L’ambassadeur Sondland dit avoir suivi les «ordres» de Trump sur l’Ukraine

Gordon Sondland a déclaré mercredi au Congrès avoir suivi les « ordres » de Donald Trump dans le dossier ukrainien.
Photo: Doug Mills Agence France-Presse Gordon Sondland a déclaré mercredi au Congrès avoir suivi les « ordres » de Donald Trump dans le dossier ukrainien.

Gordon Sondland, un diplomate proche de Donald Trump, a directement impliqué mercredi le président des États-Unis dans l’affaire ukrainienne, renforçant encore un peu les soupçons qui lui valent une procédure explosive de destitution.

Les démocrates ont estimé que l’audition publique au Congrès de l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne était à ce jour la plus accablante dans leur enquête pour mettre en accusation le locataire de la Maison-BlancheMaison-Blanche.

Gordon Sondland a en effet déclaré que le milliardaire républicain avait bien conditionné une rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky au lancement, par Kiev, d’enquêtes contre les démocrates américains.

Et il a assuré avoir acquis la conviction qu’une aide militaire cruciale à l’Ukraine dépendait également de ces enquêtes.

Mais les républicains n’ont retenu qu’un bref passage de ce témoignage très attendu : quand Gordon Sondland a reconnu que Donald Trump ne lui avait « jamais » dit personnellement que l’aide était liée aux investigations.

« C’était fantastique », a lancé le président américain, après avoir dans un premier temps tenté de minimiser sa proximité avec l’ambassadeur. « Je pense qu’ils doivent mettre fin maintenant » à cette « chasse aux sorcières », a-t-il martelé.

« Complètement blanchi »

La Maison-Blanche a même estimé que Gordon Sondland avait « complètement blanchi le président Trump ».

En réalité, cet homme d’affaires nommé ambassadeur après avoir financé la campagne Trump, devenu un acteur central de l’affaire ukrainienne, a clairement expliqué que le 45e président des États-Unis était à l’origine des pressions sur l’Ukraine.

« Nous avons suivi les ordres du président », a dit Gordon Sondland, qui s’est entretenu directement avec lui une demi-douzaine de fois du dossier ukrainien entre fin mai et début septembre. Il a assuré que c’était à sa « demande expresse » que les diplomates chargés du dossier ukrainien avaient accepté, malgré leurs réserves, de travailler avec son avocat personnel Rudy Giuliani.

Or, l’avocat a d’emblée fait pression pour que Kiev enquête sur les démocrates américains et sur le groupe gazier Burisma, qui avait alors, dans son conseil d’administration, Hunter Biden, fils de Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump à la présidentielle de 2020. Des demandes ensuite formulées par le président dans son coup de fil controversé du 25 juillet avec son homologue ukrainien.

L’opposition tente de prouver que l’ex-magnat de l’immobilier a abusé de son pouvoir pour exercer un chantage sur l’Ukraine en conditionnant une invitation au président Zelensky et l’aide militaire au lancement de ces enquêtes, avec des arrières-pensées électoralistes.

« Y a-t-il eu un “donnant-donnant”? », a demandé Gordon Sondland devant des élus de la Chambre des représentants. S’agissant d’une rencontre Trump-Zelensky à la Maison-Blanche, « la réponse est oui », a-t-il affirmé sans détour.

« 2+2=4 »

S’agissant d’une importante aide militaire suspendue par la présidence contre l’avis unanime de tous les diplomates, l’ambassadeur a aussi reconnu avoir dit à des responsables ukrainiens que son dégel était conditionné à l’ouverture de ces enquêtes chères à Donald Trump.

« En l’absence d’explication crédible pour sa suspension, je suis parvenu à la conclusion que la reprise de l’aide sécuritaire n’interviendrait pas tant qu’il n’y aurait pas une déclaration publique de l’Ukraine s’engageant à mener les enquêtes », a-t-il témoigné. Il s’agissait d’une « déduction » partant du principe que « 2+2=4 ».

Pressé par les élus des deux bords, il a maintenu que le président Trump ne lui avait « jamais dit directement que l’aide était conditionnée » aux enquêtes.

Mais ses multiples conversations avec le locataire de la Maison-Blanche ne lui ont pas non plus fait changer d’avis. « J’étais absolument convaincu » d’un tel lien, a-t-il martelé, estimant que cette condition était « claire pour tout le monde ».

Il a aussi directement impliqué deux piliers du trumpisme, le vice-président Mike Pence et le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo qui, a-t-il dit, n’ont pas tenté de le contredire lorsqu’il a évoqué avec eux sa « déduction logique » d’un lien aide-enquêtes.

