Les héritiers de Jeffrey Epstein attaqués en justice

Des manifestantes brandissant la photo de Jeffrey Epstein devant la Cour fédérale de New York, début juillet
Photo: Stephanie Keith / Getty Images / Agence France-Presse Des manifestantes brandissant la photo de Jeffrey Epstein devant la Cour fédérale de New York, début juillet

Quatre jours après la mort en prison du financier Jeffrey Epstein à New York, une victime de ses agressions sexuelles présumées a intenté une action en justice contre ses héritiers et complices présumés. Jennifer Araoz, 32 ans aujourd’hui, qui affirme que M. Epstein l’a sexuellement agressée plusieurs fois lorsqu’elle avait 14 et 15 ans, a réclamé réparation à ses héritiers devant la Cour suprême de l’État de New York, ainsi qu’à son amie et complice présumée, Ghislaine Maxwell, et trois autres femmes dont l’identité n’a pas été révélée.

Mme Araoz est l’une des premières victimes connues de Jeffrey Epstein à déposer une plainte dans le cadre d’une loi new-yorkaise entrant en vigueur ce mercredi : adoptée après les scandales de pédophilie à répétition dans l’Église, elle donne un an aux victimes présumées de crimes sexuels pour porter plainte au civil, quelle que soit l’ancienneté des agressions subies. « Epstein a été trouvé mort, apparemment d’un suicide, dans sa cellule la semaine dernière. Le fait qu’il n’aura pas à me répondre personnellement devant les tribunaux me met en colère, mais ma quête de justice ne fait que commencer », a écrit Mme Araoz dans un éditorial publié par le New York Times.

Elle a expliqué comment elle s’était fait prendre au « piège » de Jeffrey Epstein, décrivant un modus operandi similaire à celui utilisé contre d’autres victimes du riche et charismatique financier. Il avait été inculpé début juillet pour de multiples agressions sexuelles sur mineures, qui se seraient déroulées dans ses résidences de Manhattan et de Floride. Une des « rabatteuses » du financier aurait approché Mme Araoz sur le trottoir devant son lycée new-yorkais. Elle lui aurait parlé d’un homme riche qui pourrait l’aider à lancer la carrière d’actrice dont elle rêvait.

Les premières visites dans la luxueuse demeure du financier à Manhattan, truffée de caméras, se déroulèrent sans incident, selon Jennifer Araoz : pendant une heure ou deux, Jeffrey Epstein lui parlait, et elle recevait 300 $ en argent comptant après chaque entrevue. Mais après moins d’un mois, M. Epstein lui aurait demandé de le masser et d’enlever son haut, prétextant qu’il devait voir son corps pour l’aider à trouver du travail comme mannequin. Les agressions se sont ensuite aggravées : il exigeait de la toucher pour se masturber. Au bout d’un an, en 2002, il la viola, rapporte-t-elle. Elle mit fin à ses visites, changea d’école pour s’éloigner de son quartier, et mit des années avant de pouvoir en parler à ses proches.

D’autres victimes présumées se prépareraient à intenter des actions contre les héritiers du milliardaire américain — sa seule famille connue est son frère Mark.

Depuis la mort de Jeffrey Epstein, qui s’est apparemment pendu dans sa cellule dans la nuit de vendredi à samedi à la prison fédérale de Manhattan, le ministre américain de la Justice a promis de traquer les éventuels complices du financier. La Britannique Ghislaine Maxwell, fille du défunt magnat des médias britanniques Robert Maxwell, qui fut très proche d’Epstein pendant des années, est la suspecte numéro un. Le tabloïd britannique The Daily Mail affirmait mercredi avoir retrouvé sa trace à Manchester-by-the-Sea, dans l’État du Massachusetts, où elle vivrait en toute discrétion avec un compagnon.

Registre de la prison falsifié

En attendant d’éventuelles nouvelles inculpations, une personne au fait de l’enquête sur la mort de Jeffrey Epstein a déclaré que des gardiens étaient soupçonnés d’avoir falsifié des registres pour montrer qu’ils vérifiaient la cellule de Jeffrey Epstein toutes les 30 minutes, alors qu’ils ne le faisaient pas. Des responsables pénitentiaires ont indiqué au New York Times que les gardiens de prison chargés de veiller sur Jeffrey Epstein avaient dormi environ trois heures dans la nuit de vendredi à samedi, alors qu’ils étaient censés effectuer ces rondes. Des vidéos de surveillance qui ont été examinées après le suicide présumé du financier âgé de 66 ans au cours du week-end montrent que les gardiens n’ont pas effectué certaines des vérifications mentionnées dans le registre, selon la personne qui est au fait de l’enquête. Cette personne n’était pas autorisée à divulguer des informations et elle a parlé à l’Associated Press mardi sous le couvert de l’anonymat.

Ces nouvelles informations remontent alors que la prison fédérale de Manhattan, où se trouvait Epstein, fait l’objet d’une surveillance accrue depuis le suicide de l’homme de 66 ans. Jeffrey Epstein avait été placé sous surveillance préventive, il y a un peu plus de deux semaines, à la suite d’un incident qui l’avait laissé avec des ecchymoses au cou. Le ministère de la Justice a annoncé mardi la mutation temporaire du directeur de la prison, réputée l’une des plus sûres du pays, et la suspension des deux gardes. La police fédérale américaine et le bureau de l’inspecteur général du département de la Justice mènent une enquête sur les circonstances de sa mort.

Avec Associated Press