Décor apocalyptique aux Bahamas après le passage de «Dorian»

Une vue aérienne montre l’ampleur des dégâts causés par Dorian à Marsh Harbour, sur l’île de Great Abaco aux Bahamas.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Une vue aérienne montre l’ampleur des dégâts causés par Dorian à Marsh Harbour, sur l’île de Great Abaco aux Bahamas.

La dure collecte des morts se poursuivait aux Bahamas et l’aide humanitaire s’organisait parfois dans la confusion, au moment où l’ouragan Dorian, rétrogradé jeudi en catégorie 2, se rapprochait un peu plus de la côte est des États-Unis.

Dans le décor apocalyptique laissé par Dorian aux Bahamas, six hommes vêtus d’une combinaison blanche immaculée transportent péniblement un cadavre dans une housse mortuaire.

Ils le déposent sur le plateau d’un camion où gisent d’autres victimes de l’ouragan destructeur. Les housses mortuaires, de couleur kaki, sont alignées de façon précaire sur une palette, puis sanglées.

Le véhicule repart, à la recherche d’autres corps, en serpentant sur la chaussée jonchée de débris.

Même si le ciel bleu est revenu, le port de Marsh Harbour, dans l’île de Great Abaco, présente de tous les côtés un visage de désolation, tant s’y sont déchaînés les éléments météorologiques.

« Il y avait un gros immeuble de trois étages juste là », décrit Norwel Gordon, l’ex-chef des pompiers de Marsh Harbour. Il désigne un espace où ne subsistent qu’une dalle et des gravats.

À perte de vue se succèdent des habitations au toit arraché, d’autres semblant avoir été pilonnées, des arbres déracinés ou aux branches cassées.

Tout le monde s’attend, comme l’ont dit le premier ministre et d’autres membres du gouvernement de l’archipel, à ce que le bilan des morts s’alourdisse. Le compteur provisoire est pour l’instant arrêté à 30 décès.

De vastes zones de l’île de Great Abaco sont inondées, compliquant l’accès des secours. Et des centaines d’embarcations sont hors d’usage, couchées sur le flanc ou retournées comme des crêpes. Y compris de gros chalutiers.

 
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Des hommes récupèrent des vivres et de l’essence dans une embarcation éventrée à Marsh Harbour.

La force des bourrasques a ainsi plié les montants du toit d’une station-service, comme un banal fil de fer. Les pompes à carburant, arrachées au bitume, gisent en ordre dispersé.

De rares véhicules, épargnés par l’ouragan, roulent cependant. La chaussée de la rue principale a été nettoyée des morceaux de parpaing, tôles ondulées, branchages et palmes de cocotiers. Les lignes électriques coupées pendent misérablement des poteaux de guingois. Il faudra des mois pour gérer l’urgence et probablement des années pour redonner une apparence normale à l’île.

« L’enfer partout »

L’émotion mais aussi parfois la colère étaient palpables sur les îles Abacos.

Je n’ai pas de nouvelles de 5 des 14 personnes qui travaillent pour moi

« Nous devons partir d’ici. Ça va faire quoi, quatre ou cinq jours maintenant ? Il est temps de bouger et de sortir les gens d’ici », a confié Brian Harvey, un Montréalais, qui était à bord de son bateau et a « tout perdu ».

En vie, il s’estime chanceux. « Mais c’est l’enfer partout », ajoute-t-il.

« Je n’ai pas de nouvelles de 5 des 14 personnes qui travaillent pour moi », déplorait Robert Neher, propriétaire d’une cabane de pêche sur la pointe est de Grand Bahama.

Les Nations unies vont « bientôt » acheminer huit tonnes de vivres aux îles Bahamas, alors que le Programme alimentaire mondial estime que 76 000 personnes pourraient avoir besoin d’aide à Abaco et Grand Bahamas, dont plus de 60 000 de nourriture.

Arrivés jeudi matin à l’aéroport de Nassau en espérant atteindre au plus vite les zones ravagées, les volontaires de Samaritan’s Purse attendaient depuis plusieurs heures sous un soleil de plomb l’autorisation de décoller.

Leur attente, comme celle de nombreuses autres ONG, témoigne de la confusion qui règne dans l’aéroport, dans les zones du nord de l’archipel dévasté et dans les airs.

« Nous avons atterri [mercredi] avec un DC8 rempli d’une trentaine de tonnes d’équipement de première urgence », explique Alyssa Benson, porte-parole de cette organisation chrétienne basée en Caroline du Nord.

Les rotations aériennes sont devenues complexes à mesure que les secours arrivaient à Nassau : trop de monde, pas assez d’hélicoptères ou d’avions légers.

Les Carolines attendent

Aux États-Unis, jeudi après-midi, le Centre national des ouragans (NHC) a mis en garde contre une montée des eaux dangereuse pour les vies humaines, des vents, des pluies torrentielles et des tornades sur des parties des Carolines du Sud et du Nord, jeudi et vendredi.

La force des vents avait un peu diminué, avec des bourrasques soufflant jusqu’à 175 km/h.

À Charleston, le vent secouait violemment les arbres et des trombes d’eau s’abattaient sur cette perle touristique du Sud américain. De nombreuses rues étaient inondées par des étendues d’eau qui restaient peu profondes.

 
Photo: Ramon Espinosa Associated Press À Charleston, en Caroline du Sud, de nombreuses rues étaient inondées par des étendues d’eau qui restaient peu profondes, jeudi.

Globalement, la ville semblait relativement épargnée par les bourrasques de Dorian dont l’oeil venait de dépasser la latitude de Charleston et ne cessait de remonter vers le nord.

« Les choses vont bien ici, il n’y a juste pas d’électricité et nous attendons que la tornade passe », a expliqué dans la matinée Eddie Guidry, qui vit à Folly Beach, juste à côté de Charleston.

Aux États-Unis, plus de 200 000 sites étaient privés de courant électrique en Caroline du Sud, selon les autorités, où 33 refuges ont été ouverts.