Les équipes des deux hommes ont aussitôt rétorqué qu’ils n’en avaient jamais parlé avec Gordon Sondland.

Dans un autre témoignage dans la soirée, une responsable du Pentagone, Laura Cooper, a dévoilé pour la première fois que l’Ukraine s’était inquiétée du sort de l’aide militaire gelée dès le 25 juillet, jour de l’appel Trump-Zelensky, et non en août comme on le pensait jusqu’ici.

La Chambre des représentants doit interroger jeudi en public Fiona Hill, une ex-responsable du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants, devraient parvenir à mettre en accusation le président, le dernier mot reviendra ensuite au Sénat, à majorité républicaine, rendant pour l’heure très improbable une destitution.

Mike Pompeo fragilisé par le témoignage de Sondland

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, déjà fragilisé dans l’affaire ukrainienne au coeur d’une procédure de destitution contre Donald Trump, a été impliqué mercredi dans plusieurs décisions controversées par le témoignage d’un ambassadeur.

 

Gordon Sondland, qui représente les États-Unis auprès de l’Union européenne, mais est progressivement devenu l’un des principaux émissaires du président américain dans le dossier ukrainien, a déclaré devant le Congrès que Mike Pompeo et les plus hauts dirigeants du département d’État avaient toujours était tenus au courant de ses démarches.

 

« Nous avons tenu les dirigeants du département d’État et les autres au courant de ce que nous faisions. Le département d’État soutenait totalement notre implication dans les affaires ukrainiennes, et savait qu’un engagement » de l’Ukraine « à lancer des enquêtes était un de nos objectifs », a dit M. Sondland.

 

Il a dévoilé des échanges de courriels montrant que le secrétaire d’État américain saluait son « bon travail ».

 

Les démocrates accusent Donald Trump d’avoir exigé des enquêtes visant les démocrates en échange d’une visite de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche et du dégel d’une aide militaire cruciale.

 

Gordon Sondland a expliqué avoir dit aux responsables ukrainiens que le dégel de l’aide était conditionné aux enquêtes, assurant l’avoir fait sur la base de ses propres « échanges » avec Mike Pompeo.

 

Prié de préciser si le secrétaire d’État était au courant du fait qu’il pensait que la visite et l’aide étaient conditionnées au lancement des enquêtes par Kiev, l’ambassadeur a répondu « oui ».

 

« Vous a-t-il dit qu’il n’y avait aucun lien, que vous aviez tort ? », lui a demandé un élu.

 

« Pas que je me souvienne », a-t-il affirmé.

 

Le département d’État a démenti un tel échange.

 

« Gordon Sondland n’a jamais dit au secrétaire d’État Pompeo qu’il pensait que le président liait l’aide à des enquêtes sur des adversaires politiques. Toute affirmation de l’inverse est simplement fausse », a déclaré la porte-parole de la diplomatie américaine Morgan Ortagus.

 

Gordon Sondland a aussi rapporté que Mike Pompeo avait personnellement demandé à ses diplomates de travailler avec l’avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, accusé d’avoir mené une diplomatie parallèle auprès de l’Ukraine.

 

« Le 24 septembre encore, le secrétaire d’État Pompeo demandait à Kurt Volker », émissaire officiel pour l’Ukraine, « de parler avec Rudy Giuliani », a témoigné l’ambassadeur auprès de l’UE.

 

Il s’agit du jour où la Maison-Blanche a publié la transcription d’un appel de juillet au cours duquel Donald Trump demandait à Volodymyr Zelensky d’enquêter sur ses rivaux démocrates.

 

Mike Pompeo a vivement dénoncé la procédure de destitution engagée par les démocrates, mais est aussi très critiqué par de nombreux diplomates de carrière pour avoir laissé tomber ses employés qui ont accepté de témoigner devant le Congrès. Certains d’entre eux ont été personnellement attaqués par Donald Trump.

 

Gordon Sondland a déploré que le département d’État et la Maison-Blanche lui aient refusé l’accès aux archives pour préparer son audition.

 

Interrogé à Bruxelles où il participait à une réunion de l’OTAN, Mike Pompeo a assuré ne pas avoir regardé l’audition.

 

Il s’est borné à défendre la politique ukrainienne de l’administration Trump.

 

« Je suis incroyablement fier de ce que nous avons accompli », « je suis fier du président Trump qui a dirigé cet effort pour mener une bonne politique en Ukraine », a-t-il insisté.