Procédure de destitution: Trump pressé d’en finir, mais pas Pelosi

La cheffe démocrate Nancy Pelosi a empilé en conférence de presse, jeudi, les copies de projets de loi en attente d’approbation par le Sénat contrôlé par les républicains.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse La cheffe démocrate Nancy Pelosi a empilé en conférence de presse, jeudi, les copies de projets de loi en attente d’approbation par le Sénat contrôlé par les républicains.

La procédure de destitution contre Donald Trump donne lieu à un nouvel affrontement partisan à Washington : le président a sommé jeudi ses troupes au Sénat de mettre en marche le procès en vue de l’acquitter, tandis que le camp démocrate tente de ralentir les démarches dans l’espoir de peaufiner l’attaque contre l’adversaire républicain.

« HARCÈLEMENT PRÉSIDENTIEL ! » a lancé sur Twitter le milliardaire américain, au lendemain du feu vert à la procédure de destitution par la Chambre des représentants. Celle-ci a voté mercredi soir pour son impeachment pour « abus de pouvoir » et « entrave au travail du Congrès » dans l’affaire ukrainienne.

Le leader du camp présidentiel au Sénat, Mitch McConnell, a confirmé son intention d’acquitter rapidement le président grâce à la majorité républicaine. Une destitution nécessiterait un vote des deux tiers de la Chambre haute. À un an des élections, les sénateurs républicains se sont unis derrière Trump en dénonçant la « chasse aux sorcières » menée par les démocrates.

« Si le Sénat devait suivre le niveau d’exigence historiquement bas » fixé par la Chambre [des représentants] pour renvoyer Donald Trump en procès, « ce serait une invitation à mettre en accusation chaque futur président, […] quel que soit son parti », a prévenu jeudi Mitch McConnell.

« Le Sénat doit maintenant rétablir la justice », a-t-il déclaré. Le leader républicain n’a pas non plus caché sa volonté de se coordonner avec la Maison-Blanche pour fixer les règles du futur procès.

Devant ce front commun entre la Maison-Blanche et la majorité au Sénat, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a maintenu jeudi sa menace d’attendre avant de transmettre au Sénat les deux actes d’accusation contre le président.

Les démocrates tentent de faire pression sur les républicains pour qu’ils acceptent de convoquer le secrétaire général de la présidence, Mick Mulvaney, l’ex-conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, ou encore le secrétaire d’État, Mike Pompeo.

« Nos Pères fondateurs, en rédigeant la Constitution, se méfiaient d’un président voyou. Je ne crois pas qu’ils imaginaient qu’on aurait en même temps un président voyou et un leader du Sénat voyou », a déclaré Nancy Pelosi.

Inquiétudes démocrates

Les démocrates craignent que l’acquittement prévisible de Donald Trump donne un élan aux républicains aux élections présidentielles de novembre 2020. Les républicains, qui avaient tenté en vain de destituer le président Bill Clinton il y a 20 ans, en avaient payé le prix aux urnes.

Sans surprise, le représentant Jeff Van Drew, du New Jersey — un des trois élus démocrates ayant voté contre la procédure de destitution de Donald Trump —, a fait le saut au Parti républicain jeudi.

 
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C’est le nombre de représentants démocrates, élus en 2018 dans des districts qui avaient appuyé Trump deux ans plus tôt, qui ont voté pour la destitution du président.

De son côté, Tulsi Gabbard, candidate à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, a été critiquée par des partisans qui lui reprochent son refus d’appuyer la destitution de Trump. La représentante hawaïenne a répondu « présente » au vote de destitution de mercredi soir, ce qui équivaut à une abstention.

« Une maison divisée ne peut fonctionner. Malheureusement, notre nation est profondément divisée. J’ai voté pour une nécessaire réconciliation et dans l’espoir qu’on puisse guérir notre pays et inaugurer un avenir meilleur pour le peuple américain, notre pays et notre nation », a déclaré Tulsi Gabbard sur Twitter.

Un électeur lui a rappelé une célèbre parole de Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix en 1984 : « Si vous êtes neutre face à une injustice, vous prenez parti pour l’oppresseur. »

Pas moins de 29 représentants démocrates, élus en 2018 dans des districts qui avaient appuyé Donald Trump deux ans plus tôt, ont voté mercredi pour la destitution du président. Ils ont fait ce geste malgré un risque réel de perdre leur siège à cause de la résilience des appuis à Trump.

« Ces élus ont fait passer l’intérêt national avant leur propre carrière politique, a souligné Nathan Lerner, directeur exécutif de l’organisation démocrate Build the Wave. Nous devons nous battre à mort pour leur réélection en 2020. »

Un cas à part

Cas Mudde, professeur à l’Université de Géorgie, estime peu probable que Donald Trump sorte affaibli de la procédure de destitution.

« L’idée que l’impeachment fera mal à Trump aux élections de 2020 est fondée sur le mythe tenace du “républicain modéré” qui détesterait le radicalisme de Trump, mais craindrait les “socialistes” démocrates. [Ce] mythe était au centre de la campagne désastreuse d’Hillary Clinton en 2016 », écrit-il dans le Guardian.

Cette croyance s’est révélée « totalement impertinente » face aux succès de Trump et du Parti républicain depuis quatre ans, selon lui. « Trump utilisera sans doute la destitution comme un insigne d’honneur censé démontrer à ses partisans les plus radicaux, inquiets de sa montée au sein du milieu des affaires et de l’establishment républicain, qu’il reste différent et opposé au système “corrompu”», ajoute le spécialiste.

Avec l’Agence France-Presse