La défense de Trump attaquée par un de ses alliés

L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, lors de son témoignage devant les élus américains, mercredi.
Photo: Drew Angerer Agence France-Presse L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, lors de son témoignage devant les élus américains, mercredi.

Comme un boulet de canon sur la ligne de défense de Donald Trump. L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Gordon Sondland, a confirmé mercredi avoir « suivi les ordres » du président américain afin de presser le président ukrainien Volodymyr Zelensky d’enquêter sur les Biden, père et fils.

Cette quête d’information visant à nuire à un opposant politique lors des prochaines élections américaines était bel et bien un prérequis à une visite officielle à la Maison-Blanche du nouveau leader de l’Ukraine, mais également au dégel d’une importante aide militaire. Un donnant-donnant (Quid pro quo), au coeur des procédures de destitution amorcées contre le président américain, qui n’était d’ailleurs « un secret pour personne » : le vice-président, Mike Pence, et le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, étant tenus au courant de ce deal piloté par l’avocat personnel de Trump, Rudolph Giuliani, a témoigné le diplomate, un proche de Donald Trump, devant les élus américains.

« J’ai essayé avec diligence de savoir pourquoi l’aide [militaire américaine] avait été suspendue, mais je n’ai jamais reçu de réponse claire», a dit M. Sondland lors de la cinquième journée des audiences publiques de l’enquête en destitution du président américain. «En l’absence de toute explication crédible, j’ai fini par croire que la fin de cette suspension ne se produirait pas tant que l’Ukraine n’aurait pas déclaré publiquement s’engager dans les enquêtes [réclamées sur les Biden] comme M. Giuliani l’avait demandé. »

Nous comprenions tous que si nous refusions de travailler avec M. Giuliani, nous perdrions une chance importante de cimenter les relations entre les États-Unis et l’Ukraine

Pour le président du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, qui dirige les audiences, le témoignage de Gordon Sondland livre les « preuves les plus évidentes jusqu’à maintenant » que la Maison-Blanche a abusé de son pouvoir et à chercher à impliquer un gouvernement étranger dans la prochaine course électorale, et ce, en « conditionnant une aide militaire à une enquête sur un opposant politique ». Ce témoignage « entre au coeur d’une mécanique de corruption » initié par la Maison-Blanche, a-t-il ajouté en évoquant une chape que M. Sondland est venu, mercredi à Washington, finalement soulever.

Depuis le début de l’enquête en destitution du président américain, Donald Trump se place en victime d’une « chasse aux sorcières » et répète qu’il n’a jamais marchandé une visite officielle ou une aide militaire avec l’Ukraine, affirmant même n’avoir cherché qu’à lutter contre la corruption dans ce pays. La transcription d’une conversation téléphonique qu’il a eue avec Volodymyr Zelensky le 25 juillet dernier prouve toutefois qu’il cherche par ses déclarations à avoir raison contre les faits.

Cette conversation est à l’origine de la procédure en destitution lancée par les démocrates en septembre dernier. Elle témoigne clairement des pressions exercées sur l’Ukraine par l’occupant de la Maison-Blanche.

Attentes élevées

Le témoignage de Gordon Sondland était un des plus attendus de la semaine. L’ambassadeur, milliardaire, magnat de l’hôtellerie et républicain de stricte obédience, qui a versé un million de dollars à Trump lors de sa cérémonie d’investiture, est en effet un des rares protagonistes dans l’intrigue ukrainienne à avoir été en contact direct avec le président américain. Il a d’ailleurs relaté mercredi un appel peu discret qu’il a eu avec Trump au lendemain de la conversation de ce dernier avec Zelensky, appel dont il a été question dans plusieurs témoignages précédents.

Donald Trump y aurait exposé son désintérêt total pour l’Ukraine, qui fait face à un violent mouvement annexionniste et séparatiste pro-russe dans l’Est, et montré son unique intérêt pour les informations qu’il pourrait obtenir afin de favoriser sa réélection. Sondland aurait également fait état à Trump de la servilité de Zelensky, qui était prêt à « lécher le cul » du président, aurait-il dit crûment, selon les témoins de l’appel. « Il va faire tout ce que vous lui demandez ».

L’ambassadeur américain au sein de l’Union européenne n’a pas démenti ces informations lors de son témoignage, mercredi. « Il est vrai que le président peut parler fort de temps en temps », a-t-il dit. « Cela ressemble à ce que j’aurais pu dire. C’est la manière dont Trump et moi communiquons. J’ai eu beaucoup de conversations avec le président, sur un grand nombre de sujets non reliés à l’Ukraine », et toujours, avec beaucoup de mots faisant référence au bas de la ceinture, a-t-il précisé en souriant.

Cette complicité révélée a semblé toutefois plutôt en décalage avec la déclaration de M. Trump qui, sur la pelouse de la Maison-Blanche, en attente d’un déplacement vers le Texas, a plutôt cherché à prendre ses distances avec le témoin. Il a dit « ne pas très bien le connaître. Je ne lui ai pas parlé souvent. Il a l’air d’être un bon gars. » Par le passé, Donald Trump a minimisé publiquement à plusieurs reprises ses relations avec des proches, dès lors que leurs confidences ou leurs crimes commençaient à entacher sa réputation. L’avocat Michael Cohen et son ancien responsable de campagne Paul Manafort ont été du nombre.

Le rôle clé de Giuliani

Par ailleurs, mercredi, M. Sondland a renforcé les preuves déjà accablantes sur l’omniprésence de Rudy Giuliani, avocat personnel de Donald Trump, dans les relations diplomatiques américaines avec l’Ukraine, en confirmant qu’il était bel et bien le pivot de l’affaire. « Nous comprenions tous que si nous refusions de travailler avec M. Giuliani, nous perdrions une chance importante de cimenter les relations entre les États-Unis et l’Ukraine, a-t-il dit. Alors, nous avons suivi les ordres du président. »

Selon lui, il ne s’agissait toutefois pas d’un canal diplomatique irrégulier, comme plusieurs diplomates américains l’ont qualifié à ce jour. Quand « le président des États-Unis, le secrétaire d’État, le conseiller à la sécurité nationale, le chef du cabinet de la Maison-Blanche, le secrétaire à l’Énergie » sont dans la conversation, « comment peut-on parler d’un canal irrégulier », a-t-il demandé.

Chose rare à la Maison-Blanche, Donald Trump s’est présenté avec des notes en mains pour commenter le témoignage de son ambassadeur, s’est étonnée la journaliste de CBS Paula Reid sur Twitter. Il n’a pas accepté de questions et a simplement répété qu’il « n’a rien demandé », qu’il n’y avait « pas de donnant-donnant » et réclamer la fin des procédures de destitution qu’il juge toujours illégales. Sur Twitter, Rudy Giuliani a indiqué mercredi en réponse au témoignage de Sondland que la conversation entre Trump et Zelensky n’a jamais fait état de conditions pour une aide militaire ou une rencontre. Cela «montre de manière définitive qu’il n’y a pas eu de donnant-donnant, pas de corruption. FIN DE L’AFFAIRE», a-t-il écrit.

Les audiences publiques se poursuivent jeudi avec les témoignages de Fiona Hill, spécialiste de la Russie au sein du comité de la sécurité de la Maison-Blanche et David Holmes, fonctionnaire du département d’État qui a été témoin de la conversation entre Trump et Sondland.