mettre fin au règne de Donald Trump, mais de construire ce qui va venir ensuite. Un regard neuf, c’est ce qui permet d’envisager un nouveau départ. »

Mardi, dans cet État de la Nouvelle-Angleterre, c’est toutefois la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar, qui s’est démarquée par une ascension inattendue, avec près de 20 % des voix. Elle a pris la troisième position de ce scrutin, devant Elizabeth Warren (10 %) dont les appuis ont fondu. Klobuchar avait décroché une cinquième place en Iowa. Dimanche, les sondages lui laissaient espérer pas plus que 6,2 % des suffrages.

«Bonjour l'Amérique. Je suis Amy Klobuchar et je vais battre Donald Trump», a-t-elle déclaré devant ses partisans réunis à Concord. «Mon cœur est comblé ce soir. Nous avons battu les prévisions à chaque étape de ce processus électoral. Nous l'avons fait sur le fond, nous l'avons fait avec des idées et nous l'avons fait avec un travail acharné.»

« La primaire du New Hampshire donne aux vainqueurs bien plus le droit de se vanter que les caucus de l’Iowa [marqués par des problèmes techniques qui ont retardé le dévoilement des résultats de plusieurs jours] », résume en entrevue la politicologue Emily Baer-Botisis, du College of Liberal Arts de Durham. « Buttigieg devait miser sur son succès et prouver qu’il peut continuer à attirer le soutien d’une large coalition d’électeurs. Sanders devait prouver qu’il peut gagner et qu’il peut attirer de nouveaux électeurs pour que le parti gagne à l’élection générale. »

Bernie Sanders n’est pas un politicien que l’on choisit par dépit, contre un autre candidat, mais bien pour les idées qu’il a

Joe Biden, pour sa part, a fait pire qu’en Iowa, atteignant cette fois une cinquième place et renforçant ainsi la remise en question, qui s’est fait entendre au cours des derniers jours dans les rangs démocrates, sur la viabilité de sa candidature en vue de la prochaine campagne présidentielle.

Signe de résignation, le politicien a quitté le New Hampshire mardi matin sans attendre le dévoilement des résultats, et ce, afin de poursuivre sa campagne en Caroline du Sud, où ses chances de succès sont un peu plus élevées qu’ici. La primaire va s’y tenir le 29 février prochain.

« Le New Hampshire est important, mais je dois aussi me concentrer sur la Caroline du Sud », a-t-il dit avant sa « fuite », comme ont qualifié son départ quelques électeurs dans les rues de Manchester mardi. En soirée, il s’est adressé à ses partisans par vidéoconférence depuis Colombus, en Caroline du Sud.

« C’est un autre pas en avant, mais le chemin est encore très long, a dit avec philosophie Derek Johnson, un partisan de Bernie Sanders. Il y a beaucoup de divisions au sein du parti, et il va y avoir beaucoup de déception dans les rangs démocrates au terme de ces primaires. Pour le bien du pays, nous allons devoir combattre cette déception et nous assurer que, peu importe celui ou celle qui va remporter l’investiture à la fin, tout le monde va aller voter en novembre prochain. »

En après-midi mardi, le gagnant de la primaire a d’ailleurs lancé un appel à la mobilisation et à l’unité des forces démocrates, à l’entrée d’un bureau de vote de Manchester. « Pour défaire Donald Trump, a-t-il dit en substance à une poignée de journalistes, il nous faut en novembre le plus haut taux de participation aux élections dans l’histoire du pays. Il faut amener aux urnes des gens qui, par le passé, ne sont pas allés voter. »

« Bernie Sanders n’est pas un politicien que l’on choisit par dépit, contre un autre candidat, mais bien pour les idées qu’il a », résume Meena Miller, une enseignante de l’État de New York qui suit la campagne du sénateur du Vermont autant que « le travail [le lui] permet », précise-t-elle. « En ce début de course, l’esprit est bon autour de lui. L’objectif est de garder maintenant cet élan jusqu’à la fin. »

La victoire de Bernie Sanders vient renforcer les tensions au sein des démocrates entre les ailes progressiste et plus modérée du parti. Tensions qui vont « se poursuivre tout au long des primaires et jusqu’à l’élection générale », assure Mme Baer-Botisis. « Sanders doit prouver qu’il peut rassembler une large coalition idéologique derrière lui, tout au long de la course. »

La faible majorité avec laquelle Bernie Sanders vient de remporter le New Hampshire, où en 2016 il avait fait le plein d’électeurs avec 60% d’appuis, pourrait devenir un carburant de la division. Les résultats de mardi soir confirment en effet que les démocrates sont, à plus de 70%, en faveur d’un autre candidat à l’investiture, si l’on se fie aux voix exprimées en faveur des autres politiciens dans la course.

Une course qu’Andrew Yang, un candidat dans la marge, vient d’ailleurs de quitter. Il a mis fin à sa campagne à peine les premiers résultats dévoilés. L’homme, qui promettait un revenu universel de 1000 $ par mois aux Américains, a conquis moins de 3 % des suffrages. Michael Bennet, avec 0,3 % des votes en sa faveur, a également jeté l’éponge.

Pendant ce temps, Donald Trump a remporté la primaire du New Hampshire, du côté des républicains, avec près de 84 % des votes.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

2 commentaires
  • Claude Poulin - Abonné 12 février 2020 13 h 55

    De quoi déprimer

    La lecture de la chronique de Thomas L. Friedman dans le NT, Paging Michael Bloomberg, a de quoi déprimer. Après une analyse brillante de la situation politique actuelle; de la dégradation de l'état de ce pays sous le régime Trump et de l'impasse dans laquelle se trouvent la campagene du Parti démocrate, Friedman recommande rien de moins que la candidature de Bloomberg, seul capable de mettre fin à ce régime. Difficile à accepter, mais sans doute a-t-il raison!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 13 février 2020 06 h 08

      En effet, c'est plutôt déprimant, mais ça démontre aussi l'immense pouvoir de l'argent! Ce sera toute une démonstration comme quoi: aux États-Unis on peut tout acheter, même la présidence!