Un second lanceur d’alerte dans l’affaire ukrainienne

Les informations de premier ordre corroborées par le deuxième lanceur d’alerte donnent une légitimité supplémentaire à l’enquête.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Les informations de premier ordre corroborées par le deuxième lanceur d’alerte donnent une légitimité supplémentaire à l’enquête.

Un second lanceur d’alerte a brisé le silence pour dévoiler des informations sur l’affaire ukrainienne à l’origine du déclenchement d’une procédure de destitution contre le président américain, Donald Trump. « Je peux confirmer les informations concernant un second lanceur d’alerte défendu par notre équipe juridique », a confirmé sur Twitter dimanche l’avocat Mark Zaid.

L’identité du second agent des services de renseignement n’a pas été dévoilée. Il a « également fait une déposition protégée par la loi et ne peut pas subir de représailles », a précisé l’avocat, qui ajoute que le lanceur d’alerte a des « informations de première main ». L’inspecteur général des services de renseignement, Michael Atkinson, a entendu le deuxième lanceur d’alerte, selon M. Zaid, cité par la chaîne ABC. Il n’a toutefois pas encore contacté ou été contacté par les commissions parlementaires qui mènent l’enquête.

Les informations de premier ordre corroborées par le deuxième lanceur d’alerte donnent une légitimité supplémentaire à l’enquête, estime Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. « Cela vient rendre la défense des républicains au sujet du manque de légitimité des sources un peu moins efficace », note-t-il. Samedi, Donald Trump avait accusé les médias et les démocrates de se fier à des informations « de seconde main », délivrées par un premier lanceur d’alerte.

Celui-ci avait jugé que Donald Trump avait « sollicité l’ingérence » de l’Ukraine dans la campagne présidentielle de 2020. Lors d’un appel téléphonique du 25 juillet, le président américain avait demandé à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’enquêter sur son rival, le démocrate Joe Biden, dans le but de rassembler des informations compromettantes sur ce dernier. Le premier lanceur d’alerte avait reconnu toutefois ne pas figurer parmi les responsables qui écoutaient l’appel entre les deux présidents. Il avait cependant indiqué avoir parlé à plus d’une demi-douzaine de responsables « très troublés » par l’échange téléphonique.

Un autre avocat du cabinet de Mark Zaid a déclaré que davantage de lanceurs d’alerte pourraient livrer des informations sur l’affaire ukrainienne. « Je peux confirmer que mon cabinet et mon équipe représentent plusieurs lanceurs d’alerte », a dit Andrew Bakaj.

Assez pour destituer Trump ?

Les républicains pourraient-ils, sous la pression de l’opinion publique, donner leur appui au processus d’enquête et même envisager de voter pour la destitution ? Pour M. Boucher, cela reste difficile à évaluer, pour l’instant. Même si l’opinion publique américaine en accord avec une enquête pouvant mener à la destitution du président Trump est en hausse, elle pourrait à elle seule ne pas suffire à convaincre une majorité d’élus républicains de donner leur soutien à la procédure, selon le chercheur. D’après lui, la cote de popularité de Donald Trump, qui reste « inébranlable » au sein de la population et de l’électorat républicain, est également à surveiller. Il cite en exemple le cas de l’ex-président Richard Nixon, aussi visé par une procédure de destitution durant son mandat : à l’époque, le soutien à l’enquête progressait à mesure que sa popularité chutait.

M. Boucher souligne d’ailleurs que, dans certains États du pays où la popularité de M. Trump a baissé depuis le début de son mandat, des élus républicains pourraient revoir leur calcul politique afin de protéger leurs propres chances de réélection. Le sénateur de l’Utah et ex-candidat à la présidentielle de 2012, Mitt Romney, a notamment jugé « épouvantable » que le président ait sollicité des puissances étrangères pour qu’elles enquêtent sur M. Biden. La sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, a également pris ses distances avec Donald Trump.

