Ukraine: le président américain mis sur la défensive

Au siège de l’ONU à New York, où il était de passage pour l’ouverture du Sommet Action Climat 2019, le président Trump a dit trouver normal de se préoccuper de la corruption dans un pays auquel les États-Unis offrent de l’aide économique et militaire.
Photo: Evan Vucci Associated Press Au siège de l’ONU à New York, où il était de passage pour l’ouverture du Sommet Action Climat 2019, le président Trump a dit trouver normal de se préoccuper de la corruption dans un pays auquel les États-Unis offrent de l’aide économique et militaire.

L’arroseur cherche-t-il à ne pas se faire arroser ? Lundi, Donald Trump a défendu avec vigueur son droit de parler corruption avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, même si, depuis plusieurs jours, le président américain se retrouve sur le gril pour avoir tenté, selon une source anonyme, d’entacher la réputation de son opposant démocrate, Joe Biden, dans cette conversation.

Les soupçons de pression exercée sur son homologue ukrainien, qualifiés par certains d’extorsion, pour obtenir des informations pouvant servir contre l’ex-vice-président américain, ont d’ailleurs relancé les appels à la destitution du président américain, même si cette procédure divise toujours les démocrates.

Au siège de l’ONU à New York, où il était de passage pour l’ouverture du Sommet Action Climat 2019, M. Trump a dit trouver normal de se préoccuper de la corruption dans un pays auquel les États-Unis offrent de l’aide économique et militaire. « Nous soutenons un pays. Et nous voulons nous assurer que ce pays soit honnête », a-t-il dit pour résumer l’appel qu’il a eu en juillet dernier avec le nouveau président ukrainien et qui, depuis mercredi dernier, place le président au coeur d’une nouvelle controverse. « C’est important de parler de corruption. Si vous ne parlez pas de corruption, pourquoi alors enverriez-vous de l’argent dans un pays que vous croyez corrompu ? »

La présidence de Donald Trump est une fois de plus éclaboussée par des accusations d’abus de pouvoir et de manque de jugement par une source anonyme issue du monde des services secrets. Selon elle, M. Trump aurait, lors d’un appel téléphonique avec le président ukrainien, le 25 juillet dernier, fait une « promesse », mais également réclamé à dessein à M. Zelensky de faire enquête sur des allégations de corruption impliquant Hunter Biden, le fils de l’ex-vice-président, et candidat menant actuellement dans la course à l’investiture démocrate, en vue de l’élection de 2020.

Hunter Biden a été employé par le groupe gazier Burisma Holdings en Ukraine en 2014, groupe dont les activités auraient été scrutées à la loupe par un procureur du coin, Viktor Shokin dans le cadre d’une enquête pour malversations. Or, les États-Unis ont tenté d’écarter ce magistrat, soupçonné de ne pas être assez proactif en matière de lutte contre la corruption. Joe Biden était à l’époque vice-président, sous Obama.

Dénigrement allégué

Dans les pages du Washington Post, Anders Aslund, économiste suédois impliqué dans les réformes du marché en Ukraine, a toutefois contredit ces allégations, en soulignant que l’enquête n’était plus en cours lorsque Hunter Biden était en fonction. Qui plus est, elle ne touchait pas Burisma, mais une de ses filiales. De plus, la tentative de faire tomber Shokin, jugé incompétent, ne venait pas uniquement des Américains, mais relevait d’un projet « universellement » partagé, a-t-il expliqué. Yuri Lutsnko, qui a succédé à ce procureur, a indiqué à Bloomberg News qu’il n’existait aucune preuve de malversation impliquant Joe Biden et son fils.

Vendredi dernier, le candidat démocrate a d’ailleurs demandé à la Maison-Blanche de rendre publique la transcription de cet appel pour faire la lumière sur cette tentative de collecte d’informations auprès d’un gouvernement étranger par un président américain, en vue de salir son opposant pendant la campagne présidentielle à venir. Cette tactique laisse croire que Donald Trump cherche à façonner dans l’opinion l’image d’un Joe Biden en truand — « crooked Joe » —, comme il l’avait fait pour Hillary Clinton lors de la campagne de 2016.

« Est-il allé trop loin ? » C’est la question que posait lundi la chroniqueuse Maureen Dowd, dans les pages du New York Times. « Les démocrates n’ont pas réussi à faire tomber Trump à cause de l’argent qu’il a versé à une actrice porno pour protéger sa campagne. Mais peut-être que cette fois est la bonne, celle où tout le monde va s’entendre pour réclamer la destitution d’un président dont le comportement est tellement scandaleux, qu’il n’est plus possible d’imaginer cet entrepreneur véreux assis dans le bureau ovale, en train de jouer au dictateur, une seconde de plus. »

Intensification des critiques

Dimanche, le président de la Commission du renseignement à la Chambre, Adam Schiff, a fait remonter d’un cran les appels à la destitution en indiquant que M. Trump avait probablement « franchi le Rubicon » lors de sa conversation avec le président de l’Ukraine.

« Si le président a […] fait pression sur le président ukrainien pour qu’il enquête sur son rival politique, soit directement, soit par l’intermédiaire de son avocat, ce serait extrêmement troublant. Il est essentiel que les faits soient rendus publics », a pour sa part commenté le républicain Mitt Romney, un critique sévère de l’ère Trump.

« C’est une chose qu’un président en fonction ne respecte pas les lois. C’est une autre de le laisser faire », a indiqué la jeune élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. L’intégrité de notre démocratie est menacée quand un président transgresse les lois. Et c’est encore plus inquiétant si nous ne faisons rien. »

Si le président a […] fait pression sur le président ukrainien pour qu’il enquête sur son rival politique, soit directement, soit par l’inter-médiaire de son avocat, ce serait extrêmement troublant. Il est essentiel que les faits soient rendus publics.

Dimanche, Donald Trump a admis avoir mentionné les Biden dans son échange avec l’Ukraine, mais a nié avoir exercé des pressions sur Zelensky. Le ciblage de Biden pourrait avoir été présenté comme conditionnel au maintien de l’aide militaire américaine offerte actuellement à l’Ukraine dans son combat contre les séparatistes pro-russes sur son territoire.

Les procédures en destitution du président pourraient s’accélérer, et ce, après que plusieurs élus démocrates au Sénat, réticents à la chose depuis plusieurs mois, eurent indiqué cette fin de semaine leur intention de revoir leur position, exposait lundi le New York Times. Reste que Nancy Pelosi, leader démocrate à la Chambre, est, elle, toujours opposée à cette démarche, lui préférant la sanction des urnes en 2020.