La lettre du lanceur d’alerte révélée

Donald Trump a donné un point de presse à sa descente d’avion, jeudi, à la base aérienne d’Andrews, après avoir assisté cette semaine à l’assemblée de l’Organisation des Nations unies à New York.
Photo: Evan Vucci Asociated Press Donald Trump a donné un point de presse à sa descente d’avion, jeudi, à la base aérienne d’Andrews, après avoir assisté cette semaine à l’assemblée de l’Organisation des Nations unies à New York.

Les documents confidentiels s’empilent et se ressemblent.

Jeudi, une version déclassifiée de l’alerte avertissant de la tentative de Donald Trump de « solliciter l’ingérence » de l’Ukraine dans la campagne présidentielle de 2020 a été rendue publique par le Congrès américain.

On y stipule que la Maison-Blanche a activement tenté de cacher toutes les traces de la conversation téléphonique controversée entre le président et son homologue ukrainien, sentant la mauvaise odeur de l’affaire.

« Dans les jours suivant la conversation téléphonique, j’ai appris de plusieurs fonctionnaires américains que de hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche sont intervenus pour « verrouiller » tous les comptes-rendus de l’appel, spécifiquement sa transcription mot à mot », écrit le lanceur d’alerte dont on ne connaît toujours pas l’identité, mais qui appartiendrait à la CIA, selon le New York Times.

Cette tentative de camouflage montre que l’exécutif était bien au fait que la conversation pouvait mettre le président dans l’embarras

La retranscription a été transférée vers un système électronique réservé aux informations les plus délicates, « sans pour autant que la conversation ne contienne quoi que ce soit de critique d’une perspective de sécurité nationale ».

« Ces différents actes ont mis en évidence, à mes yeux, que des responsables de la Maison-Blanche comprenaient la gravité de ce qu’il s’était passé lors de cet appel », ajoute-t-il.

Jonathan Paquin, politologue spécialiste des États-Unis à l’Université Laval, est du même avis. « Cette tentative de camouflage montre que l’exécutif était bien au fait que la conversation pouvait mettre le président dans l’embarras », souligne-t-il.

Cependant, le climat hyper partisan qui règne aux États-Unis, de même que la dissolution de tout consensus moral, risque de faire en sorte que cette grave affaire finisse en queue de poisson, redoute M. Paquin.

Mercredi, la publication du compte-rendu d’une conversation du 25 juillet entre les présidents américain et ukrainien a confirmé les fuites : Donald Trump a bel et bien demandé à Volodymyr Zelensky de « se pencher » sur le candidat démocrate Joe Biden et son fils Hunter dans une tentative apparente de retirer un avantage personnel de son statut de président.

Le lanceur d’alerte n’a pas lui-même été témoin de la discussion, mais rapporte plutôt ce que « plus d’une demi-douzaine » de hauts fonctionnaires lui ont confié. Ces derniers ont indiqué être « profondément troublés » par la conversation, y voyant un probable abus de pouvoir.

Cet appel téléphonique a en outre été précédé d’une série de pressions appliquées sur le camp Zelensky afin de « solliciter de l’ingérence étrangère » dans les élections de 2020. Dans cette tentative, l’avocat personnel du président, Rudolph Giuliani (également ancien maire de New York) est une « figure centrale ».

« Le procureur général Barr semble également être impliqué », indique, sans plus de détails, la lettre datée du 12 août.

« Si le procureur général est bel et bien impliqué dans cette histoire, c’est beaucoup plus grave, car c’est en quelque sorte l’avocat du pays entier », analyse le professeur Graham Doods de l’Université Concordia, aussi expert de politique américaine.

« Espions » et « trahison »

À l’occasion d’un événement privé tenu jeudi matin à New York, le président Trump a suggéré que le lanceur d’alerte et ses sources étaient presque des « espions » et a fait allusion à une « trahison », selon un enregistrement obtenu par le Los Angeles Times.

Officiellement, toutefois, la Maison-Blanche veut réduire au minimum la crédibilité du lanceur d’alerte.

« Rien n’a changé avec la publication » de la plainte, a assuré sa porte-parole Stephanie Grisham.

Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, estime cependant que le choix de déplacer le compte-rendu de la conversation sur un serveur réservé aux informations les plus secrètes était « une manoeuvre pour étouffer » le scandale potentiel.

« Nous devons mener une enquête pour clarifier les faits, nous n’allons pas nous précipiter sur les conclusions », a poursuivi Mme Pelosi, qui a lancé une procédure de destitution contre le président mardi.

Avec l’Agence France-Presse