La Maison-Blanche interdit à Bolton de publier son livre

Des manifestants se sont rendus mercredi devant la Cour suprême des États-Unis, à Washington, avec l’espoir de convaincre les sénateurs de destituer le président Trump.
Photo: Jose Luis Magana Associated Press Des manifestants se sont rendus mercredi devant la Cour suprême des États-Unis, à Washington, avec l’espoir de convaincre les sénateurs de destituer le président Trump.

Donald Trump, ses avocats et la Maison-Blanche ont lancé mercredi une offensive généralisée pour empêcher l’ancien conseiller John Bolton de témoigner au procès en destitution du président américain ou de publier un livre contenant des confidences embarrassantes.

Au petit matin, le locataire de la Maison-Blanche s’est déchaîné sur Twitter contre son ex-conseiller à la sécurité nationale, l’accusant d’avoir multiplié les « erreurs de jugement ».

John Bolton « m’a “supplié” pour que je lui donne » ce poste et « il s’est fait virer parce que franchement, si je l’écoutais, on en serait à la Sixième Guerre mondiale », a écrit Donald Trump. « Immédiatement, il écrit un livre faux et méchant », a-t-il ajouté.

Limogé en septembre, John Bolton, néoconservateur de 71 ans connu pour ses positions belliqueuses, s’apprête à publier un livre-témoignage qui met à mal l’une des principales lignes de défense du 45e président des États-Unis.

Dans cet ouvrage, il affirme que Donald Trump lui a dit en août ne pas vouloir débloquer une aide destinée à l’Ukraine tant que ce pays n’enquêterait pas sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour l’affronter lors de l’élection présidentielle du 3 novembre.

Ces allégations, rendues publiques dimanche soir, ont eu l’effet d’une bombe, car elles touchent au coeur du dossier d’accusation contre le président, jugé pour « abus de pouvoir » et « entrave au travail du Congrès ».

Elles ont également renforcé les démocrates, qui réclament depuis des semaines la convocation de plusieurs haut responsables de la Maison-Blanche devant les sénateurs, dont John Bolton.

Offensive de Schiff

À la reprise du procès dans l’après-midi, l’élu démocrate Adam Schiff, qui fait office de procureur en chef, s’est immédiatement emparé du sujet. « Il y a un témoin qui, s’il est assigné, est prêt à répondre » à vos questions, a-t-il lancé, en référence à John Bolton, aux 100 sénateurs chargés de juger le président.

« N’attendez pas que le livre soit imprimé noir sur blanc le 17 mars pour avoir vos réponses », a-t-il ajouté.

Il se pourrait toutefois que le livre ne paraisse pas comme prévu, la Maison-Blanche ayant interdit à son ancien conseiller de le publier en l’état.

Le manuscrit semble « contenir des informations confidentielles », dont certaines « pourraient causer des torts exceptionnellement graves à la sécurité nationale », lui a écrit le Conseil à la sécurité nationale (CSN), en lui demandant de supprimer ces passages.

« Nous ne pensons pas que les informations [contenues dans les chapitres sur l’Ukraine] puissent raisonnablement être considérées comme confidentielles », a répondu l’avocat de l’ancien conseiller, Chuck Cooper.

Dans l’hémicycle du Sénat, l’avocat du président Trump, Patrick Philbin, s’est fait l’écho de la Maison-Blanche. « John Bolton connaît tous les secrets de la nation » et ne peut pas être auditionné publiquement, a-t-il dit.

Plus généralement, « cette institution serait paralysée pendant des mois » si le Sénat autorisait la convocation de nouveaux témoins, a-t-il affirmé.

Les démocrates savent que le président a toutes les chances d’être acquitté, la Constitution imposant une majorité des deux tiers pour le destituer. À moins de 300 jours de l’élection, ils espèrent toutefois gagner la bataille de l’opinion.

Dissension chez les républicains

Pour éviter un déballage dangereux, Donald Trump et ses partisans s’opposent avec vigueur à leur demande de témoins. Les 53 sénateurs républicains ont jusqu’ici fait bloc autour de leur président, mais les révélations de John Bolton ont fait bouger les lignes.

Plusieurs sénateurs républicains modérés, dont Mitt Romney, Susan Collins ou encore Lisa Murkowski, pourraient se rallier aux 47 sénateurs de la minorité, lors d’un vote sur la question prévu vendredi en fin de journée.

En attendant, les sénateurs disposent de deux jours pour interroger l’accusation et la défense par écrit. À charge pour le chef de la Cour suprême John Roberts, qui préside le procès, de lire leurs questions à haute voix.

Cet exercice très codifié a suscité quelques passes d’armes mercredi entre l’accusation et la défense. Sortant des arguments bien rodés, Alan Dershowitz, qui défend le locataire de la Maison-Blanche, s’est livré à un raisonnement remarqué.

Pour lui, si un président pense « je suis le meilleur président de tous les temps et si je ne suis pas réélu, l’intérêt général en souffrira » et qu’il agit de manière à s’assurer un nouveau mandat, « cela ne mérite pas une mise en accusation ».

La veille, Donald Trump jugeait sur Twitter : « Ce que j’ai accompli est incroyable, bien plus (et de loin) que n’importe quel président au cours de ses trois premières années au pouvoir. »