Harvey Weinstein décrit comme un prédateur par les procureurs

Harvey Weinstein a quitté le palais de justice de Manhattan, appuyé sur sa marchette, au terme de la première journée de son procès.
Photo: Mark Lennihan Associated Press Harvey Weinstein a quitté le palais de justice de Manhattan, appuyé sur sa marchette, au terme de la première journée de son procès.

Le producteur de cinéma Harvey Weinstein est un violeur et un prédateur sexuel « expérimenté », qui a usé de son pouvoir pour attaquer de jeunes actrices vulnérables, ont affirmé les procureurs à l’ouverture de son procès mercredi à New York, des accusations immédiatement rejetées par la défense.

En cravate et costume sombre, l’ex-magnat d’Hollywood, 67 ans, incarnation de ce que le mouvement #MeToo entend combattre, écoutait en secouant la tête ou en passant des notes à ses avocats, tandis que la procureure Meghan Hast le décrivait comme une brute de 135 kilos ayant violé, humilié et traumatisé des femmes durant des années.

« Il apparaîtra clairement pendant le procès que l’accusé savait qu’il ciblait des [femmes] naïves et sans défense », a affirmé Mme Hast.

« Elles ne savaient pas qu’il mentait pour les attirer. Elles croyaient que leur carrière décollait enfin. Il était comme la vieille dame de la maison en pain d’épices qui attire les petits enfants chez elle », a déclaré la procureure devant une salle d’audience pleine à craquer.

Mme Hast a décrit en détail les agressions subies par trois des femmes appelées à témoigner lors du procès : l’actrice Annabella Sciorra, de la série Les Soprano, qui accuse Harvey Weinstein de l’avoir violée en 1993 après l’avoir rendue « accro » au valium. « Il l’a laissée émotionnellement et physiquement brisée, inconsciente sur le plancher », selon Hast.

Quant à Mimi Haleyi, une ex-assistante de production que M. Weinstein est accusé d’avoir agressée sexuellement en 2006, il l’a laissée « inanimée, comme un poisson mort », a affirmé la procureure.

La troisième femme citée mercredi matin, qui accuse M. Weinstein de l’avoir violée en 2013, a été identifiée comme l’actrice Jessica Mann, une actrice vue dans la comédie Cavemen. M. Weinstein l’a traitée comme « une poupée de chiffon », selon la procureure.

Les agressions présumées contre Mimi Haleyi et Jessica Mann sont les seules dont doit répondre M. Weinstein lors de ce procès ultramédiatisé, qui doit durer jusqu’au 6 mars.

Au total, plus de 80 femmes, parmi lesquelles des vedettes comme Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow ou Léa Seydoux, l’ont depuis octobre 2017 accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles, parfois lors de grands festivals de cinéma comme Cannes, Sundance ou Toronto. Mais la plupart des faits sont anciens et prescrits.

En cas de condamnation, ce New-Yorkais pure souche, père de cinq enfants et divorcé deux fois, risque la perpétuité.

Attaques de la défense

La défense a indiqué depuis longtemps qu’elle entendait semer le doute sur la crédibilité des accusatrices. Les faits « ne vont pas montrer qu’Harvey Weinstein était un prédateur, au contraire », a affirmé l’un de ses avocats, Damon Cheronis, en entamant sa plaidoirie.

Selon lui, la défense détient des centaines de mails montrant que Jessica Mann et M. Weinstein avaient « une relation d’amour », Mme Mann lui écrivant en 2017 « l’aimer toujours ».

M. Cheronis a aussi dévoilé les noms de trois autres accusatrices que les procureurs devraient citer comme témoins : les actrices Dawn Dunning, Tarale Wulff et Lauren Young. Selon l’avocat, leurs déclarations passées révèlent des « incohérences ».

L’une aurait affirmé que, lors de son agression en Californie, elle avait été enfermée dans une salle de bains depuis l’extérieur de la pièce, alors qu’il « n’y a aucune chambre d’hôtel en Californie » où la salle de bains se verrouille de l’extérieur, selon M. Cheronis.

La procureure en chef, Joan Illuzzi-Orbon, a ensuite appelé le premier témoin, Lance Maerov, ex-membre du conseil d’administration du studio The Weinstein Company.

Aujourd’hui vice-président du géant de la communication WPP, il a indiqué que M. Weinstein se vantait souvent de fréquenter des gens haut placés et montrait en privé une personnalité « diamétralement opposée » de l’homme charmant qu’il était en public.

« Vous n’aimez pas M. Weinstein, n’est-ce pas ? » lui a demandé l’avocate en chef de la défense, Donna Rotunno.

« Pas particulièrement », a répondu M. Maerov.