Investiture démocrate: l’effet Marianne Williamson

Marianne Williamson prône des mesures réparatrices pour l’esclavage à l’intention des Noirs américains, milite pour le renversement du réchauffement climatique et est favorable à un système de santé public avec une option privée.
Photo: Alex Edelman Agence France-Presse Marianne Williamson prône des mesures réparatrices pour l’esclavage à l’intention des Noirs américains, milite pour le renversement du réchauffement climatique et est favorable à un système de santé public avec une option privée.

Elle milite pour évacuer l’argent du processus démocratique américain, qualifie de « girlfriend » la première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, et fait campagne avec le slogan « transformer l’amour en force politique ». Lors du premier volet du débat télévisé du Parti démocrate, le 31 juillet dernier, Marianne Williamson a été la candidate la plus fréquemment « googlée » dans 49 des 50 États américains.

Qualifiée de « gourou nouvel-âgeuse » par les uns, vénérée par de célèbres supporters, comme Oprah, RuPaul et même Kim Kardashian, Marianne Williamson fascine tout autant qu’elle dérange. Coqueluche du moment ou véritable étoile montante de la course à l’investiture démocrate, la candidate Marianne ?

« Après 2016, tout est possible », estime Rafaël Jacob, spécialiste des élections américaines à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Si tous les espoirs sont permis à ce stade-ci de la course, le classement de Williamson dans les sondages la confine pourtant toujours au rang des candidats marginaux. À l’heure actuelle, elle se positionne entre 0 % et 1 % au rang des intentions de vote, soit bien loin derrière l’ex-vice-président Joe Biden (le leader de la course) et d’autres candidats, comme Kamala Harris et Bernie Sanders (tous deux autour de 15 %.)

Avec sa plateforme aux idées très progressistes — elle prône des mesures réparatrices pour l’esclavage à l’intention des Noirs américains, milite pour le renversement du réchauffement climatique, est favorable à un système de santé public avec une option privée, appuie l’accès à la citoyenneté pour les migrants sans papiers qui n’ont pas de dossier criminel, souhaite la formation d’un département pour la Paix —, Marianne Williamson a été qualifiée de « Trump de la gauche ».

« Elle offre quelque chose de très différent. Oui, sa plateforme est très à gauche, mais plusieurs candidats à l’investiture démocrate sont aussi dans ce virage. En ce sens, elle ne sort pas tant que ça du lot. Par contre, elle devra chercher plus de donateurs, sans quoi elle ne pourra pas se qualifier pour les prochains débats », pense Rafaël Jacob, qui estime que le côté controversé de Marianne Williamson, à cette étape-ci de la campagne, pourrait toutefois l’aider à sortir du lot. « Contrairement à un Joe Biden, par exemple, qui représente le politicien typique dans ses attaques contre le président en poste, Marianne Williamson est la première à s’en prendre à un problème plus profond que Trump, en remettant en question la culture politique américaine. »

La candidate de l’amour

Célèbre pour ses liens avec la communauté hollywoodienne — elle a officié au septième mariage d’Elizabeth Taylor et a été colocataire de l’actrice Laura Dern —, elle tient sa plus grande crédibilité de son travail communautaire. Dans les années 1980, elle a fondé Project Angel Food, un service de repas gratuit pour les hommes et femmes dans le besoin.

Toujours est-il que l’encre et les tweets ont abondamment coulé et déferlé depuis la prestation fort remarquée de Marianne Williamson au dernier débat des démocrates. Sur Twitter, quelqu’un a dit qu’elle s’exprimait comme « quelqu’un qui vient de larguer Humphrey Bogart ». Les commentateurs ont été prompts à tenter de cerner le personnage Marianne Williamson qui, à 67 ans, est l’auteure d’une douzaine de best-sellers, dont Un retour à l’amour.

Plus récemment, une interview particulièrement corrosive menée par Anderson Cooper a mis en lumière certaines de ses positions controversées sur l’industrie pharmaceutique. À l’occasion de cet échange, la star de CNN a remis sur le tapis des commentaires faits par Marianne Williamson sur la santé mentale et l’usage d’antidépresseurs. Dans la foulée de ses critiques adressées à l’industrie pharmaceutique américaine, la candidate a déclaré que les antidépresseurs « gelaient » ou « masquaient » la douleur, plutôt que permettre de la sentir. Anderson Cooper l’a accusée de manquer d’empathie. Williamson s’est par la suite excusée pour certains de ses propos trop radicaux sur ces questions. En revanche, elle a pris cet affrontement comme un bon entraînement pour la suite de son parcours de campagne.

« Je ne m’attendais pas à vivre un échange aussi énergique avec Anderson Cooper. Mais je suppose que cela va me préparer à affronter Donald Trump. »

Une candidate à surveiller, Marianne Williamson ? Les paris sont ouverts, estime Rafaël Jacob, qui établit un parallèle avec le phénomène Herman Cain, candidat vedette de l’investiture démocrate de 2011. « Pendant quelques semaines, tous les médias ne parlaient que de lui. Mais quelques années plus tard, plus personne ne se souvient de ce candidat. »