Pas de retrait américain en Syrie, indique Washington

Un véhicule blindé de l'armée Américaine durant une manifestation de Kurdes en Syrie près de la frontière turque le 6 octobre
Photo: Delil Souleiman Agence France-Presse Un véhicule blindé de l'armée Américaine durant une manifestation de Kurdes en Syrie près de la frontière turque le 6 octobre

La décision de Donald Trump de retirer les soldats américains stationnés en Syrie près de la frontière turque ne concerne que 50 à 100 membres des forces spéciales qui seront « redéployés vers d’autres bases » à l’intérieur du pays, a déclaré lundi un haut responsable américain.

« Il ne s’agit pas d’un retrait de Syrie », a-t-il assuré à des journalistes, ajoutant que ce redéploiement ne représentait en aucun cas « un feu vert » à une offensive militaire turque contre les forces kurdes dans le nord-est syrien.

Selon ce responsable, lorsque le président des États-Unis a compris, lors d’un appel téléphonique dimanche avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, que ce dernier avait l’intention d’aller de l’avant avec son projet « d’invasion potentielle » du nord-est de la Syrie, il a donné la priorité à la « protection » des soldats américains.

Il y a « un petit nombre, 50 à 100 membres des forces spéciales dans cette région, et ils ne doivent pas courir le risque d’être blessés, tués ou capturés si les Turcs passent la frontière et engagent des combats avec les forces kurdes locales », a expliqué ce haut responsable du gouvernement Trump qui a requis l’anonymat.

« Ils vont être redéployés vers des zones plus sûres dans les prochains jours », a-t-il ajouté, évoquant ensuite à plusieurs reprises le nombre de 50 soldats.

« Le fait qu’on les déplace ne constitue pas un feu vert », « il n’y a pas de feu vert », a-t-il insisté.

Il a toutefois confirmé que les États-Unis ne s’opposeraient pas militairement à la Turquie en Syrie.

L’annonce dimanche soir par la Maison-Blanche du retrait des soldats américains du côté syrien de la frontière avec la Turquie a été largement interprétée comme un feu vert à une offensive imminente d’Ankara contre les forces kurdes, pourtant alliées des États-Unis dans la lutte antidjihadistes.

Cette décision a suscité une vive réprobation jusque dans les rangs républicains du président Trump.

Base déserte

Dès lundi matin, les forces américaines se sont d’ailleurs retirées de positions clés à Ras al-Aïn et Tal Abyad vers une base militaire située entre ces deux secteurs, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Une base militaire à Tel Arqam était déserte lundi après le retrait américain, a constaté un photographe de l’AFP.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont la principale composante, ont creusé des tranchées et des tunnels dans ces zones ainsi que près de Kobané en prévision d’un assaut, d’après l’OSDH qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays.

Et, renforçant le sentiment qu’Ankara avait reçu une forme de feu vert américain, le président Erdogan a averti lundi que son offensive pourrait désormais être lancée « sans prévenir ».

La vague de réprobation n’a pas tardé aux États-Unis, jusque dans le camp du président, qui a pourtant plus que jamais besoin du soutien des élus républicains maintenant qu’il est confronté à une procédure de destitution.

Le sénateur Lindsey Graham, souvent prêt à défendre l’ex-homme d’affaires installé à la Maison-Blanche, l’a immédiatement appelé à « revenir » sur le retrait annoncé, le jugeant « porteur de désastre ».

Malgré le changement de ton à la Maison-Blanche, les messages contradictoires émis par le gouvernement Trump ont créé une telle confusion que le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a jugé utile d’enfoncer le clou, prévenant qu’un départ « précipité » de Syrie profiterait à la Russie et à l’Iran.

Le reste de la communauté internationale a aussi mis en garde contre les conséquences d’une offensive turque.

Craignant une nouvelle crise humanitaire, l’ONU a dit se « préparer au pire » en Syrie, où le conflit a fait depuis 2011 des millions de déplacés et réfugiés et a coûté la vie à plus de 370 000 personnes.

Lutte contre EI

La France a exhorté la Turquie à « éviter une initiative » qui nuirait à la lutte contre le groupe armé État islamique (EI). Elle a aussi plaidé pour que la détention des djihadistes étrangers, dont de nombreux Français, dans les camps du nord-est syrien sous contrôle kurde reste « sûre ».

Fin 2018, Donald Trump avait déjà annoncé un retrait des militaires américains stationnés en Syrie, avant de préciser quelques mois plus tard qu’une « force résiduelle » resterait finalement sur le terrain « pour un certain temps ».

« À ce stade, il n’y pas de décision de retirer le reste des forces américaines du nord-est de la Syrie », a assuré un haut responsable américain.

Avant le revirement de Donald Trump, les FDS ont accusé les États-Unis de « détruire la confiance et la coopération ». Elles ont aussi averti qu’une opération turque entraînerait une résurgence de l’EI.

La Turquie a au contraire assuré qu’elle ne laisserait pas le groupe djihadiste refaire surface.

En attendant, des dizaines de personnes ont manifesté à Al-Qahtaniya, une ville syrienne à majorité kurde près de la frontière turque, pour dénoncer le retrait américain.

« Nous n’avons d’autre choix que de défendre notre terre », car « les Américains peuvent vendre les Kurdes pour leurs propres intérêts », a déclaré à l’AFP Abdel Salam Ali, un manifestant.

La Turquie a déjà mené deux offensives dans le nord de la Syrie, la première en 2016 contre l’EI et la deuxième en 2018, à Afrine, contre les YPG.

La semaine dernière, Recep Tayyip Erdogan avait prévenu que la Turquie arrivait à bout de patience vis-à-vis des États-Unis au sujet de la création d’une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie, convenue entre les deux pays en août.