Harvey Weinstein face à ses accusatrices

Les actrices Rosanna Arquette (au premier plan, avec un bonnet) et Rose McGowan (au centre) étaient au nombre des dénonciatrices de Harvey Weinstein à s’être présentées devant le tribunal new-yorkais où s’ouvrait lundi son procès.
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Les actrices Rosanna Arquette (au premier plan, avec un bonnet) et Rose McGowan (au centre) étaient au nombre des dénonciatrices de Harvey Weinstein à s’être présentées devant le tribunal new-yorkais où s’ouvrait lundi son procès.

Elles s’étaient massées près de l’entrée du New York County Criminal Court et l’attendaient de pied ferme : plusieurs des victimes alléguées de Harvey Weinstein, droites et unies devant lui. Mais quand le producteur déchu est apparu avec son déambulateur pour aller affronter la justice, elles n’ont rien dit, rien crié : leur seule présence parlait.

Si ces femmes — dont plusieurs actrices — l’attendaient dehors, c’est parce que le procès criminel qui s’est ouvert à l’intérieur lundi ne les concernait pas directement. Sur plus de 80 dénonciations visant Weinstein, la justice new-yorkaise n’a en effet retenu des chefs d’accusation que pour deux dossiers : un viol en 2013 et une agression sexuelle en 2006.

Une situation « certainement extrêmement frustrante », a lancé l’actrice Rosanna Arquette aux médias rassemblés devant le palais de justice. Mais c’est néanmoins beaucoup, selon la comédienne et militante Sarah Ann Masse. « Ce procès est déjà une reconnaissance sociale : c’est une grande victoire de le voir être tenu responsable, lui et aussi le système qui l’a protégé pendant des années. »

   

D’autant que pour l’actrice et militante Rose McGowan, l’une des voix les plus fortes des accusatrices de Weinstein, chaque dossier qui aboutit devant un juge fait écho aux autres. À travers les femmes qui témoigneront devant le juge et le jury, c’est la voix de « toutes celles qui n’auront pas [droit de parole au tribunal] » qui résonnera, a-t-elle dit.

Autres accusations

Ces voix seront tout de même plus nombreuses que prévu à pouvoir se faire entendre en cour. Comme pour renforcer la symbolique contenue dans l’ouverture du premier procès lié au mouvement #MeToo, la procureure du comté de Los Angeles a en effet annoncé en mi-journée l’inculpation de Harvey Weinstein pour deux autres cas d’agressions sexuelles.

Celles-ci auraient été commises sur deux jours consécutifs en février 2013. L’identité des victimes n’a pas été dévoilée.

« Nous croyons que les preuves établiront que l’accusé a utilisé son pouvoir et son influence pour avoir accès à ses victimes puis commettre des crimes violents à leur encontre », a soutenu la procureure Jackie Lacey dans un communiqué. Elle a souligné le « courage » des victimes impliquées dans ces dossiers.

 
Photo: Mary Altaffer Associated Press Harvey Weinstein s’est présenté au tribunal en s’aidant d’une marchette. À New York, l’homme est accusé d’agression sexuelle et de viol.

Dans ce volet californien de ses démêlés criminels, Harvey Weinstein est accusé d’avoir violé une femme dans une chambre d’hôtel, puis d’en avoir agressé une autre le lendemain dans un autre hôtel. Le bureau de la procureure se penche toujours sur trois autres dossiers pour déterminer si des accusations doivent être déposées.

Le groupe des 25 femmes qui se fait appeler les « Silence Breakers » — nom retenu par le magazine Time quand il en a fait ses personnalités de l’année 2017 — a immédiatement réagi en affirmant « qu’aujourd’hui représente un nouveau jour pour notre société ».

« Le début du procès criminel à New York et les nouvelles charges pour crimes sexuels à Los Angeles sont une indication claire que les risques que nous avons pris et que les conséquences que nous avons subies n’ont pas été en vain », ont-elles indiqué par communiqué.

