Pete Buttigieg mène le bal dans l’Iowa pour l’investiture démocrate

L’ancien maire de South Bend en Indiana, Pete Buttigieg, est candidat à l’investiture démocrate.
Photo: Getty Images Agence France-Presse L’ancien maire de South Bend en Indiana, Pete Buttigieg, est candidat à l’investiture démocrate.

L’attente aura été longue, mais bénéfique pour l’ex-maire de South Bend en Indiana. Pete Buttigieg, le jeune candidat à l’investiture démocrate dont les Américains ont appris à prononcer le nom dans les derniers mois, arrive en tête des caucus de l’Iowa avec 27 % des suffrages exprimés en sa faveur. Juste devant le vieux routier Bernie Sanders, à 25 %.

Les données préliminaires, dévoilées mardi en fin de journée, confirment également, sur la base du dépouillement des deux tiers à peine des bureaux de vote, une lutte serrée entre les candidats. Elizabeth Warren suit de près à 18,3 %, juste devant Joe Biden, dont la performance est en deçà de ce que les sondages avaient anticipé, à 15,6 %.

« Pete Buttigieg a passé beaucoup de temps à faire campagne en Iowa, fait remarquer Gregory Wolf, professeur de sciences politiques à la Drake University à Des Moines. Ses appuis sont très forts ici. Mais le reste de la course va être difficile pour lui, qui jouit d’une base moins forte au New Hampshire [lieu des prochaines primaires] et faible ailleurs dans les États où les minorités sont fortement représentées. »

Le caucus de l’Iowa, premier vote très attendu de l’investiture démocrate puisqu’il lance officiellement le début de la présidentielle aux États-Unis, s’est distingué cette année par un fiasco magistral dans le dévoilement des résultats, en raison d’un problème technique.

« Le caucus démocrate est un désastre absolu, s’est amusé Donald Trump, sans surprise, dans une série de tweets mardi matin. Rien n’a fonctionné, comme quand ils dirigent le pays. […] Le Parti démocrate en Iowa a vraiment merdé, contrairement au Parti républicain. […] Ce n’est pas la faute de l’Iowa, mais celle des démocrates-qui-ne-font-rien », a dit le président.

Mardi matin, à Des Moines, la frustration était d’ailleurs palpable au lendemain d’une soirée électorale qui a laissé le Parti démocrate sans voix, par la difficulté de transmission des résultats du vote des quelque 1700 caucus vers le bureau central du parti dans l’État. « Cela ne devait pas se passer comme ça », a résumé Kelly, la soixantaine, rencontrée dans le dépanneur d’une station-service de l’ouest de la ville. Elle dit être allée voter la veille. « C’est une année importante pour les démocrates. Ce début de campagne est tout simplement désastreux. »

Lundi soir, dans le gymnase de la Saydel High School, dans le nord de la ville, un coin largement colonisé par la classe moyenne, de nombreux électeurs rassemblés dans un des caucus ont rappelé en effet le caractère essentiel de ce vote, au commencement d’une présidentielle que plusieurs démocrates de cet État entrevoient surtout comme le début d’une libération. « N’importe quel candidat dans la course à l’investiture démocrate va être une amélioration suprême de ce que nous avons actuellement à la Maison-Blanche », a dit Lawrence, un ancien entrepreneur de 78 ans venu appuyer la candidature du jeune Pete Buttigieg. « Trump est une honte pour notre pays. »

Je ne sais plus à combien de caucus démocrates j’ai participé. Mais celui-là est le plus important pour empêcher Donald Trump d’avoir quatre années de plus.


« Je suis un électeur “TST” », a résumé pour sa part Russell Vonk, un vétéran de la guerre du Vietnam, placé dans le coin des partisans de Joe Biden. « Un “tout sauf Trump”. Je ne sais plus à combien de caucus démocrates j’ai participé. Mais celui-là est le plus important pour empêcher Donald Trump d’avoir quatre années de plus. »

« Il n’est pas possible de le laisser gouverner une année de plus, a résumé Riley Backus, étudiante en comptabilité de 20 ans, qui prenait part lundi à son premier caucus. Mon choix n’est pas encore totalement fait. Je vais me laisser convaincre par les autres. Mais je sais qu’il est important pour la nation d’être là. »

Le démocrate Mark Warner, coprésident de la commission sur la sécurité au Sénat, a indiqué que rien n’indiquait qu’une cyberattaque était à l’origine de l’incident technique. « Nous nous sommes assurés qu’il n’y a pas eu d’interférence venant de l’extérieur dans le processus électoral, a-t-il dit dans une déclaration diffusée par son cabinet. Et je suis certain que le Parti [démocrate] en Iowa va trouver le problème. »

Selon le président du Parti démocrate en Iowa, Troy Price, une « ligne de code » a entraîné une transmission partielle de ces données au parti, a-t-il expliqué par voie de communiqué.

Dans la journée mardi, le parti continuait toutefois de rassembler l’ensemble des documents écrits produits pendant les caucus, documents composant la matière brute de ces résultats électoraux. Leur dépouillement manuel doit garantir l’intégrité d’un processus que la faille technique de lundi soir a désormais entaché. Les résultats d’un peu plus de 1000 caucus sur les 1700 qui ont été tenus lundi soir en Iowa ont été confirmés en soirée mardi.

Mardi, la plupart des candidats dans la course avaient quitté l’Iowa pour la suite des primaires démocrates qui vont se tenir mardi prochain au New Hampshire. En entrevue à CNN, Pete Buttigieg a de nouveau en matinée clamé sa victoire, comme il l’avait fait la veille, et ce, sans avoir de résultats officiels en main. « C’est une victoire évidente pour nous », a-t-il déclaré tout en ajoutant : « De toute façon, nous avons eu une soirée extraordinaire qui nous propulse vers une victoire dans le New Hampshire. » Les chiffres viennent de lui donner raison.

Pour sa part, Bernie Sanders, qui a également joué la carte du candidat gagnant de ces caucus lundi en fin de soirée, s’est dit « terriblement déçu par l’incapacité du Parti démocrate de l’Iowa à fournir les résultats en temps opportun. Je ne sais pas pourquoi, en 2020, cela doit prendre autant de temps », a-t-il confié au Des Moines Register, juste avant de monter dans un avion pour le New Hampshire.

Dans la foulée du fiasco de l’Iowa, les démocrates du Nevada ont indiqué mardi qu’ils n’allaient pas utiliser l’application à l’origine de ce problème de quantification des résultats lors de leur primaire qui doit se tenir le 22 février prochain. « Ce qui s’est passé en Iowa ne va pas se produire chez nous », a résumé William McCurdy, président des démocrates de cet État.

L’application incriminée a été développée par la compagnie Shadow de Denver au Colorado. Son président, Gerard Niemira, un proche des démocrates, s’est rapproché de la formation politique en 2016, pour la campagne d’Hillary Clinton. L’an dernier, dans les pages du magazine Wired, il a qualifié de « complètement merdique » la collecte des données par le Parti démocrate à cette époque-là. L’entreprise n’a fait aucun commentaire sur la défaillance de lundi soir.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.