Manifestation pour défendre le droit de posséder des armes en Virginie

«USA! USA!», scandaient les protestataires, pour beaucoup vêtus de blousons de chasse.
Photo: Zach Gibson / Getty Images / Agence France-Presse «USA! USA!», scandaient les protestataires, pour beaucoup vêtus de blousons de chasse.

Plusieurs milliers de partisans du droit à détenir des armes manifestaient lundi à Richmond, la capitale de l’État américain de Virginie, un rassemblement placé sous haute surveillance de crainte d’actions violentes de la part de groupes d’extrême droite.

« USA ! USA ! », scandaient les protestataires, pour beaucoup vêtus de blousons de chasse. Venus dès le petit matin par une journée glaciale, ils entendent dénoncer des projets de loi restreignant l’accès aux armes, portés par les démocrates au pouvoir dans cet État de l’est du pays.

La place du Capitole, siège du gouvernement local devant lequel se tenait la manifestation, a été placée sous très haute surveillance, avec un important dispositif policier et des portiques de sécurité.

Plusieurs protestataires arboraient des autocollants orange disant « Les armes sauvent des vies ».

« Ces dernières décennies, les politiques ont essayé de faire passer des lois qui rendent plus difficile pour les citoyens respectueux de la loi d’acheter des armes à feu. On est sur une mauvaise pente. C’est notre droit constitutionnel, que Dieu nous a donné, de nous armer », dit à l’AFP Brooks, 24 ans, un habitant de Richmond, ville d’ordinaire paisible de 200 000 habitants.

Le jeune homme est venu avec un groupe d’amis dont l’un porte en bandoulière un AR-15 qu’il ne pourra pas emmener dans le rassemblement, les armes ayant été interdites sur le site de la manifestation.

Le gouverneur démocrate Ralph Northam a en effet décrété mercredi l’état d’urgence sur les lieux du rassemblement. En vigueur de vendredi et jusqu’à mardi soir, il interdit le port d’armes à feu (normalement autorisé dans la rue) et d’objets dangereux : battes de baseball, chaînes…

Betty Comerford, 73 ans, est venue de Leesburg, à quelque 200 km de là, et porte une pancarte disant « Les grands-mères pour les armes ».

« Les armes, c’est pour se protéger. Les gens fuient quand ils voient des armes », lance-t-elle.

Deuxième amendement

Plusieurs mouvements d’extrême droite et groupes paramilitaires ont annoncé leur participation à cette « Journée de lobbying » auprès des élus, organisée par la Ligue de défense des citoyens de Virginie (VCDL).

Cette ligue dénonce ce qu’elle considère comme des coups de canif au deuxième amendement de la Constitution, qui garantit le « droit du peuple de détenir et de porter des armes ». Mais cet article fait l’objet d’interprétations divergentes et la Cour suprême a limité ce droit au domicile, laissant les villes et les États réguler leur transport.

Donald Trump, grand défenseur du lobby pro-armes, a soutenu les manifestants.

« Le parti démocrate en Virginie fait tout pour vous priver de vos droits prévus dans le deuxième amendement. Ce n’est que le début. Faites en sorte que cela n’arrive pas, votez républicain en 2020 ! », a-t-il tweeté lundi.

État frontalier de la capitale Washington, la Virginie, aux traditions ancrées dans le conservatisme, est passée en novembre dans l’escarcelle des démocrates. Ils ont promis de s’attaquer au laxisme qui entoure selon eux le contrôle des ventes d’armes, notamment après le choc provoqué par la tuerie de Virginia Beach, qui a fait 12 morts en mai.

Les textes actuellement à l’étude renforcent l’examen des antécédents judiciaires des acheteurs, interdisent les chargeurs de plus de dix cartouches et l’achat de plus d’une arme par mois. Ils permettent aussi à un juge de saisir les armes d’individus considérés comme dangereux. Un projet d’interdiction à la vente des fusils semi-automatiques a en revanche été abandonné.

Le mouvement de contestation s’est propagé dans l’État, et plus d’une centaine de comtés et de localités se sont proclamés « sanctuaires du deuxième amendement ».

Les organisateurs de la manifestation de lundi « ont voulu que ce soit un événement pacifique mais ils ont entraîné quelque chose de plus important qu’ils pourraient ne pas arriver à contrôler », a estimé le gouverneur Northam.

Il a évoqué des menaces « crédibles et sérieuses » de « violences, d’affrontement armé et d’attaque contre le Capitole » ainsi que « des plans d’action provenant de milices et de groupes racistes basés hors de l’État ».

« On ne veut pas voir de drame comme celui de Charlottesville », a-t-il prévenu, en référence à une autre ville de Virginie où des affrontements entre militants suprémacistes blancs et antifascistes avaient fait une morte et des dizaines de blessés en août 2017.