Frénésie diplomatique aux Nations unies

Emmanuel Macron et Hassan Rohani au siège des Nations Unies, à New York.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Emmanuel Macron et Hassan Rohani au siège des Nations Unies, à New York.

Les tête-à-tête et tractations se multipliaient mardi soir à New York dans l’espoir de réunir Donald Trump et Hassan Rohani et faire baisser la tension entre Washington et Téhéran.

Si les dirigeants américain et iranien ont réaffirmé leurs différences, ils n’ont pas catégoriquement fermé la porte à une entrevue à laquelle voulait toujours croire le président français, Emmanuel Macron.

Un tel face-à-face historique pourrait, espèrent ses partisans, être un signe d’apaisement après les attaques du 14 septembre contre deux installations pétrolières saoudiennes, attribuées par les Occidentaux à la République islamique. « Ils voudraient négocier. Cela est une bonne chose, mais nous ne sommes pas encore tombés d’accord », a déclaré le président américain, toujours friand de rencontres « historiques » mais qui souffle le chaud et le froid depuis plusieurs jours.

Le président iranien a de son côté estimé sur Fox News, une des chaînes préférées du milliardaire républicain, que Donald Trump devait créer « un climat de confiance mutuelle » s’il espérait véritablement dialoguer. Or, a-t-il rappelé, c’est lui qui a décidé du retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire, négocié pendant de longues années.

Mais si cette confiance est « rétablie » par l’allégement des sanctions américaines, Hassan Rohani s’est dit prêt à négocier d’autres accords avec les États-Unis.

Lors d’une rencontre avec M. Rohani, M. Macron l’a exhorté à saisir une occasion unique.

Si le dirigeant iranien « quitte le pays sans rencontrer le président Trump, honnêtement, ce sera une occasion perdue, car il ne reviendra pas avant plusieurs mois », a lancé le président français.

Mardi matin, face aux représentants des 193 membres des Nations unies, l’hôte de la Maison-Blanche avait multiplié les mises en garde à Téhéran, sans ébaucher de nouvelles pistes.

« Tant que l’attitude menaçante de l’Iran continuera, les sanctions ne seront pas levées, elles seront durcies », a-t-il lancé, estimant que tous les pays avaient « le devoir d’agir ».

Intense activité diplomatique

Quelques heures plus tard, M. Macron appelait à faire preuve de « courage » pour éviter les « risques d’embrasement » dans le Golfe. « Plus que jamais le temps est à la reprise des négociations », a-t-il martelé.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a, de son côté, rencontré séparément MM. Trump et Rohani. Jugeant « irréalistes » les exigences iraniennes de levée de toutes les sanctions américaines, elle a dit espérer malgré tout des discussions.

Preuve de l’intense activité diplomatique dans ce dossier, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a rencontré le président iranien pendant une heure et le Pakistan a affirmé avoir été chargé d’une médiation par M. Trump.

« Il m’a demandé si nous pouvions contribuer à une désescalade de la situation et peut-être obtenir un nouvel accord » nucléaire, a déclaré le premier ministre, Imran Khan.

Mais la tension restait palpable. Mardi, l’Iran a rejeté le « réquisitoire irresponsable » de Berlin, Londres et Paris, qui ont accusé la veille Téhéran d’être responsable des attaques en Arabie saoudite.

« Les États-Unis ne cherchent le conflit avec aucun pays. Nous voulons la paix, la coopération et une relation productive avec tout le monde », a encore dit M. Trump. « Mais je défendrai toujours les intérêts de l’Amérique. »

La vision de Trump

Comme l’an dernier, le président américain a défendu sa vision du monde : « L’avenir n’appartient pas aux mondialistes. L’avenir appartient aux patriotes », a lancé le milliardaire républicain, qui court toujours après une percée diplomatique de taille qui viendrait valider sa « méthode ».

Le 45e président des États-Unis s’est montré particulièrement ferme sur la Chine. « Pendant des années, les abus » de Pékin dans le commerce international « ont été tolérés, ignorés, voire encouragés », a-t-il dénoncé. « En ce qui concerne l’Amérique, ces temps sont révolus. »

Il a aussi assuré regarder « de très près » la manière dont la Chine gère la crise à Hong Kong.

« Le monde s’attend fermement à ce que le gouvernement chinois respecte son traité contraignant » et « protège la liberté » et « le mode de vie démocratique » de l’ex-territoire britannique.

Donald Trump a pris la parole juste après l’un de ses admirateurs déclarés, le Brésilien Jair Bolsonaro, qui a affirmé à la tribune qu’il était « faux » de dire que l’Amazonie appartenait au patrimoine de l’humanité, accusant certains pays de se comporter de façon « coloniale » à l’égard du Brésil.

Autre « ami » de Donald Trump, le premier ministre britannique, Boris Johnson, dont la journée à l’ONU a été parasitée par la décision spectaculaire de la Cour suprême britannique, qui a annulé sa décision de suspendre le Parlement à l’approche du Brexit.

Jamais avare de compliments envers « Boris », M. Trump s’est dit convaincu,lors d’un tête-à-tête avec ce dernier, qu’il sortira de cette passe difficile. Réaffirmant sa conviction que le Brexit devait être mené à bien, il a estimé que ce serait « terrible » si ce n’était pas le cas.

Et il a de nouveau promis de conclure un « magnifique » accord commercial avec Boris Johnson après la sortie de l’Union européenne.