Le chef de la marine américaine, en désaccord avec Trump, quitte son poste

L'ex-chef de la marine américaine, Richard Spencer
Photo: Alex Brandon Associated Press L'ex-chef de la marine américaine, Richard Spencer

Le chef de la marine américaine, Richard Spencer, a été contraint à la démission dimanche en raison d’une controverse sur le sort d’un soldat d’élite accusé de crimes et gracié par le président Donald Trump.

M. Spencer, auquel le secrétaire à la Défense Mark Esper venait de demander de démissionner, a confirmé son départ dans une lettre ouverte où il critique Donald Trump, commandant en chef des forces armées américaines.

« Je ne partage plus la même compréhension que le Commandant en chef qui m’a nommé, en ce qui concerne les principes fondamentaux du bon ordre et de la discipline », a écrit M. Spencer dans cette lettre publiée par les médias américains. « Je reconnais par la présente la cessation de mes fonctions comme secrétaire américain à la Marine », a-t-il déclaré.

Quelques heures auparavant, le secrétaire à la Défense Mark Esper avait appelé Richard Spencer à démissionner de son poste, une fonction civile. M. Esper « a demandé la démission du secrétaire à la Navy Richard Spencer après avoir perdu confiance en lui concernant son manque de sincérité sur des conversations avec la Maison Blanche dans le traitement du cas du Navy Seal Eddie Gallagher », indiquait le Pentagone dans un communiqué.

M. Esper est « profondément troublé par ce comportement », ajoutait le Pentagone.

Edward Gallagher, membre des Navy Seals, une unité d’élite de la marine américaine, avait été jugé pour crimes de guerre dans une affaire très suivie aux États-Unis. Il avait été déclaré le 2 juillet non coupable du meurtre d’un prisonnier en Irak en 2017 et acquitté de deux tentatives de meurtre sur des civils irakiens.

Mais le soldat Gallagher avait été déclaré coupable d’avoir posé à côté du corps du jeune homme tué en compagnie d’autres soldats, une photo de nature à « porter préjudice aux forces armées », d’après l’acte d’accusation. Il avait en conséquence été dégradé d’un rang, une sanction qui réduisait sa solde et sa retraite.

Le 15 novembre, Donald Trump avait annulé la décision de la marine de rétrograder Gallagher.

Un accord avec la présidence

Le département de la Défense a accusé le secrétaire à la Marine d’avoir proposé en cachette à la Maison Blanche un arrangement aux termes duquel, si la présidence n’interférait pas avec les procédures entreprises contre Gallagher, le militaire prendrait sa retraite sans être auparavant exclu des Navy Seals. Richard Spencer n’aurait pas communiqué cette proposition au secrétaire à la Défense.

La marine américaine avait lancé une procédure interne qui pouvait aboutir au retrait à Edward Gallagher et à trois autres membres de la même unité de l’insigne distinctif des Navy Seals, le Trident, une sanction qui équivaut à une exclusion pure et simple des Seals.

Mais l’intervention de Donald Trump avait compromis le processus. Le président avait déclaré jeudi sur Twitter : « La Navy n’enlèvera PAS l’insigne du Trident au Combattant et Navy Seal Edward Gallagher ».

Dimanche, Donald Trump a publié sur Twitter que Gallagher avait été « très mal traité » par la marine. Il a indiqué que M. Spencer avait été prié de démissionner en raison de cette affaire et aussi pour ne pas avoir pris des mesures concernant un problème de dépassements budgétaires.

Et M. Trump a réaffirmé que Gallagher ne serait pas exclu des Navy Seals. « Eddie prendra tranquillement sa retraite avec tous les honneurs qu’il a mérités », a-t-il tweeté.

Parlant dimanche sur la chaîne de télévision Fox News, Edward Gallagher a accusé la marine d’avoir voulu prendre des mesures contre lui en représailles après un désaccord. « Ils auraient pu prendre mon Trident n’importe quand », a-t-il déclaré. Mais « maintenant ils essaient de me le prendre alors que le président m’a rétabli dans mon grade ».

Dans sa lettre ouverte annonçant son départ, Richard Spencer déclare que sa conscience ne lui permettait pas de se conformer à ce que souhaitait Donald Trump dans l’affaire Gallagher. « En conscience, je ne pouvais pas obéir à un ordre qui, à mon avis, violait le serment sacré que j’ai prêté de soutenir et de défendre la Constitution », affirme l’ancien secrétaire à la Marine. Il ajoute que maintenir l’ordre et la discipline dans les rangs de la Navy « est un travail extrêmement sérieux ».

Le cas d’Edward Gallagher et d’autres grâces accordées à des militaires en novembre par Donald Trump ont suscité des critiques d’anciens responsables militaires américains.

Le président a décidé de gracier le premier lieutenant Clint Lorance, condamné pour avoir ordonné en 2012 de tirer sur un groupe de trois civils afghans, dont deux étaient morts. Avant sa grâce présidentielle, Lorance avait effectué six des 19 ans de prison auxquels il avait été condamné.

M. Trump a également gracié un ancien membre des Bérets Verts, unité d’élite de l’armée de terre américaine, accusé du meurtre prémédité en 2010.