L’une des femmes présentes à New York, Louise Godbold, avait indiqué au Devoir en matinée avoir été agressée à deux reprises par Harvey Weinstein : une fois à New York, puis une deuxième fois à Los Angeles. « Il voulait alors supposément s’excuser de ce qui s’était passé la première fois », a raconté celle qui est maintenant directrice d’un organisme d’aide aux personnes victimes de traumatismes.

Mme Godbold souhaite que le jury qui décidera du sort de Weinstein — la sélection débutera ce matin — le condamne, afin qu’elle puisse tourner la page. « Juste le stress du début de procès m’a complètement épuisée, dit-elle. Et je pourrais être impliquée à Los Angeles : si c’est le cas, ce sera deux autres années à vivre avec ce stress. »

Libération

Plusieurs personnes ont dit ressentir une forme de libération lundi matin en voyant Weinstein se diriger à pas lents vers le palais de justice, scruté par plusieurs dizaines de caméras et de journalistes. Quelques rares manifestants étaient aussi présents.

« Je n’avais pas été près de lui depuis 12 ans », confiait au Devoir Sarah Ann Masse en marge du point de presse des Silence Breakers. « C’est la première fois que je le vois depuis qu’il m’a agressée. »

Elle évoque des émotions contrastées : à la fois un sentiment de peur, mais aussi une impression de « puissance » retrouvée face à un homme qui a terrorisé des dizaines de femmes, mais qui est aujourd’hui confronté à ses actes. « Je me sens tellement mieux qu’hier », a-t-elle dit.

Je suis venue aujourd’hui pour me tenir aux côtés des autres femmes que tu as blessées, et pour être une voix pour celles qui n’en ont pas, comme ça a été mon cas pendant si longtemps

« L’émotion est forte aujourd’hui », a pour sa part souligné Rosanna Arquette. « Ce procès signifie tellement pour tellement de gens », a renchéri Rose McGowan. « C’est beaucoup plus grand qu’un seul homme », estime Lauren Sivan, une journaliste de télévision qui fait partie du groupe de victimes. Elle croit que « c’est un changement culturel » qui s’incarne dans le procès new-yorkais de Weinstein.

Celui-ci marque non seulement le début « d’une nouvelle année, d’une nouvelle décennie », mais aussi d’une nouvelle ère, pense Mme Arquette. En reprenant le slogan-mouvement « Time’s up » — qui peut se traduire par « c’en est fini », ou « c’en est assez » —, elle a plaidé pour la fin du « harcèlement sexuel dans tous les lieux de travail, de l’habitude de blâmer les survivantes [d’agression], des excuses vides et de la culture du silence. »

« Nous sommes ici pour nous assurer que ce procès concernera les actes d’un agresseur, pas ceux de ses victimes », a-t-elle aussi dit.

La fin du silence

Rose McGowan s’est adressée à Harvey Weinstein dans son allocution. « Je suis venue aujourd’hui pour me tenir aux côtés des autres femmes que tu as blessées, et pour être une voix pour celles qui n’en ont pas, comme ça a été mon cas pendant si longtemps. Tu pensais que tu pouvais nous terroriser et nous faire taire ? Tu te trompais. » « Nous ne serons plus muselées », a ajouté Sarah Ann Masse.

C’est là un message qui vaut au-delà du milieu du cinéma, pense Mme Masse. « Nous [les Silence Breakers] représentons des milliers de personnes de tous les secteurs qui ont eu le courage de partager des histoires de violences sexuelles et qui l’ont fait malgré les risques de représailles. »

Sur le front juridique, la première journée du procès Weinstein a permis de régler des questions techniques. On s’attend à ce que la sélection du jury dure près de deux semaines, l’hypermédiatisation de la cause compliquant le travail de recherche pour trouver 12 personnes impartiales.

Quand le jury sera formé, on estime que le procès nécessitera quatre semaines.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

5 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 janvier 2020 07 h 02

    Échos Vedettes


    Il y a risque d'un conflit nucléaire, ou à tout le moins que l'Orient s'embrase et que le terrorisme s'éclate en Occident, et pendant ce temps-là ce journal publie à la une des intrigues de starlettes.

