Harvey Weinstein renonce à témoigner durant son procès

L’accusé, le producteur Harvey Weinstein, au tribunal de Manhattan, mardi
Photo: Frank Franklin II Associated Press L’accusé, le producteur Harvey Weinstein, au tribunal de Manhattan, mardi

Le producteur de cinéma Harvey Weinstein a confirmé mardi qu’il ne témoignera pas lors de son procès pour agressions sexuelles, mettant fin aux dépositions et ouvrant la voie aux plaidoiries finales et à des délibérations du jury qui s’annoncent compliquées.

Même si personne ne s’attendait à ce que le producteur témoigne, les avocats de la défense en ont brièvement laissé planer la possibilité mardi.

Après que les avocats du producteur se sont retirés une quinzaine de minutes avec leur client, l’un d’eux, Damon Cheronis, a annoncé au juge que M. Weinstein ne témoignera pas.

Ce dernier veut « raconter son histoire depuis longtemps », mais ce procès « n’était pas le bon forum », a affirmé à la sortie du tribunal de Manhattan son porte-parole, Juda Engelmayer, cité par le Daily News. Les accusés dans les procès pénaux américains ne sont pas tenus de prendre la parole, en vertu de leur droit à ne pas s’incriminer.

«M. Weinstein était prêt, désireux et avait même très envie de témoigner», a affirmé l’un de ses avocats, Arthur Aidala, à la sortie du tribunal de Manhattan.

Mais ses avocats lui «ont dit que ce n’était pas la peine», car «les procureurs ont misérablement échoué à prouver leur dossier au-delà d’un doute raisonnable», a-t-il ajouté.

Question de consentement

Six femmes ont, depuis le 22 janvier, témoigné pour l’accusation dans ce procès emblématique du mouvement #MeToo, affirmant que l’ex-magnat d’Hollywood de 67 ans, devenu un paria dans l’opinion publique, les avait sexuellement agressées.

Si M. Weinstein a été accusé de harcèlement ou d’agressions sexuelles par plus de 80 femmes, il n’est jugé au pénal que pour deux agressions supposément commises à New York : un viol présumé sur une aspirante actrice, Jessica Mann, en 2013, et un cunnilingus forcé sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, en 2006.

Dans ces deux cas, toutefois, la notion-clé de consentement s’avère plus floue que dans la plupart des procès pour agressions sexuelles, selon des experts en droit interrogés par l’AFP.

Les deux femmes ont en effet reconnu devant les jurés avoir eu avec M. Weinstein au moins un rapport sexuel consenti après l’agression supposée. Jessica Mann, en particulier — dont les accusations lui font risquer la perpétuité en cas de condamnation — a reconnu une relation intime de plusieurs années avec lui après le viol présumé. Lors du contre-interrogatoire de la défense, elle s’est effondrée, reconnaissant avoir eu une relation « dégradante » et « compliquée » avec le producteur.

Les avocats de la défense ont cité sept témoins qui ont laissé entendre que les accusatrices avaient été à l’époque consentantes, mettant ainsi en doute leurs témoignages.

Parmi eux, une amie de Mme Mann, Talita Maia, qui a affirmé lundi que la victime présumée considérait M. Weinstein comme son « âme soeur spirituelle ».

La défense assure que les accusatrices du producteur ont accepté ces relations dans l’espoir que le magnat d’Hollywood fasse décoller leur carrière.

L’avocate Donna Rotunno, qui doit prononcer sa plaidoirie finale jeudi, a même laissé entendre que c’étaient elles qui manipulaient le producteur, en lui adressant des compliments pour s’attirer ses faveurs.

Même si une psychiatre citée par l’accusation, Barbara Ziv, a affirmé que les victimes d’agressions sexuelles gardaient souvent des relations avec leur agresseur, les 12 jurés pourraient dans ces conditions avoir du mal à déterminer si M. Weinstein est coupable.

Si M. Weinstein était acquitté, ou si le procès new-yorkais était annulé en raison d’un désaccord des jurés, il aurait à faire face à d’autres inculpations pour agressions sexuelles à Los Angeles, annoncées début janvier.

Il fait aussi l’objet de plaintes au civil, même si une partie des plaignantes ont accepté en mai un accord à l’amiable.

« Weinstein peut éviter de témoigner au pénal, mais il n’aura pas ce droit dans les procès contre lui au civil », a déclaré mardi Douglas Wigdor, un avocat qui représente trois des femmes qui le poursuivent toujours devant des tribunaux civils.