Deux chefs d'accusation retenus contre Trump: abus de pouvoir et entrave

Compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump deviendra certainement le troisième président de l’histoire, après Andrew Johnson et Bill Clinton, à être mis en accusation au Congrès américain.
Photo: Patrick Semansky Associated Press Compte tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump deviendra certainement le troisième président de l’histoire, après Andrew Johnson et Bill Clinton, à être mis en accusation au Congrès américain.

Dans un tournant historique, les démocrates ont retenu mardi deux chefs d’accusation dans la procédure de destitution visant Donald Trump : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Ces chefs, jugés « ridicules » par le président américain, seront débattus dès mercredi au sein de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, en vue d’un vote en séance plénière la semaine prochaine.

Donald Trump deviendra, selon toutes les probabilités, le troisième président de l’histoire des États-Unis mis en accusation au Congrès quand la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, adoptera ces chefs d’accusation, sans doute avant Noël.

   

Il ne sera toutefois vraisemblablement pas destitué puisque le Sénat, chargé de le juger ensuite, est contrôlé par les républicains, qui font largement bloc autour de lui.

Le président « s’attend à être totalement exonéré, car il n’a rien fait de mal », a ajouté la porte-parole de la Maison-Blanche, Stephanie Grisham.

Le vote à la Chambre, rarissime dans l’histoire américaine, assombrira toutefois son mandat et pèsera sur sa campagne de réélection.

Devant les drapeaux américains, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a évoqué un « jour solennel » lors d’une allocution pour annoncer ces deux chefs : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

« Aujourd’hui, au nom de la Constitution et de notre pays, la commission judiciaire de la Chambre introduit deux articles de mise en accusation contre le président des États-Unis, Donald Trump, pour crimes et délits majeurs », a déclaré, à ses côtés, le chef démocrate de cette commission, Jerry Nadler.

Le président a sollicité l’Ukraine et fait pression sur elle pour qu’elle intervienne dans notre élection de 2020

Une « mascarade »

Donald Trump dénonce une « mascarade » montée par les démocrates parce qu’ils sont incapables, selon lui, de le battre dans les urnes.

Cette procédure est une « tentative pathétique de renverser le gouvernement Trump et les résultats de l’élection 2016 », qui avait donné une victoire surprise au milliardaire, a indiqué Stephanie Grisham.

Les démocrates ont ouvert, fin septembre, une procédure de destitution contre Donald Trump après avoir appris qu’il avait demandé à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, bien placé pour l’affronter à la présidentielle de 2020.

Après plus de deux mois d’enquête, l’opposition l’a accusé d’avoir abusé de son pouvoir pour arriver à ses fins, notamment en gelant une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit armé avec la Russie.

« Le président a sollicité l’Ukraine et fait pression sur elle pour qu’elle intervienne dans notre élection présidentielle de 2020. Ce faisant, il a porté atteinte à la sécurité nationale, a affaibli l’intégrité des élections et violé son serment au peuple américain », a affirmé M. Nadler.

Les démocrates lui reprochent également d’avoir refusé de collaborer à leur enquête, ce qui alimente le chef d’entrave à la bonne marche du Congrès.

Jugeant l’enquête en destitution « inconstitutionnelle », la Maison-Blanche a en effet intimé à plusieurs conseillers du président de ne pas se plier aux injonctions à comparaître et de ne pas transmettre de documents à la Chambre.

« C’est un schéma familier dans la conduite du président Trump » qui « croit ne devoir de comptes à personne », a poursuivi M. Nadler, un adversaire de longue date du magnat de l’immobilier. Mais « nous devons être clairs : personne, pas même le président, n’est au-dessus des lois ».

Mise en accusation

M. Nadler a ensuite publié l’acte formel de mise en accusation, impeachment en anglais, de Donald Trump, long de neuf pages. « La conduite du président a démontré qu’il resterait une menace pour la Constitution s’il était autorisé à rester au pouvoir », précise le texte.

Étant donné le rapport de force à la Chambre, Donald Trump est quasiment assuré d’être mis en accusation.

Avant cela, la commission judiciaire, à majorité démocrate, devra approuver cet acte d’accusation lors d’un vote attendu d’ici la fin de la semaine.

Avant Donald Trump, seuls les présidents Andrew Johnson, en 1868, et Bill Clinton, en 1998, ont connu cet impeachment, le républicain Nixon ayant démissionné avant le vote.

Les deux avaient ensuite été acquittés au Sénat, chargé selon la Constitution de juger les présidents. La condamnation doit être votée à une majorité des deux tiers. Comme eux, Donald Trump devrait aussi échapper à une destitution à la Chambre Haute, où il semble extrêmement improbable que 20 membres de son parti le lâchent.

Reste à savoir si son procès, envisagé en janvier, sera rapide, comme le souhaitent certains proches du président, ou si Donald Trump s’en servira comme tribune politique.