Les Bahamas constatent les dégâts après «Dorian»

Les îles Abaco et Grand Bahama sont encore largement coupées du monde, mais les premières images commençant à affleurer donnent une idée de l’ampleur du désastre.
Photo: Ramon Espinosa Associated Press Les îles Abaco et Grand Bahama sont encore largement coupées du monde, mais les premières images commençant à affleurer donnent une idée de l’ampleur du désastre.

L’ouragan Dorian, rétrogradé en catégorie 2, se dirigeait très lentement vers la Floride mardi après avoir semé la mort et la désolation dans l’archipel des Bahamas, où les premières images montraient des étendues dévastées.

Les îles Abacos et Grand Bahama, sur lesquelles Dorian s’est acharné avant de reprendre sa route destructrice, étaient encore largement coupées du monde mardi. Des palmiers déplumés, des maisons éventrées et des carcasses de voitures semblant flotter, à perte de vue, dans une mer de ruines : le triste spectacle contrastait terriblement avec l’habituelle carte postale paradisiaque des Bahamas.

Évoquant une « tragédie historique », le premier ministre de l’archipel, Hubert Minnis, avait confirmé lundi la mort d’au moins sept personnes dans le petit archipel des îles Abacos. Un bilan qui devrait s’alourdir, a prévenu mardi le ministre de l’Intérieur bahaméen, Marvin Dames. « D’autres morts sont à craindre. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement », a-t-il déclaré à des médias locaux, précisant que, selon les informations lui parvenant, « plusieurs d’entre eux sont des enfants ».

Photo: Ramon Espinosa Associated Press Une famille de Freeport est accompagnée en lieu sûr par les secours.

« Il pleut toujours, avec de grosses bourrasques », a confié à l’AFP Yasmin Rigby, une habitante de l’île de Grand Bahama, au-dessus de laquelle Dorian a longtemps stationné, faisant dangereusement monter le niveau des eaux. « Je ne peux pas bouger de mon appartement, a-t-elle ajouté. J’aurais besoin d’un gros camion, car la plupart de l’île est inondée. Nous avons suffisamment de vivres heureusement. »

Au moins 61 000 personnes auraient besoin d’aide alimentaire aux Bahamas, a estimé mardi l’ONU, qui s’apprête à participer à deux équipes d’évaluation, notamment avec des experts du Programme alimentaire mondial (PAM). La Croix-Rouge avait estimé la veille que quelque 13 000 maisons pourraient avoir été endommagées ou détruites dans les îles Abacos et Grand Bahama.

 
61 000
C’est le nombre de personnes qui auraient besoin d’aide alimentaire aux Bahamas, selon les estimations des Nations unies.

« Ce sont des jours et des mois difficiles qui attendent notre peuple et notre pays », a déclaré le premier ministre de l’archipel.

La Floride en alerte

Classé dans la catégorie maximale 5 au moment de frapper les Bahamas, Dorian a faibli depuis. Il a été rétrogradé en catégorie 2, avec des vents atteignant 175 km/h, selon le dernier bulletin du Centre national des ouragans (NHC) américain.

L’ouragan se trouvait à plus de 170 km à l’est de la ville de Vero Beach, en Floride. Il remontait vers le nord, en parallèle de la côte de la Floride, à la vitesse de 9 km/h. Le long des plages de cet État, des vents d’une force d’une vitesse tropicale, allant jusqu’à 96 km/h, pouvaient se faire ressentir.

À Port Sainte-Lucie, environ à mi-chemin entre Orlando et Miami, le temps alternait entre grosses averses de pluie et grand soleil.

Malgré des vents moins violents, Dorian avait gagné en taille et restait très dangereux, ont prévenu les météorologues, qui peinent à en prévoir la trajectoire exacte. Le gouverneur de Floride, l’a qualifié de tempête « compliquée ».

Une certitude : il doit se rapprocher « dangereusement près » de la Floride d’ici mercredi soir, avant de longer la côte sud-est américaine et les États de Géorgie, de Caroline du Sud et de Caroline du Nord. Les deux États de Caroline présentent le plus haut risque d’inondations, a précisé le NHC, avec de 13 à 25 centimètres de pluie et des vagues de 1,2 à plus de 2 mètres de haut attendues par endroits.

 

Plusieurs millions de personnes ont reçu l’ordre d’évacuer les côtes dans les régions menacées.

Même si l’oeil de Dorian pourrait ne pas toucher terre, les autorités mettent la population en garde sur les risques de crues soudaines et d’inondations.

« De nombreuses menaces ne dépendent pas de la catégorie de l’ouragan », a souligné le directeur du NHC, Ken Graham. « Vous pouvez vous trouver assez loin du centre de l’ouragan et tout de même être touché par de fortes précipitations ».

En attendant Dorian, les habitants de Floride, habitués aux ouragans, se montraient solidaires avec les Bahamas voisines. Les appels aux dons se sont multipliés et plusieurs églises ont organisé des collectes de dons et de denrées dans le quartier de Coconut Grove, berceau de la communauté bahaméenne à Miami.

Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse À Miami en Floride, des collectes de dons et de denrées ont été organisées pour venir en aide aux sinistrés bahaméens.

« Notre église a été fondée par des Bahaméens et beaucoup de leurs descendants en sont membres », témoigne Nathaniel Robinson, pasteur de l’église Greater St Paul, où boîtes de conserve, bouteilles d’eau, médicaments s’amassent sur les tables. « Nous sommes entrés en contact avec des gens là-bas », poursuit-il. « Certains ont tout perdu, leur maison, leur moyen de transport, leur commerce… Ils n’ont absolument plus rien ».

Je ne peux pas bouger de mon appartement. [...] J’aurais besoin d’un gros camion, car la plupart de l’île est inondée. Nous avons suffisamment de vivres, heureusement.