Procédure de destitution: Donald Trump «veut un procès»

Piqué au vif par cet impeachment, le locataire de la Maison-Blanche craint qu’il ne laisse une trace indélébile sur son mandat.
Photo: Alex Wong / Getty Images North America / Agence France-Presse Piqué au vif par cet impeachment, le locataire de la Maison-Blanche craint qu’il ne laisse une trace indélébile sur son mandat.

« Ces gens sont malades ! » Donald Trump a laissé éclater vendredi sa colère au sujet de la procédure de destitution qui le menace, dans un entretien téléphonique décousu mêlant attaques, insultes et théories du complot. À l’issue d’une série d’auditions publiques au Congrès sur l’affaire ukrainienne où les témoins — dont plusieurs diplomates — ont livré de nombreux éléments à charge contre le 45e président des États-Unis, ce dernier a choisi l’émission matinale Fox & Friends pour répondre. Pendant 53 minutes, dans un flot presque ininterrompu, par moments incohérent, le locataire de la Maison-Blanche a montré combien il avait été piqué au vif par cet impeachment qui pourrait laisser une trace indélébile sur son mandat. « Je veux un procès ! », lâche-t-il, évoquant la suite de la procédure.

Si la Chambre des représentants, aux mains des démocrates, passe rapidement au vote sur une mise en accusation, il appartiendra ensuite au Sénat, contrôlé par les républicains, de le juger. Or, les élus républicains laissent entendre depuis plusieurs jours qu’au lieu d’expédier le processus et de se tourner rapidement vers la campagne de 2020, ils pourraient s’en servir comme d’une plateforme pour mener la contre-offensive médiatique.

Les démocrates accusent le président républicain d’avoir fait pression sur l’Ukraine, notamment en gelant une aide militaire de près de 400 millions de dollars, afin que ce pays enquête sur son potentiel rival démocrate Joe Biden. Donald Trump nie toute pression et dénonce une « chasse aux sorcières ».

Les trois animateurs de l’émission matinale de Fox News, tentent, par moments, de recentrer les débats et de structurer les échanges. « Monsieur le président, l’accusation est la suivante : vous avez utilisé l’aide — l’argent des contribuables — pour attaquer un adversaire politique ». Le milliardaire républicain esquive, s’emporte contre l’Allemagne et la France qui, selon lui, ne fournissent pas assez d’aide à l’Ukraine. Élus, diplomates, experts : un à un, tous les acteurs de la procédure sont attaqués avec virulence.

Adam Schiff, l’élu démocrate qui a jugé jeudi que les faits reprochés à Donald Trump étaient « bien plus graves » que ceux commis par l’ancien président Richard Nixon, poussé à la démission en 1974 ? « Il invente tout. Il est malade ». Nancy Pelosi, chef des démocrates au Congrès ? « Elle est folle comme une punaise de lit ». Marie Yovanovitch, ancienne ambassadrice américaine en Ukraine qui a dénoncé, lors d’un témoignage poignant au Congrès, les attaques « intimidantes » du président américain à son encontre ? « Cette femme n’était pas un ange », avance-t-il. L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, qui a affirmé sans détour qu’il y avait bien un « donnant-donnant » ? « C’est absolument n’importe quoi », rétorque Donald Trump. « Je le connais à peine. » Dans ce flot d’attaques, un homme, un seul, est épargné : son « ami » et avocat personnel, Rudy Giuliani, soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans les discussions controversées avec Kiev.

Donald Trump profite de cet entretien téléphonique déstructuré pour pousser, une nouvelle fois, la théorie selon laquelle l’Ukraine aurait cherché à interférer dans la présidentielle américaine de 2016 afin de faire gagner Hillary Clinton. Ironie de l’histoire : cette théorie du complot a été dénoncée jeudi avec force devant le Congrès par Fiona Hill, ancienne haute responsable au sein du Conseil de sécurité nationale à la Maison-Blanche.

Pompeo candidat au Sénat ?

Affaibli par les révélations sur son propre rôle dans l’affaire ukrainienne qui plombe Donald Trump, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, au faîte de son pouvoir il y a deux mois, se ménage une porte de sortie dans son fief, le Kansas. Pour la première fois vendredi, le secrétaire d’État, toujours soucieux de se montrer loyal envers le président des États-Unis, a reçu une forme de feu vert à une éventuelle candidature au Sénat aux élections de novembre 2020. Cible de toutes les critiques, M. Pompeo semble surtout tenté de ne pas se retrouver pris au piège.

Prochaines étapes

Après un marathon d’auditions publiques choc, l’enquête sur l’affaire ukrainienne entre dans une nouvelle phase. En vue : un vote pratiquement certain de mise en accusation (impeachment) de M. Trump, mais une destitution, envisagée en cas de « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs », beaucoup plus improbable.

Si aucun calendrier n’a été officiellement fixé, les prochaines étapes attendues sont un rapport sur les auditions fleuves des différents témoins — qui pourrait être rédigé d’ici le 2 décembre selon des médias américains —, la rédaction des chefs d’accusation visant Donald Trump, impliquant de nouvelles auditions publiques, mais cette fois, où le président pourra être représenté par un avocat, le vote sur l’impeachment par la Chambre — qui pourrait intervenir avant la fin de l’année —, et enfin le procès au Sénat. Il faut une majorité de deux tiers pour condamner, auquel cas la destitution est automatique et sans appel. Autrement, le président est acquitté.