    Il existe déjà des publications spécialisées qui se consacrent à exposer les dessous des vedettes de variétés, pour le plus grand plaisir des amateurs de faits divers.

    Pour ma part, il m'importe peu de savoir si c'est l'actrice qui a négocié ses charmes pour mousser sa carrière ou si c'est le cinéaste qui a réclamé une gratification en contrepartie d'un rôle.

  • Serge Grenier - Abonné 7 janvier 2020 09 h 03

    La justice ???

    « Sur plus de 80 dénonciations visant Weinstein, la justice new-yorkaise n’a en effet retenu des chefs d’accusation que pour deux dossiers »

    Un jour ce sera au tour de la justice new-yorkaise de s'expliquer. Pourquoi les personnes chargées de retenir des chefs d'accusation font-elles plus attention à l'agresseur qu'à ses victimes? Qui a conçu et adopté ces lois qui protège les forts et accable les faibles?

    Il me semble qu'il y a conflit d'intérêt quand le système judiciaire se cache derrière des lois qu'il a lui-même écrites.

    Les juges qui ont manqué de jugement seront jugés très sévèrement.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 janvier 2020 11 h 03

    « Sur plus de 80 dénonciations, la justice n’a retenu des chefs d’accusation que pour deux dossiers» (Serge Grenier)



    C'est peut-être parce que «l'Attorney» n'a retenu que les dossiers dont la preuve pourrait mener au succès de la poursuite…

    Par ailleurs, justice serait-elle mieux rendue si l'on pendait le justiciable quatre-vingts fois de suite? À moins qu'on ne le pende qu'une seule fois, avec quatre-vingts cordes autour du cou…

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 janvier 2020 11 h 22

    «Pourquoi les personnes chargées de retenir des chefs d'accusation font-elles plus attention à l'agresseur qu'à ses victimes?» (Serge Grenier)



    En effet, on se demande bien pour quelle raison on va débattre au tribunal, alors qu'il serait tellement plus simple d'embastiller tout de go ceux dont on se plaint.

    L'économie serait notable, puisque le système judiciaire se limiterait à des postes de police et à des prisons.

    De cette façon, si mon voisin m'embête, j'aurais le loisir de le faire coffrer sans autres formes de procès: j'appelle la police, et hop! Voilà le voisin en cabane, dont la libération dépendra du bon vouloir des flics.

    Remarquez que le lynchage permet d'économiser sur la flicaille; c'est une activité que peuvent pratiquer des citoyens en santé; alors, pourquoi s'encombrer d'un appareil judiciaire alors que les citoyens peuvent rendre justice eux-mêmes rapidement et à peu de frais, hein?

  • caroline st-louis - Inscrit 8 janvier 2020 15 h 33

    Réponse à Mathieux Lacoste

    Des starlettes ; mots qui démontre que vous avez peu de repect pour les actrices et qui rabaisse une métier de femme.

    Donc parce qu'elles veulent des roles vous sous-entendez qu'elles vendent leurs charmes? Que de préjugés de l'age de mon père lol

    Malgré tout, même si elles provoquaient ces homems et demandaient des roles en échangent de services sexuels ; vous croyez alors normal que l'homme accepte des actes illégaux ? Vous croyez que ca lui donne le droit de frapper une femme ? etc...

    Des centaines de millliers d'années que des femmes (possiblement votre mère incluse !) n'ont pas justice et subissent de la violence et ce n'est pas une nouvelle importante selon vous qu'elles aillent un peu gain de cause ?

    C'est extrement sexiste de votre part. Posez vous sérieusement des questions sur le genre de type que vous êtes.

    Si vous étiez mon père ; j'aurais tellement honte de vous. J'ai honte d'hommes comme vous dans la société.

    Toutes personnes méritent justice.

    Des histoires de guerre il y en a eu autant que des histoires de viols ; merci à l'homme ! Alors une nouvelle guerre nucléaire?! Ben oui pis ? pas nouveau ! Je préfère voir que l'histoire avance au moins grace aux femmes !