Vers une pause dans l’escalade après la riposte calibrée de Téhéran?

<p>Au lendemain des funérailles du général iranien, où une foule immense réclamait vengeance, Téhéran a frappé en soignant les symboles : ses tirs ont eu lieu à l’heure exacte où une frappe de drone américain tuait le général Soleimani à Bagdad cinq jours plus tôt.</p>
Photo: Presse iranienne / Agence France-Presse

Au lendemain des funérailles du général iranien, où une foule immense réclamait vengeance, Téhéran a frappé en soignant les symboles : ses tirs ont eu lieu à l’heure exacte où une frappe de drone américain tuait le général Soleimani à Bagdad cinq jours plus tôt.

Les frappes iraniennes ayant visé des bases américaines en Irak, en riposte à l’assassinat d’un général iranien, semblent être une réponse sciemment calibrée susceptible d’éviter une surenchère de Washington, jugent de nombreux experts, tout en prévenant que Téhéran risque de poursuivre ses représailles par des moyens détournés.

Après avoir promis de venger la mort de Qassem Soleimani, l’architecte de sa stratégie au Moyen-Orient, l’Iran a tiré 22 missiles sur des bases de la coalition internationale abritant des soldats américains en Irak.

Au lendemain des funérailles du général iranien, où une foule immense réclamait vengeance, Téhéran a frappé en soignant les symboles : ses tirs ont eu lieu à l’heure exacte où une frappe de drone américain tuait le général Soleimani à Bagdad cinq jours plus tôt.

Les tirs iraniens semblent toutefois n’avoir fait aucun mort parmi les militaires américains et leurs partenaires étrangers. « L’évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu’ici, tout va bien ! », a tweeté le président américain Donald Trump.

« Nous ne cherchons pas l’escalade ou la guerre », s’est quant à lui empressé d’assurer le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, précisant que les représailles « proportionnées » de la nuit étaient « terminées ». Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a toutefois estimé que cette « gifle à la face » des États-Unis n’était « pas suffisante pour cette affaire ».

De l’avis de plusieurs analystes, le gouvernement iranien a répondu prestement pour contenter son opinion publique, tout en choisissant de graduer sa riposte pour éviter de provoquer une confrontation à grande échelle avec son ennemi historique.

« Avec ces attaques, Téhéran a montré sa capacité et sa détermination à répondre aux attaques américaines, sauvant ainsi la face, tout en choisissant soigneusement ses cibles pour éviter de faire des victimes et ainsi provoquer une réaction de Trump », analyse Annalisa Perteghella, spécialiste de l’Iran à l’Institut d’analyse géopolitique italien Ispi. « La balle est désormais dans le camp américain ».

« Les Iraniens ont tenté la quadrature du cercle, une attaque très proportionnée qui ne soit pas de nature à nécessairement provoquer la riposte promise par Trump », abonde François Heisbourg, expert à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS).

« Clairement un signal »

« Du côté iranien, c’est clairement un signal de l’arrêt du processus d’escalade. La vraie question maintenant, c’est de savoir ce que va faire Trump », qui a promis de prendre la parole mercredi, souligne-t-il.

De l’avis de nombre d’analystes, il faut malgré tout s’attendre à ce que Téhéran continue ses activités de déstabilisation dans la région via ses supplétifs.

« La riposte iranienne, c’est du feu d’artifice, ça donne l’illusion d’une riposte, car ils n’ont pas intérêt à faire monter la mayonnaise. Ce qu’il faut attendre maintenant, c’est le coup de poignard derrière le rideau qui viendra plus tard », abonde Thomas Flichy de La Neuville, chercheur associé à l’université d’Oxford et professeur de géopolitique à la Rennes School of Business.

« Personne ne souhaite une confrontation à grande échelle ni Trump, pour des raisons électorales, ni du côté iranien, car Téhéran n’en a pas les moyens, ni économiques ni militaires. Mais ce type de situation peut déraper. Les risques sont très élevés », prévient Marc Finaud, ancien diplomate français et expert du centre de réflexion Geneva Center for Security Policy.

Avec les frappes, « les Iraniens lavent leur honneur, ce qui est un facteur très important en raison de la valeur de Soleimani. La question est de savoir si cela leur suffit », prévient John Raine, expert en géopolitique au centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), en craignant que Téhéran envisage « des attaques contre les intérêts américains ailleurs dans la région, particulièrement dans les pays où l’Iran a des leviers opérationnels ».