Procès en destitution: Trump doit être acquitté «le plus vite possible» selon ses avocats

L'avocat personnel de Donald Trump, Jay Sekulow (à l'avant-plan) et l'avocat de la Maison-Blanche, Pat Cipollone
Photo: Drew Angerer Getty Images via Agence France-Presse L'avocat personnel de Donald Trump, Jay Sekulow (à l'avant-plan) et l'avocat de la Maison-Blanche, Pat Cipollone

Les avocats de Donald Trump ont demandé mardi au Sénat d’acquitter « aussi vite que possible » le président américain dans son procès en destitution, malgré les pressions croissantes sur les élus pour entendre de nouveaux témoins après les révélations d’un ancien conseiller de la Maison-Blanche. Les démocrates « vous demandent de limoger un président qui connaît le succès à la veille d’une élection, sans cause et en violation de la Constitution », a lancé aux cent sénateurs Pat Cipollone, l’avocat de la Maison-Blanche. « Il est temps d’en finir, aussi vite que possible », a-t-il ajouté.

Le 45e président des États-Unis est jugé pour « abus de pouvoir » et « entrave au travail du Congrès ». Il est accusé d’avoir conditionné une aide militaire cruciale à l’Ukraine au lancement d’enquêtes sur Joe Biden, un possible rival à l’élection présidentielle du 3 novembre, et sur les affaires de son fils Hunter dans ce pays. Donald Trump affirme avoir demandé l’été dernier à son homologue Volodymyr Zelensky d’enquêter sur les soupçons entourant Joe et Hunter Biden, car il s’inquiétait de l’étendue de la corruption dans ce pays, et de l’utilisation des 400 millions de dollars d’aide autorisés par le Congrès.

Aide militaire

Mais dans un livre à paraître prochainement, l’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton affirme que le milliardaire républicain lui a confié ne pas vouloir débloquer l’aide militaire cruciale pour l’Ukraine si Kiev n’enquêtait pas sur les Biden. M. Trump a formellement démenti les dires de son ancien conseiller, limogé en septembre, l’accusant de vouloir « vendre son livre ».

Ce procès « n’est pas un jeu de fuites dans la presse et de manuscrit non sourcé », a affirmé mardi l’avocat personnel de M. Trump, Jay Sekulow. « Vous ne pouvez pas destituer un président sur une allégation non sourcée », a-t-il dit en référence aux extraits du livre publiés par le New York Times. « Ce n’est pas à cause d’un appel téléphonique, mais à cause d’une série de désaccords politiques », a-t-il dit, après avoir présenté M. Trump comme la victime de trois ans d’efforts démocrates pour le discréditer, notamment avec l’enquête sur les soupçons de collusion avec la Russie pour se faire élire en 2016.

Le président Trump et M. Bolton ont dit des choses totalement opposées et un seul des deux souhaite témoigner sous serment

 Il a rappelé l’argument d’Alan Dershowitz, célèbre constitutionnaliste dont la plaidoirie a impressionné lundi soir, selon qui le « donnant-donnant » dénoncé par les démocrates — le versement d’une aide militaire contre l’annonce d’enquête sur les Biden — n’est qu’un des outils de politique étrangère offerts au président dans le cadre de ses prérogatives. « Rien dans les révélations de M. Bolton, même si elles sont vraies, ne pourrait être synonyme d’abus de pouvoir et de destitution », avait assuré lundi soir M. Dershowitz. « La chasse aux sorcières continue », a réagi mardi le président sur Twitter.
 

Faire témoigner John Bolton

Mais dans le camp des élus démocrates, les appels à faire témoigner John Bolton se sont multipliés. Celui-ci s’est déjà dit prêt à honorer une convocation de la Chambre haute. « Les détails [révélés par M. Bolton] sont au coeur du premier chef d’accusation », a affirmé mardi le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer. « Le président Trump et M. Bolton ont dit des choses totalement opposées et un seul des deux souhaite témoigner sous serment », a-t-il ajouté.

Plusieurs sénateurs républicains ont suggéré qu’ils pourraient voter en faveur d’une audition de M. Bolton. Il faut aux démocrates quatre voix républicaines pour s’assurer de ce témoignage. Ce vote devrait intervenir en fin de semaine, après deux journées de questions écrites des sénateurs aux deux parties, mercredi et jeudi.

Les avocats présidentiels ont également affirmé que les soupçons de corruption entourant les Biden étaient fondés. « Sommes-nous dans une zone sans Biden ? », s’est interrogé M. Sekulow. « Vous mentionnez quelqu’un, vous exprimez des inquiétudes sur une société et c’est interdit ? Vous destituez un président américain pour avoir posé des questions ? » Hunter Biden a siégé au conseil d’administration du groupe gazier Burisma, un temps soupçonné de corruption, alors que son père, vice-président de Barack Obama, était chargé de la politique américaine dans ce pays.

Même si les démocrates réussissent à faire témoigner John Bolton, ils semblent voués à perdre le procès. Les républicains, qui disposent d’une majorité de 53 élus, font toujours bloc derrière M. Trump et il paraît totalement improbable que la majorité des deux tiers soit acquise par les démocrates pour voter la destitution au Sénat.