Trump vante «ses promesses tenues» dans un discours sous tension

Une fois l’allocution de Donald Trump finie, Nancy Pelosi a déchiré dans un geste spectaculaire sa copie du discours.
Photo: Patrick Semansky Associated Press Une fois l’allocution de Donald Trump finie, Nancy Pelosi a déchiré dans un geste spectaculaire sa copie du discours.

Dans un discours sur l’état de l’Union qui survient à moins de 300 jours de l’élection présidentielle américaine, le président des États-Unis, Donald Trump, a vanté mardi soir avoir « tenu » ses promesses et favorisé une économie « rugissante » devant le Congrès américain. Il n’a toutefois pas abordé son procès en destitution, duquel il sera probablement acquitté mercredi.

La division régnant au sein du pays comme de la classe politique se faisait sentir lors de l’allocution prononcée par le chef d’État. Donald Trump a refusé de serrer la main tendue de la cheffe démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Une fois l’allocution finie, cette dernière a manifesté son désaccord avec le président en déchirant le texte du discours.

« Contrairement à tant d’autres avant moi, je tiens mes promesses », a lancé Donald Trump, qui a eu droit à de nombreuses ovations debout de la part des républicains. L’opposition démocrate est quant à elle restée assise, impassible.

Selon Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurant de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), si le discours du président marquait le bilan des trois premières années suivant son élection, il s’annonce également le lancement de sa campagne de réélection. « Il y a un thème récurrent qui semblait être présent dans le discours : “les promesses qu’on a faites ont été tenues”. C’est aussi une façon de dire qu’il faut continuer à aller de l’avant, et Trump essaie de convaincre qu’il mérite quatre autres années au pouvoir », analyse-t-il.

« Grande réussite économique »

Dans cette Chambre des représentants où il a été mis en accusation pour « abus de pouvoir » et « entrave à la bonne marche du Congrès », le président américain a vanté « la grande réussite économique » du pays et le « boom des cols bleus ». « Notre stratégie a marché », a-t-il martelé, en faisant référence à ses accords commerciaux récents avec la Chine, le Canada et le Mexique.

Il a également mis en avant les thèmes de la campagne en vue du scrutin du 3 novembre, notamment son « mur puissant » contre l’immigration à la frontière sud et son intention d’interdire les avortements « tardifs ». « Pour gagner une élection en tant que républicain, un candidat présidentiel a absolument besoin de l’appui des chrétiens évangéliques », explique M. Cloutier-Roy, qui estime que le président redoute de perdre les appuis au sein de cet électorat. « On redouble, du moins, de manière rhétorique, sur la question des avortements, de la prière dans les écoles et la nomination des juges », illustre-t-il, précisant qu’il s’agit de thèmes très importants aux yeux des électeurs évangéliques.

Donald Trump a aussi accusé le socialisme de « détruire les nations ». Il a promis que « nous ne permettrons jamais aux socialistes de détruire la santé des Américains ». Selon M. Cloutier-Roy, on peut interpréter les attaques du président comme « une pique » à l’égard des démocrates, spécialement dans un contexte où Bernie Sanders pourrait être candidat à l’élection de 2020.

Le président a également affirmé son soutien à l’opposant vénézuélien Juan Guaido, l’un de ses invités au Congrès, contre le « dictateur socialiste » Nicolas Maduro.

Politique étrangère

Le président américain a rapidement évoqué son plan de paix israélo-palestinien, et est revenu sur les opérations militaires où sont morts le leader du groupe armé État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, et le puissant général iranien Qassem Soleimani. « Notre message aux terroristes est clair, vous ne pourrez jamais échapper à la justice américaine », a-t-il averti.

Donald Trump a rappelé que « grâce à nos sanctions imposantes, l’économie iranienne va mal », avant de déclarer que Washington pourrait aider l’Iran à « reprendre des forces ». « Mais ils sont peut-être trop fiers ou offensés pour demander notre aide. Cela leur revient », a-t-il suggéré.

M. Cloutier-Roy dit ne pas être surpris d’une telle approche. « Il y a certainement un espoir du côté du gouvernement Trump qu’on va peut-être réussir à sortir de cette impasse dans les relations avec l’Iran, quitte à maintenir la ligne dure en matière de sanctions à l’égard de Téhéran », analyse-t-il, croyant que c’est à l’Iran de décider de la suite des choses.

« J’ai l’impression que Trump n’est pas un président qui cherche à engager les États-Unis dans une guerre au Moyen-Orient, surtout qu’on a vu le retrait des troupes américaines de l’Afghanistan », croit-il, ajoutant que l’annonce de l’intention du président de « ramener à la maison » les soldats américains d’Afghanistan était « l’un des moments forts de son discours ».

Acquittement probable

L’acquittement probable de Donald Trump par le Sénat, mercredi, marquera la fin d’une procédure de destitution qui dure depuis cinq mois, sans compromettre sa base électorale. Le dernier sondage de l’institut Gallup lui donne d’ailleurs 49 % d’opinions favorables.

Le président américain n’a évoqué l’impeachment à aucun moment dans son discours, imitant son lointain prédécesseur démocrate Bill Clinton, qui faisait lui-même l’objet d’une procédure de destitution lors de son discours en 1999.

« Je pense qu’il y a un gros soupir de soulagement qui a été poussé par les républicains sur ce plan-là », croit M. Cloutier-Roy. « Ce n’est pas l’endroit pour le faire, le discours sur l’état de l’Union. C’est une occasion qu’on veut plus solennelle où, en principe, le président se doit d’être davantage rassembleur », poursuit-il, ajoutant que « ce n’est que partie remise » pour M. Trump.

Avec l’Agence France-Presse