Réactions contrastées chez les élus américains

La frappe a été menée «sans consulter le Congrès», a dénoncé s’est la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.
Photo: Saul Loeb Archives Agence France-Presse La frappe a été menée «sans consulter le Congrès», a dénoncé s’est la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Loin de provoquer l’union sacrée, l’assassinat du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué à Bagdad sur ordre de Donald Trump, divisait profondément vendredi le Congrès américain entre démocrates et républicains.

Fait encore rare aux États-Unis, l’opposition démocrate critiquait avec virulence la décision du président républicain d’ordonner cette frappe sans l’aval du Congrès, alors même qu’un sénateur républicain proche du milliardaire avait été informé en avance.

Des ténors républicains se félicitaient au contraire de l’opération qui a tué Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran pour les affaires irakiennes, ainsi qu’un autre leader pro-iranien en Irak.

« Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication », a réagi l’ancien vice-président Joe Biden, favori dans les sondages pour la primaire démocrate en vue de défier M. Trump lors de la présidentielle de novembre.

Cet acte représente « une escalade dangereuse dans la violence », s’est inquiétée la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui avait ouvert, à l’automne, la procédure de destitution contre Donald Trump au Congrès.

Troisième personnalité politique aux États-Unis après le président et le vice-président, Mme Pelosi a souligné que la frappe avait été menée « sans consulter le Congrès ».

Ce n’est qu’après la frappe qu’elle s’est entretenue avec le chef du Pentagone, Mark Esper, vers 21 h 40, a indiqué à l’AFP un responsable parlementaire.

Un sénateur républicain informé d’une « opération potentielle »

Le sénateur Lindsey Graham, grand allié de Donald Trump, a en revanche affirmé avoir été informé d’une « opération potentielle » plus tôt cette semaine, lorsqu’il rendait visite au président dans sa luxueuse résidence en Floride.

« J’aime vraiment que le président Trump dise au monde qu’on ne peut pas tuer un Américain » avec impunité, a-t-il déclaré sur Fox News, en allusion à la mort d’un Américain en Irak le 27 décembre, dans des tirs de roquettes attribués par Washington à des forces pro-Iran.

Le sénateur a suivi la ligne présentée plus tôt par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, qui a affirmé que le général Soleimani préparait dans la région une « action d’envergure » et imminente, menaçant des « centaines de vies américaines ».

« Le président a été informé de ces attaques potentielles et il a agi », a commenté M. Graham, parlant d’une « frappe défensive ».

Le clan Trump serre les rangs

Comme lui, les républicains serraient les rangs derrière la stratégie du président américain, saluant notamment « une démonstration de détermination et de force », en réponse également à l’assaut mardi de l’ambassade américaine à Bagdad.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a qualifié pour sa part Qassem Soleimani de « cerveau terroriste » lors d’un discours dans l’hémicycle.

Proche de Donald Trump, il a annoncé que la Maison-Blanche informerait dès vendredi des attachés parlementaires sur la situation en Irak, puis qu’il espérait pouvoir organiser une séance d’information pour tous les sénateurs « tôt la semaine prochaine ».

Lui-même déjà informé par Mark Esper, M. McConnell a appelé les sénateurs à « attendre d’avoir étudié les faits » avant d’opiner en public sur cette opération.

Rare voix discordante chez les républicains, Rand Paul, un sénateur libertarien généralement contre les interventions américaines à l’étranger, a affirmé que les militaires américains « méritaient mieux » qu’une frappe ordonnée sans l’aval du Congrès : « Si nous devons entrer en guerre avec l’Iran, alors la Constitution ordonne que nous déclarions la guerre », a-t-il tweeté.