Entendre un témoin qui ne veut pas parler

Corey Lewandowski est décrit dans le rapport Mueller comme un fidèle soldat de Donald Trump.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Corey Lewandowski est décrit dans le rapport Mueller comme un fidèle soldat de Donald Trump.

Cela devait être le premier témoignage devant le Comité judiciaire de la Chambre des représentants en vue de formaliser le début d’une enquête en destitution du président Trump.

Mardi, le passage de Corey Lewandowski a plutôt viré au cirque, l’ex-responsable de la campagne électorale du milliardaire en 2016, cité dans le rapport Mueller sur l’ingérence russe, résistant avec arrogance aux questions des élus démocrates.

« Vous êtes comme un poisson que l’on essaye d’attraper avec une cuillère, a résumé le démocrate Hank Johnson de Géorgie. C’est très difficile d’obtenir une réponse. »

« Vous êtes visiblement ici pour faire obstacle à toute enquête visant à faire sortir la vérité », a ajouté Sheila Jackson Lee, représentante démocrate du Texas à Washington.

Corey Lewandowski est décrit dans le rapport Mueller comme un fidèle soldat de Donald Trump. L’enquête du procureur spécial a révélé qu’en 2017, le président américain est passé par ce proche, un simple citoyen qui ne travaillait ni pour la Maison-Blanche ni pour Donald Trump, pour tenter de réduire le champ d’action de la commission Mueller, et ce, en transmettant un message dicté par le président au procureur des États-Unis Jeff Sessions.

Le stratagème est considéré par les démocrates comme la preuve d’une obstruction à la justice et un motif de destitution.

Lundi, le conseiller du président Pat Cipollone avait réduit les attentes des membres du Comité en précisant que les conversations privées entre le président, ses proches conseillers et le témoin n’allaient pas faire partie d’un témoignage limité uniquement aux informations contenues dans le rapport Mueller.

La Maison-Blanche a également refusé que deux ex-conseillers du président, Rick Dearborn et Robert Porter, convoqués par le Comité de la chambre, témoignent mardi.

La présidence estime que la loi « met à l’abri » tous ces stratèges « des témoignages contraignants du Congrès » sur des questions liées à leurs fonctions auprès du président.

Du « harcèlement »

Les élus républicains de la Chambre qui siègent au sein du Comité judiciaire ont largement qualifié de « harcèlement » les tentatives démocrates de faire témoigner les acteurs de l’enquête Mueller, pour mieux attaquer le président, ont-ils clamé en choeur mardi, tandis que les démocrates ont accusé M. Lewandowski de chercher à cacher les agissements illégaux de M. Trump.

Par leurs gestes, « Trump et la Maison-Blanche corrompent une fois de plus le processus législatif pour empêcher que les actes de corruption déjà commis gagnent trop d’importance au Congrès et au sein du public, a résumé mardi le chroniqueur politique Greg Sargent du Washington Post. Lewandowski qui refuse de répondre aux questions du Comité judiciaire, et Porter et Dearborn qui n’y vont pas, cela en fait la démonstration ».

En quête de visibilité

Plus tôt dans la journée, le témoin avait exprimé son appui à M. Trump dans un tweet faisant référence à sa convocation par les élus.

« Enthousiasmé par l’occasion de rappeler au peuple américain aujourd’hui qu’il n’y avait pas de collusion ni d’obstruction », a-t-il écrit.

M. Lewandowski est par ailleurs en quête de visibilité médiatique, lui qui, en 2020, espère décrocher pour les républicains le siège de sénateur du New Hampshire.