Trump interroge Trudeau devant la presse sur le budget militaire du Canada

Le premier ministre Justin Trudeau et le président américain Donald Trump lors d’un point de presse conjoint en marge d’une importante réunion de l’OTAN, mardi à Londres.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Le premier ministre Justin Trudeau et le président américain Donald Trump lors d’un point de presse conjoint en marge d’une importante réunion de l’OTAN, mardi à Londres.

Justin Trudeau a dû répondre mardi devant la presse aux questions posées par Donald Trump sur les dépenses militaires du Canada, alors même que le président américain menaçait d’imposer des mesures de représailles commerciales contre les pays qui n’en font pas assez.

Le président Trump a qualifié le Canada de « légèrement délinquant » lors d’un point de presse conjoint en marge d’une importante réunion de l’OTAN, mardi à Londres. Il s’agissait du premier tête-à-tête entre les deux hommes depuis la réélection de M. Trudeau en octobre.

D’autres membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), notamment le secrétaire général de l’alliance et le président de la Lettonie, où 600 soldats canadiens sont déployés pour contrer la menace russe, ont également rappelé à La Presse canadienne l’importance d’investir davantage dans la défense.

Après l’annexion par la Russie de la Crimée, territoire ukrainien, les 29 membres de l’OTAN avaient convenu en 2014 de cesser de réduire leurs budgets de défense et de s’employer à investir 2,0 % de leur produit intérieur brut (PIB) dans leurs forces armées au cours de la prochaine décennie. M. Trump a estimé mardi que cette cible était essentielle pour assurer que tous les membres de l’alliance militaire contribuent équitablement.

Lors de sa rencontre avec M. Trudeau, le président américain semblait prêt à donner l’absolution au Canada, alors qu’il qualifiait d’« inacceptables » les pays « délinquants » qui consacraient 1,0 % ou moins de leur PIB à leurs forces armées — tout en qualifiant le Canada de « légèrement délinquant ». Le Canada consacre 1,31 % de son PIB à la défense.

M. Trump, qui a menacé à un moment donné d’imposer des mesures de représailles commerciales contre les pays qui ne dépensent pas suffisamment, a convenu mardi que le Canada n’atteignait pas la cible de 2,0 %, tout en ajoutant : « Mais il progresse. » Lorsqu’on lui a demandé si le Canada devrait avoir un plan pour atteindre cet objectif, M. Trump a lancé à la blague : « Nous allons mettre le Canada sur un plan de recouvrement ». Se tournant ensuite vers M. Trudeau, il lui a demandé : « Où en êtes-vous, maintenant ? ».

Le premier ministre a alors tenté d’éviter la question en soulignant le plan de son gouvernement, dévoilé en 2017, d’augmenter les dépenses militaires de 70 % sur dix ans, ce qui comprend l’achat de nouveaux avions de chasse et de navires de guerre. « OK », dit M. Trump, mais « Où en êtes-vous maintenant ? », en termes de pourcentage du PIB. M. Trudeau s’est alors tourné vers sa délégation — le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et le chef d’état-major, le général Jonathan Vance —, et chacun y est allé de son chiffre. Le premier ministre a finalement tranché pour « 1,4 % ».

« Ils y arrivent », a déclaré M. Trump aux journalistes, apparemment satisfait. « Ils savent que c’est important de faire ça — et leur économie va bien. Ils y arriveront rapidement, je pense. Et regardez, c’est à leur avantage. »

Une cible réelle ?

En vertu du plan des libéraux, la cible de 1,4 % ne devrait être atteinte qu’au cours de l’exercice financier 2024-2025 ; au-delà de cet exercice, on ne prévoit aucun échéancier pour atteindre la cible de 2,0 % de l’OTAN.

Par ailleurs, les libéraux ont modifié en 2017 la façon dont le gouvernement calcule ses dépenses militaires, afin d’inclure des éléments tels que les programmes pour anciens combattants et la Garde côtière canadienne. Ce changement comptable a été approuvé par l’OTAN.

Le gouvernement libéral a refusé de dire s’il croyait réellement à l’objectif de 2,0 %. Il a plutôt souligné à plusieurs reprises que les contributions du Canada aux missions de l’OTAN en Lettonie, en Irak et ailleurs dans le monde permettaient de mieux mesurer ses contributions à l’alliance.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’est félicité de ces efforts. Dans une interview exclusive à La Presse canadienne, il a salué les progrès accomplis par son « allié de grande valeur » dans la hausse de ses dépenses militaires depuis quelques années. M. Stoltenberg a toutefois réaffirmé qu’il était important que chaque membre investisse davantage dans sa propre défense — et il s’attend à ce que les pays de l’OTAN honorent les engagements qu’ils ont pris il y a cinq ans.

« Je comprends que la plupart des politiciens aimeraient dépenser pour les soins de santé, l’éducation, les infrastructures, mais lorsque nous vivons dans un monde plus incertain, nous devons également investir dans notre sécurité et c’est exactement ce que nous faisons tous », a-t-il déclaré. « Les alliés de l’Europe et le Canada ne devraient pas investir dans la défense pour faire plaisir aux États-Unis. Ils devraient investir dans la défense car il est dans notre intérêt de le faire. Je me réjouis donc que le Canada ait commencé à investir davantage. »

Lors d’une autre entrevue, le président letton, Egils Levits, a déclaré à La Presse canadienne que l’objectif de 2,0 % était justifié étant donné le niveau d’instabilité et d’incertitude auquel font actuellement face les membres de l’OTAN, y compris la menace posée par la renaissance de Moscou sur l’échiquier mondial. « Si nous sommes attachés à notre démocratie, nous devrions la défendre », a déclaré M. Levits, dont le pays borde la Russie.