Ce dernier est le quatrième président à subir une procédure de destitution, après Andrew Johnson, Richard Nixon et Bill Clinton. Si les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants, votaient sa mise en accusation, le Sénat, à majorité républicaine, serait toutefois en mesure de faire échouer la procédure. La destitution de M. Trump n’est pas près d’arriver, selon Carissima Mathen, professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Elle rappelle que le processus est essentiellement politique et non une procédure légale. « Il y a un moment [où la cote de popularité de Trump, si elle baisse,] deviendrait assurément un problème. Mais je pense que [l’affaire] doit aller beaucoup plus loin que ce à quoi nous assistons actuellement », analyse-t-elle.

Dimanche, Donald Trump n’avait pas encore réagi aux annonces de la firme d’avocats. Il a toutefois affirmé qu’il avait « l’obligation d’examiner toute corruption possible ou probable », justifiant ses requêtes auprès de l’Ukraine et de la Chine d’enquêter sur Joe Biden et son fils Hunter, qui avait fait des affaires dans ces deux pays.

Pour M. Boucher, de la Chaire Raoul-Dandurand, le clan républicain tente de montrer que le président ne tentait pas d’influencer le résultat de la prochaine présidentielle, mais de mettre en lumière ce qui s’est passé en 2016. « Toutes ces mesures sont faites en vue de discréditer l’enquête, alors que le président redouble d’efforts pour porter l’attention sur Joe Biden et les allégations qu’il met en avant au sujet de la corruption […] pour protéger son fils dans une enquête qui a eu lieu en Ukraine il y a quelques années », résume-t-il.

Avec l'Agence France-Presse

Trump attaque le démocrate Biden

Washington — Donald Trump s’est emporté dimanche contre Joe Biden, lançant de nouvelles accusations non vérifiées contre le favori de la primaire démocrate et affirmant qu’il devrait renoncer à sa campagne, alors même que l’ancien vice-président tente de passer à la contre-offensive. « La famille Biden a été achetée, point à la ligne », a tweeté le président républicain. Ces soupçons sont au coeur de l’explosive affaire ukrainienne, qui vaut à Donald Trump une procédure de destitution lancée par ses adversaires démocrates. « Et au fait, j’ADORERAIS me présenter contre Joe Biden », a ajouté le milliardaire sur Twitter. Mais « Joe l’Endormi ne va pas arriver jusqu’à la ligne de départ […]. Joe devrait laisser tomber ». Davantage réactif après être resté plus en retrait aux débuts de l’affaire ukrainienne, Joe Biden a accusé dimanche Donald Trump sur Twitter d’avoir « demandé à un gouvernement étranger d’inventer des mensonges » sur lui. Et son équipe de campagne a rapidement ironisé sur les tweets du président. « Donald Trump sait ce que plus de 70 sondages — y compris ses [sondages] internes — ont démontré : Joe Biden battrait ce menteur pathologique à plates coutures » s’il était qualifié pour le défier lors de la présidentielle de novembre 2020, a réagi un responsable de son équipe, Andrew Bates. « Il est curieux que Donald Trump affirme qu’il « adorerait » se mesurer à Joe Biden, alors qu’il vient de pousser son gouvernement dans le fossé en essayant d’intimider un pays étranger pour qu’il répande une théorie du complot entièrement démentie concernant le vice-président », a-t-il ajouté.

Samedi soir, Joe Biden avait offert sa réponse la plus vigoureuse à ce jour, dans une tribune publiée par le Washington Post. « Chaque jour, même chaque heure apparemment, on découvre plus de preuves révélant que le président Trump abuse des pouvoirs de sa présidence et est absolument inapte » à occuper ses fonctions, a-t-il écrit. Il a lancé un message à « Trump ainsi qu’à ceux qui permettent ces abus de pouvoir, et à tous les lobbies qui financent ces attaques contre moi : sachez que je ne vais pas disparaître. Vous ne me détruirez pas et vous ne détruirez pas ma famille ».
1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 7 octobre 2019 05 h 08

    La montée d'Élizabeth!

    Trump est dans de beaux draps et y enroule Biden avec lui, ce qui laisse plus de place à Élizabeth Warren, d'autant plus que Bernie Sanders malheureusement vient d'être hospitalisé pour des troubles cardiaques. On peut donc entrevoir qu'une seconde femme enfin serait de la course à la présidence, et une femme de gauche qui peut battre Trump, s'il n'est pas destitué, d'ici là.