Le procès en destitution de Trump en cinq visages et deux mots

Le procès historique en destitution du président américain a débuté cette semaine à Washington.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le procès historique en destitution du président américain a débuté cette semaine à Washington.

Après des mois de témoignage et de constitution de preuve, le procès historique en destitution de Donald Trump a débuté cette semaine à Washington. La trame de fond reste sans surprise, avec à la clef un rejet anticipé de cet impeachment par la majorité républicaine au Sénat. Et ce, même si cette semaine cinq visages sont venus troubler l’ordre apparent des choses et deux mots ont donné le ton aux échanges à venir.

John Bolton
« Il connaît certaines de mes pensées ». Voilà l’argument évoqué cette semaine par Donald Trump pour s’opposer au témoignage de John Bolton devant le Sénat dans le cadre du procès en destitution du président américain. L’ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, qui a quitté son poste en froid avec son ancien patron, s’est retrouvé une nouvelle fois sur le devant de la scène après que les élus républicains ont rejeté sans surprise un amendement des démocrates cherchant à en faire un témoin clef. Au début de l’année, Bolton s’est dit prêt à s’exprimer devant les sénateurs. Sa connaissance fine du dossier ukrainien, au fondement de cet impeachment, en fait surtout un témoin gênant, voire explosif, pour le camp républicain.

Lev Parnas
Témoignera ? Témoignera pas ? La semaine dernière, Lev Parnas est sorti d’un relatif anonymat en affirmant sur les ondes de CNN que Donald Trump « savait exactement ce qui se passait » en Ukraine. Depuis, l’associé de Rudy Giuliani, avocat personnel du président américain qui a piloté la tentative d’acquisition d’infos compromettantes sur Joe Biden auprès du gouvernement ukrainien, est devenu un objet de convoitise pour les démocrates au Sénat qui souhaitent en faire un témoin fort du procès. Et l’homme, qui a agi comme facilitateur entre Giuliani et Zelensky, président de l’Ukraine, semble bien représenter une menace pour Donald Trump qui s’est empressé cette semaine de porter atteinte à sa réputation, comme il le fait d’ordinaire avec des témoins accablants : « Je ne le connais pas », a dit le président en le définissant comme une sorte de « groupie ». « C’est un escroc ».

Susan Collins
La sénatrice républicaine du Maine a été placée dans une situation délicate cette semaine à Washington quand ses collègues ont joué l’obstruction dans la mise en place du cadre entourant le procès en destitution de Donald Trump, dans le respect religieux de la ligne de parti. C’est que l’élue représente un État où la majorité des électeurs, 53 % selon le Garin Hart Yang Research Group, croient en la culpabilité du président américain sur la question d’abus du pouvoir. Elle sait aussi que sa réélection, en novembre prochain, est loin d’être acquise, dans un État où la gauche et les modérés augmentent leur influence depuis 2016. D’ailleurs, Mme Collins fait partie de ce groupe des trois républicains dont le vote va être regardé de près la semaine prochaine dans le cadre de ce procès. Mitt Romney de l’Utah, un indéfectible critique et opposant de Trump au sein même du Grand Old Party (GOP) et Lisa Murkowski de l’Alaska complètent ce trio. Il y a 21 ans, Collins avait voté contre la destitution de Bill Clinton, en rupture totale avec la ligne de son parti.

Mick Mulvaney
Il a peu à dire, mais cela peut compter beaucoup. L’an dernier, l’ancien chef de cabinet de Donald Trump a créé une onde de choc à la Maison-Blanche en confirmant, lors d’une conférence de presse, que lier l’octroi d’une aide militaire à une enquête et des informations n’avait « rien d’extraordinaire » et demandant aux journalistes de « s’en remettre ». Il a par la suite accusé les journalistes de l’avoir mal cité, pour alimenter leur « chasse aux sorcières ». Il a été à côté de Trump lors des pressions exercées par la Maison-Blanche sur la « Maison » Zelensky, et c’est pour cette raison que les démocrates ont cherché à le faire témoigner à ce procès. Les républicains ont majoritairement rejeté cette demande.

Hunter Biden
Le fils de Joe Biden, qui a travaillé en Ukraine et dont le nom s’est retrouvé au centre des demandes de Trump à Zelensky en vue de salir le candidat démocrate à la prochaine présidentielle, a été au coeur d’une étrange stratégie : un groupe de républicains qui veulent en faire un témoin lors du procès en destitution a proposé que son témoignage soit une condition pour autoriser l’apparition devant le Sénat d’un haut gradé de l’administration Trump, comme John Bolton. « Un procès [en destitution], ce n’est pas comme le fantasme d’un échange de joueurs de football », a commenté Adam Schiff, qui pilote la procédure pour les démocrates, tout en refusant d’embarquer dans ce jeu. Avec ce témoignage, a-t-il dit, les républicains « cherchent à faire ce qu’ils n’ont pas réussi en Ukraine » : diffamer publiquement les Biden, selon lui.

« Ass-backwards »
Poliment, on traduirait ça par « à reculons ». Mais c’est bien sûr un peu plus vulgaire et c’est le mot qui a été choisi par le démocrate Adam Schiff, qui mène la charge contre Donald Trump dans ce procès en destitution, pour qualifier les excès de procédures imposées par les républicains pour définir le cadre de la démarche en cours. Le niveau de langage a été condamné par les fidèles du président, refusant de se faire traiter ainsi d’incompétents agissant de manière grotesque et désordonnée. C’est ce que le mot peut vouloir dire. Mais le ton était donné, au premier jour de ce procès historique.

« Pettifogging »
C’est l’archaïsme de la semaine qu’a fait sortir de l’oubli le chef de la Cour suprême des États-Unis, pour qualifier le manque de hauteur du débat en procédure imposé par les avocats de Donald Trump au premier jour du procès. Le verbe remonte au XVIe siècle et il est désormais très peu utilisé, même s’il fait référence à une obstination autour de détails insignifiants, à une chicane d’ordre légal. « Ceux qui s’adressent au Sénat doivent se souvenir où ils se trouvent », a-t-il dit. L’évocation de ce mot, lui, était par ailleurs plutôt signifiante dans les circonstances : « pettifogger », dans les milieux juridiques américains, définit en effet un petit avocat, ceux qui d’ordinaire sont affectés à des petites causes.