Les avocats de Weinstein veulent changer de juge

Selon la motion présentée mercredi, ce sont les remontrances de James Burke à l’endroit de Harvey Weinstein mardi matin en début de séance qui ont confirmé aux avocats de la défense que le juge n’était pas impartial.
Photo: Stephanie Keith/Getty Images/AFP Selon la motion présentée mercredi, ce sont les remontrances de James Burke à l’endroit de Harvey Weinstein mardi matin en début de séance qui ont confirmé aux avocats de la défense que le juge n’était pas impartial.

Les avocats du producteur déchu Harvey Weinstein n’ont pas apprécié le ton d’une intervention « préjudiciable et incendiaire » faite mardi matin par le juge James Burke à l’égard de leur client. Tellement qu’ils ont demandé mercredi à ce dernier de se récuser du procès, estimant qu’il est biaisé. 

Dans une missive de huit pages déposée avant l’ajournement de la session, l’avocat Arthur Aidala demande au nom de son client que le procès soit assigné à un autre juge. Si cela est refusé, on souhaite minimalement trois choses: 

— l’ajournement du procès le temps « que la publicité extrêmement négative générée par les nouvelles accusations criminelles [déposées à Los Angeles contre Harvey Weinstein] se dissipe ». M. Aidala avait déjà tenté mardi d’obtenir un délai pour cette même raison, mais sans succès. 

— d’obtenir plus de temps pour la sélection des jurés: le juge a indiqué qu’il permettrait une période de questions d’environ 15 minutes par groupe de 20 jurés, « soit quelque 45 secondes par juré », note l’avocat. La veille, le juge Burke avait rappelé aux avocats que cette étape de sélection s’ajoute à plusieurs autres étapes, notamment aux réponses fournies dans un long questionnaire que chaque juré doit remplir. « Si peu de temps est inadéquat pour faire le tour des enjeux complexes et nuancés qui doivent être abordés dans un procès identifié comme ayant lancé le mouvement MeToo », pense M. Aidala.

— Harvey Weinstein souhaite aussi que son consultant spécialisé dans la formation de jury puisse s’asseoir à la table de son équipe d’avocats. 

Selon la motion présentée mercredi, ce sont les remontrances de James Burke à l’endroit de Harvey Weinstein mardi matin en début de séance qui ont confirmé aux avocats de la défense que le juge n’était pas impartial. 

Ce dernier a vertement sermonné le producteur parce qu’il était penché sur son téléphone cellulaire avant le début officiel de l’audience. James Burke avait, la veille, formellement interdit à toute personne présente dans la salle d’utiliser un téléphone, qu’il soit présent ou pas.

« M. Weinstein, est-ce que c’est vraiment la manière dont vous voulez vous retrouver en prison pour le reste de votre vie, parce que vous textez, et violez un ordre de la cour ? », lui avait-il lancé.

« Ces commentaires reflètent l’animosité de la Cour à l’endroit de l’inculpé », estime le clan Weinstein, qui ne croit pas qu’il pourra avoir un procès juste et impartial. Mardi, ses avocats avaient déjà fait valoir que de choisir le jury au beau milieu de la couverture médiatique découlant du dépôt de nouvelles accusations rendrait impossible la formation d’un panel impartial. 

Cela fait deux jours consécutifs que les avocats de Harvey Weinstein soumettent au juge Burke que l’attention médiatique que génère le procès ne peut que nuire à leur client. Dans la motion de mercredi, photos à l’appui, on affirme que « M. Weinstein doit se frayer un chemin à travers les journalistes, les badauds, et les réactions négatives alors qu’il fait son entrée à la Cour chaque jour », dit-on. 

« La salle est remplie à pleine capacité de journalistes, qui font la file dans les rues et les corridors » pour apercevoir Harvey Weinstein, soutient-on aussi.

Dans les faits, il est vrai que de nombreux journalistes sont accrédités pour le procès (quelque 150 selon les autorités). Toutefois, le nombre de médias présents au palais de justice (et autour) a grandement diminué depuis l’ouverture du procès lundi. Tous ceux qui le voulaient ont ainsi pu entrer dans la salle mercredi matin, et il restait plusieurs places libres. 

D’autres jurés se récusent

Par ailleurs, un deuxième groupe de 120 jurés potentiels ont défilé mardi devant le juge Burke. Une cinquantaine d’entre eux ont immédiatement affirmé qu’ils ne sauraient être objectifs pour juger de cette cause. 

Deux femmes ont notamment dit avoir elles-mêmes été victimes d’agressions dans le passé. Au moins deux personnes ont signalé qu’elles venaient de terminer le livre que le journaliste du New Yorker Ronan Farrow (qui a exposé l’affaire Weinstein avec deux journalistes du New York Times), et qu’elles ne pourraient être impartiales. 

Comme la veille, ceux qui se sentent aptes à juger Harvey Weinstein ont reçu un long questionnaire qu’ils devront remplir d’ici la semaine prochaine. 


Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir

Un juge partial ?

Les avocats du producteur déchu Harvey Weinstein n’ont pas aimé le ton d’une intervention « préjudiciable et incendiaire » faite mardi matin par le juge James Burke à l’égard de leur client. Ils lui ont demandé mercredi de se récuser du procès, estimant qu’il est partial. Le juge avait sermonné Weinstein — et même menacé de l’envoyer en prison — parce qu’il utilisait son cellulaire en cour.