Exportation de médicaments: Ottawa dit non à Trump

Aux États-Unis, seule la concurrence peut pousser les compagnies pharmaceutiques à réduire leurs prix. Mais pour de nombreux traitements, seuls quelques laboratoires se partagent le marché et les prix ont connu de grandes envolées.
Photo: iStock Aux États-Unis, seule la concurrence peut pousser les compagnies pharmaceutiques à réduire leurs prix. Mais pour de nombreux traitements, seuls quelques laboratoires se partagent le marché et les prix ont connu de grandes envolées.

Le gouvernement de Donald Trump a dévoilé mercredi son projet de réforme pour autoriser l’importation de médicaments du Canada et d’autres pays afin de faire baisser les prix des médicaments aux États-Unis, un plan immédiatement contesté par Ottawa.

Le Canada a répliqué qu’il n’avait pas la vocation, voire la capacité, de répondre à la demande américaine.

« Ces mesures n’auront pas d’impact sur les prix ou l’accès des Américains », a dit Thierry Bélair, le porte-parole de la ministre de la Santé, Patty Hajdu. « Notre priorité ferme est l’accès des Canadiens aux médicaments dont ils ont besoin ».

Contrairement à d’autres pays, aucune autorité centrale ne fixe le prix des médicaments aux États-Unis, où seule la concurrence peut pousser les compagnies pharmaceutiques à réduire leurs prix. Or, pour de nombreux traitements, quelques laboratoires se partagent le marché et les prix ont connu des envolées qui défraient la chronique.

Coûteuse insuline

Un exemple spectaculaire est l’insuline, dont les inventeurs en 1922 avaient vendu le brevet pour 1 dollar symbolique à l’Université de Toronto, refusant de profiter d’un médicament vital pour les personnes diabétiques. « L’insuline ne m’appartient pas, elle appartient au monde », déclarait le codécouvreur Frederick Banting.

Un siècle plus tard, trois entreprises se partagent le marché américain de l’insuline, et le prix de gros des quatre insulines les plus utilisées a plus que triplé entre 2007 et 2017.

L’insuline peut coûter à un patient non assuré plus de 400 $ US par mois.

Plusieurs candidats à la primaire démocrate pour l’élection présidentielle de novembre 2020, dont Bernie Sanders, dénoncent depuis des années ces hausses et ont proposé diverses législations pour forcer les prix à la baisse. Le sénateur du Vermont a emmené des personnes diabétiques dans une pharmacie canadienne cet été pour y acheter de l’insuline, à une fraction du prix américain.

Le premier volet de la réforme du gouvernement Trump vise à autoriser les États américains à créer des programmes d’importation de médicaments sur ordonnance déjà autorisés au Canada. Certains voisins du Canada, comme le Vermont et le New Hampshire, sont candidats.

Mais cette voie est affaiblie par un détail crucial : en raison d’une loi de 2003, ces programmes ne pourront pas inclure de médicaments biologiques (fabriqués à partir d’une cellule ou d’un organisme vivant ou qui nécessitent une réfrigération), et se limiteraient donc principalement à des comprimés qu’on achète en pharmacie, en général moins chers.

L’insuline canadienne ne pourra donc pas, à moins d’une nouvelle loi, être importée aux États-Unis.