Bernie Sanders attaque l’année électorale en solide position

Bernie Sanders dispose en outre «d’un solide réseau de partisans qui date de [sa candidature en 2016] et qu’il a maintenu et enrichi», souligne William Sweeney, professeur à l’American University.
Photo: Charlie Neibergall Associated Press Bernie Sanders dispose en outre «d’un solide réseau de partisans qui date de [sa candidature en 2016] et qu’il a maintenu et enrichi», souligne William Sweeney, professeur à l’American University.

Une crise cardiaque, une dangereuse rivale progressiste, des doutes sur son âge… Porté par le fervent soutien de ses partisans, Bernie Sanders a surmonté les obstacles qui menaçaient sa candidature en 2019 pour entamer l’année en solide position dans la primaire démocrate, avec la Maison-Blanche en vue.

« Pas besoin de mendier auprès des riches et des puissants. » Triomphant, le sénateur indépendant a salué jeudi le montant impressionnant qu’il a récolté auprès de petits donateurs au dernier trimestre 2019 : 34,5 millions de dollars, soit plus que tout autre candidat à l’investiture démocrate sur un trimestre.

Menacé cet été par l’ascension de la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, Bernie Sanders lui a depuis repris la deuxième place dans les sondages pour la primaire.

Et si le candidat aux idées socialistes reste derrière le modéré Joe Biden, toujours favori dans les enquêtes d’opinion, il l’a dépassé de loin en 2019 en ce qui a trait aux fonds récoltés (96 millions contre 60 millions).

Un exploit d’autant plus remarqué que le candidat le plus âgé de la primaire, à 78 ans, avait démarré le dernier trimestre en position plus que périlleuse : Bernie Sanders avait fait une crise cardiaque le 1er octobre.

Critiqué parce que son équipe avait dans un premier temps manqué de transparence sur son état de santé, le sénateur d’ordinaire connu pour son ton combatif avait donné de rares signes publics de vulnérabilité… avant de se reprendre.

Désormais bien rétabli, selon ses médecins, Bernie Sanders a pu dans ce retour en force compter sur le soutien de la benjamine très médiatique du Congrès : l’élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez.

Il était encore à l’hôpital lorsque cette voix très influente auprès des jeunes progressistes lui a annoncé son soutien, selon des médias américains.

Elle a depuis fait campagne aux côtés de Bernie Sanders, également soutenu par d’autres visages de la gauche du parti : Ilhan Omar et Rashida Tlaib.

Ces appuis lui « donnent une certaine crédibilité auprès des électeurs issus de minorités », alors qu’en 2016, lors de sa campagne malheureuse contre Hillary Clinton, « son équipe avait été critiquée pour son manque de diversité », souligne Miles Coleman, politologue à l’Université de Virginie.

C’est « avec la force des partisans, un mouvement multiracial et multiculturel, que nous allons battre le pire président de l’histoire de notre pays, Donald Trump ». Vêtu d’une épaisse parka pour braver le froid de l’Iowa, le socialiste a ouvert l’année avec un message de défiance.

En campagne dans cet État qui ouvrira le bal de la primaire en votant le 3 février, le septuagénaire a affirmé dans la même vidéo qu’il allait « décrocher l’investiture démocrate ».

Changements en profondeur

Oubliée, l’image d’un Bernie Sanders convalescent. Le septuagénaire, souvent échevelé, a retrouvé les grands rassemblements ainsi que ses sorties vigoureuses et parfois humoristiques lors des débats démocrates.

Celui qui prône une « révolution politique », pourfend Wall Street, appelle à un « Green New Deal » pour lutter contre les changements climatiques et défend une profonde réforme du système de santé américain compte sur un solide soutien chez les jeunes.

« Les millénariaux aiment l’authenticité », souligne Miles Coleman. Or, Bernie Sanders « n’est pas un politique typique » et peut donc plaire davantage que les autres à une génération d’Américains qui n’est, d’autre part, plus effrayée par le mot « socialisme ».

Bernie Sanders dispose en outre « d’un solide réseau de partisans qui date de [sa candidature en 2016] et qu’il a maintenu et enrichi », souligne William Sweeney, professeur à l’American University.

Dans l’Iowa, État très influent car il vote en premier, il figure en deuxième place de la moyenne des sondages établie par RealClearPolitics, derrière le jeune candidat modéré Pete Buttigieg.

Et dans le New Hampshire, qui votera juste après, Bernie Sanders caracole en tête, tandis qu’Elizabeth Warren, première durant l’automne, a plongé jusqu’à la quatrième place.

Les deux sénateurs occupant un même espace idéologique, ils représentent chacun une menace pour l’autre, souligne Capri Cafaro, ancienne élue démocrate et experte de l’American University.

En perte de vitesse, Mme Warren a annoncé vendredi avoir récolté bien moins de fonds que M. Sanders au dernier trimestre : 21 millions de dollars (71 millions au total en 2019).

Mais dans ce duel, nuance Mme Cafaro, son statut de seule femme encore en lice dans le peloton de tête « pourrait lui bénéficier à long terme » auprès d’un électorat démocrate qui a soif de changement.