Bahamas: «il ne nous reste rien»

Les Abacos et l’île de Grand Bahama, dans le nord du pays, ont été dévastées. Des centaines de maisons ont vu leur toit s’envoler, des voitures étaient submergées par les inondations et des bateaux étaient en miettes.
Photo: Ramon Espinosa Associated Press Les Abacos et l’île de Grand Bahama, dans le nord du pays, ont été dévastées. Des centaines de maisons ont vu leur toit s’envoler, des voitures étaient submergées par les inondations et des bateaux étaient en miettes.

Les secours étaient à la manoeuvre mercredi pour évacuer les blessés et chercher les disparus dans les îles des Bahamas dévastées par l’ouragan Dorian, dont les effets commençaient à se faire sentir sur la côte sud-est des États-Unis, Floride en tête.

La destruction était catastrophique dans l’archipel des Caraïbes, où au moins 20 personnes sont mortes selon un bilan provisoire dont les autorités craignent qu’il ne soit beaucoup plus lourd.

Marsh Harbour, la principale ville des îles Abacos, a été détruite à 60 %, selon le premier ministre, Hubert Minnis. L’aéroport était sous l’eau et la piste était inondée, toute la zone ressemblant à un lac.

Les Nations unies ont estimé mercredi soir qu’environ 70 000 personnes avaient «besoin d’une aide immédiate» aux Bahamas. Lors d’un appel téléphonique depuis Nassau, le secrétaire général adjoint pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a indiqué que l’ONU avait débloqué un million de dollars de son fonds d’urgence pour apporter une première aide aux sinistrés.

 
13 000
C’est le nombre de maisons qui pourraient avoir été endommagées ou détruites par l’ouragan «Dorian» aux Bahamas.

Dorian s’est acharné sur l’archipel, au-dessus duquel il est longtemps resté quasi immobile, faisant tomber jusqu’à 76 cm de pluie. Les Abacos et l’île de Grand Bahama, dans le nord du pays, ont été dévastées.

Des centaines de maisons ont vu leur toit s’envoler, des voitures étaient submergées par les inondations, des bateaux étaient en miettes.

« Tout ce que nous avons, que nous avions, se trouve sur cette île. Il ne nous reste rien », s’attriste Meghan Bootle, 21 ans, étudiante à Nassau dont la famille vit dans le nord de l’île d’Abaco.

Les habitants ont vécu « des jours d’horreur, craignant pour leur vie et la vie de leurs proches », avait déclaré mardi le premier ministre Minnis. « Ce sont des jours et des mois difficiles qui attendent notre peuple et notre pays ».

La Croix-Rouge a indiqué que 13 000 maisons pourraient avoir été endommagées ou détruites. Les garde-côtes américains et la marine britannique participaient aux secours.

De la catégorie 5 — la plus élevée — l’ouragan a été rétrogradé en catégorie 2 mais reste porteur de vents toujours très puissants à 165 km/h. Son oeil ne devrait pas toucher terre mais la tempête devait se rapprocher « dangereusement près » de la Floride d’ici mercredi soir puis longer de jeudi jusqu’à vendredi matin la côte sud-est américaine et les États de Géorgie, de Caroline du Sud et de Caroline du Nord.

Trump crée la polémique

« C’est un ouragan très erratique, très lent, très puissant », a affirmé Donald Trump mercredi. « Mais nous sommes très bien préparés », a-t-il ajouté.

Le président américain était d’ailleurs mercredi au centre d’une nouvelle polémique à la Maison-Blanche : a-t-il donné aux Américains des informations inexactes sur le parcours possible de Dorian à travers les États-Unis ? Le président a présenté mercredi dans le Bureau ovale une carte du National Hurricane Center représentant la trajectoire que devait initialement emprunter l’ouragan dévastateur. Singularité de cette grande carte qu’il tenait à bout de bras pour mieux la montrer aux journalistes présents : un trait y avait été ajouté au crayon noir pour que l’Alabama soit bien inclus dans le « cône » de l’ouragan.

Interrogé quelques heures plus tard sur les raisons de cet ajout surprenant, M. Trump a répondu « Je ne sais pas, je ne sais pas », tout en réaffirmant que les modèles initiaux prévoyaient bien la possibilité que l’ouragan frappe l’Alabama. Dimanche, dans un tweet, le locataire de la Maison-Blanche avait affirmé, à tort, que l’Alabama faisait partie des États qui pourraient être frappés par l’ouragan.

Le Centre national des ouragans américain (NHC), basé à Miami, a de son côté mis en garde contre la montée des eaux, parlant d’une situation potentiellement extrêmement dangereuse. Plusieurs parties de la côte sud-est des États-Unis, où vivent des millions de personnes, ont été placées en état d’urgence. Des ordres d’évacuation obligatoires ont été diffusés dans plusieurs zones.

« C’était stressant, tellement imprévisible », dit Gerardo Rodriguez, 37 ans, qui s’apprêtait à quitter un refuge à Fort Pierce, en Floride. L’ouragan « venait, puis ne venait plus, c’est ça le plus stressant. Qu’il continue à bouger et à changer de route, nous ne savions pas si nous allions être affectés ou non ».

« Je suis maintenant convaincu qu’il est parti », ajoute le jeune homme.

Avec Lucie Aubourg à Charleston