John Bolton prêt à témoigner au procès en destitution de Trump

John Bolton a dit lundi qu’il pourrait être interrogé à condition d’être officiellement convoqué par le Sénat.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse John Bolton a dit lundi qu’il pourrait être interrogé à condition d’être officiellement convoqué par le Sénat.

Un témoin potentiellement embarrassant : l’ancien conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale, John Bolton, s’est dit lundi prêt à être interrogé lors du procès en destitution du président américain, à condition d’être officiellement convoqué par le Sénat.

Cette annonce renforce la pression sur les élus républicains de la Chambre haute du Congrès, dont le chef, Mitch McConnell, refuse d’accéder aux demandes de l’opposition démocrate désireuse de faire témoigner quatre hauts conseillers de Donald Trump.

Le bras de fer entre les deux camps paralyse la procédure depuis la mise en accusation historique, le 18 décembre par la majorité démocrate de la Chambre des représentants, du milliardaire républicain pour « abus de pouvoir » et « entrave à la bonne marche du Congrès ».

Tant qu’elle n’a pas obtenu gain de cause, la chef démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, refuse de transmettre l’acte d’accusation au Sénat, une démarche nécessaire pour ouvrir le procès du président, le troisième seulement dans toute l’histoire des États-Unis.

Or, Mitch McConnell ne fait pas mystère de son intention d’obtenir au plus vite l’acquittement de Donald Trump au Sénat, contrôlé par les républicains. « La mascarade de l’impeachment […] doit finir vite », a pour sa part tweeté lundi l’impétueux président.

Conscients que leurs chances d’obtenir la destitution du président sont quasi nulles, les démocrates espèrent toutefois convaincre les Américains qu’il a bien abusé de son pouvoir en demandant à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, son rival potentiel à la présidentielle de novembre.

Quatre républicains

Pour ce faire, les démocrates misent sur quatre témoins, dont John Bolton, limogé le 10 septembre 2019 en raison de désaccords avec Donald Trump. L’ancien conseiller pourrait, selon eux, apporter des informations sur les pressions exercées par la Maison-Blanche sur l’Ukraine, notamment sur le gel d’une aide militaire de près de 400 millions de dollars.

La présidence a jusqu’ici interdit à ses conseillers de coopérer à l’enquête en destitution, même en cas de convocation par le Congrès. John Bolton avait initialement fait savoir qu’il attendrait que la justice se prononce sur ce conflit entre les pouvoirs exécutif et législatif avant de répondre à toute injonction.

Mais, la semaine dernière, un tribunal, saisi par un de ses anciens collaborateurs, a refermé le dossier sans trancher.

« En conséquence, alors que mon témoignage est à nouveau en question, j’ai décidé de résoudre cette question de mon mieux », a-t-il écrit lundi dans un communiqué. « Si le Sénat adoptait une injonction pour obtenir mon témoignage, je serais prêt à témoigner », a ajouté John Bolton.

Il faudrait toutefois 51 voix sur 100 sénateurs pour qu’il soit convoqué. Les démocrates et leurs alliés ne disposent que de 47 sièges à la Chambre haute.

« Il revient désormais à quatre sénateurs républicains de soutenir la convocation de M. Bolton et de trois autres témoins […] pour être sûr d’avoir toutes les preuves à l’ouverture du procès », a dit le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer.

« Jeu frivole »

« Le président et le sénateur McConnell n’ont plus d’excuses, ils doivent laisser ces témoins être entendus », a renchéri Nancy Pelosi. « Le Sénat ne peut pas être complice de la tentative du président d’étouffer » l’affaire ukrainienne, a-t-elle encore tweeté.

Pour l’heure, leurs appels se sont heurtés à un mur. Lors d’une intervention au Sénat, Mitch McConnell a répété que la question des témoins devait être réglée une fois le procès ouvert et non en amont, comme ce fut le cas en 1999 quand le président démocrate Bill Clinton a été jugé pour avoir menti sur sa liaison avec une stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky.

« Si c’était assez bon pour le président Clinton, ça doit l’être pour le président Trump », a-t-il ajouté, en reprochant aux démocrates de jouer à « un jeu frivole ».

« À cette heure dangereuse, les démocrates de la Chambre continuent leurs jeux politiques avec cette procédure en destitution partisane contre le commandant en chef », a-t-il encore critiqué, en citant les « tensions croissantes au Moyen-Orient » à la suite du raid américain qui a tué à Bagdad le général iranien Qassam Soleimani.