Non-respect de la vie privée des enfants: amende record pour YouTube

Photo: Lionel Bonaventure Agence France-Presse

Google et YouTube ont accepté de payer une amende record de 170 millions de dollars aux États-Unis et promis de mieux protéger désormais les données des enfants qui naviguent sur la plateforme de vidéos en ligne.

« YouTube a vanté sa popularité chez les enfants auprès d’entreprises qui étaient des clients prospectifs », a souligné le patron de l’agence de protection des consommateurs (FTC), Joseph Simons, qui poursuivait YouTube avec le ministère de la Justice de l’État de New York.

Mais « quand il s’est agi de respecter la loi, l’entreprise a refusé de reconnaître qu’une partie de sa plateforme était clairement destinée aux enfants. Il n’y a aucune excuse pour la façon dont YouTube a violé la loi », a-t-il accusé.

« Nous traiterons les données de ceux qui regardent les programmes pour enfants sur YouTube comme si elles émanaient d’un enfant, quel que soit l’âge du spectateur », a affirmé Susan Wojcicki, qui dirige YouTube, dans un communiqué publié à la suite de l’annonce de l’accord.

L’amende est la plus importante à ce jour dans une affaire impliquant la protection de la vie privée des enfants.

En avril 2018, 23 organisations de défense des droits numériques et de protection de l’enfance avaient déposé une plainte auprès de la FTC. Elles accusaient YouTube de collecter les informations personnelles de mineurs (localisation, appareil utilisé, numéros de téléphone) sans que les parents le sachent, et de s’en servir pour permettre de la publicité ciblée.

Les publicités taillées sur mesure, parce qu’elles s’appuient sur d’innombrables données collectées automatiquement sur les usagers, permettent à Alphabet (la maison-mère de Google et YouTube) d’engranger des milliards de dollars de bénéfices.

Alphabet et Facebook se taillent la part du lion de la publicité en ligne avec plus de 55 % des parts de marché aux États-Unis.

Les enfants peuvent trouver de nombreux programmes sur la plateforme de vidéos, qui leur sont spécifiquement destinés créant parfois de nouveaux genres audiovisuels, par exemple le déballage de jouets sous l’œil d’une caméra, les jeux vidéo joués et commentés par des enfants ou des familles qui filment leurs vacances dans des parcs d’attractions sous forme de visites guidées et commentées.

Le règlement à l’amiable, auquel les deux commissaires démocrates de la FTC se sont opposés ne le jugeant pas assez sévère, force YouTube à changer ses méthodes.

La collecte de données sera limitée à celles nécessaires au bon fonctionnement du service et il n’y aura plus de publicités ciblées sur ce type de contenu, tout comme la possibilité de faire des commentaires, a précisé Mme Wojcicki.

Les producteurs de contenu touchés par les mesures

Les YouTubeurs pour enfants parmi les plus connus gagnent des centaines de milliers de dollars et seront directement affectés par les mesures que YouTube a annoncées jeudi.

Dans un communiqué, détaillant les mesures prises, YouTube reconnaît que « ces changements vont avoir un impact financier significatif sur les familles et les enfants-entrepreneurs qui ont produit de superbes contenus et bâti des entreprises florissantes ».

La plateforme leur donne un délai de quatre mois pour s’adapter et elle va créer un fonds de 100 millions de dollars pour créer des contenus originaux destinés aux enfants sur YouTube et YouTube Kids dans le monde entier.

YouTube a d’ailleurs indiqué qu’elle allait promouvoir plus activement YouTube Kids, spécialement destiné à un public de moins de 13 ans et se montrer plus sélectif sur les chaînes qui peuvent y figurer.

Des critiques

Rohit Chopra, l’un des deux commissaires opposés à l’accord, estime qu’il n’implique aucune responsabilité individuelle, n’incite pas l’entreprise à changer fondamentalement et que l’amende est si faible qu’elle permet à l’entreprise de garder les profits tirés de ses activités illégales.

« Les termes de l’accord sont tellement bénins que Google n’a même pas cru bon d’alerter ses investisseurs », comme l’y oblige la législation boursière en cas d’information susceptible d’influer sur le cours de bourse, a souligné M. Chopra.

Les plaignants ont eux aussi jugé l’accord insuffisant même s’ils se réjouissent qu’il a « forcé Google à assumer son mensonge de longue date, qu’il ne visait pas les enfants sur YouTube », a dit Jeff Chester, du Center for Digital Democracy.

Il juge que la faiblesse de l’amende prouve que « si vous êtes une entreprise avec du poids politique vous n’avez pas à craindre d’enfreindre la loi ». Et d’ajouter qu’il va falloir « des changements plus fondamentaux pour s’assurer que YouTube soit une plateforme sûre et équitable pour les jeunes ».

L’accord à l’amiable doit encore recevoir le feu vert du ministère de la Justice, mais c’est en général une formalité.