Accusé d'exploitation sexuelle, Jeffrey Epstein se suicide en prison

Jeffrey Epstein, vêtu de la tenue réglementaire bleu marin des détenus, a plaidé non coupable lors de l'audience.
Image: Elizabeth Williams Associated Press Jeffrey Epstein, vêtu de la tenue réglementaire bleu marin des détenus, a plaidé non coupable lors de l'audience.

Le financier et figure de la jet-set américaine Jeffrey Epstein, accusé d’agressions sexuelles sur mineures, s’est suicidé samedi dans sa cellule new-yorkaise, une mort qui a causé la stupeur et déclenché des enquêtes du FBI et du secrétariat à la Justice.

Vers 06 h 30 locales (10 h 30 GMT) samedi, « Jeffrey Epstein a été retrouvé inanimé dans sa cellule […], apparemment d’un suicide », a confirmé l’administration pénitentiaire après que le New York Times, notamment, eut annoncé son suicide au Metropolitan Correctional Center, prison fédérale de Manhattan.

« Le personnel a immédiatement tenté de le ranimer », avant de le faire transporter à l’hôpital où sa mort a été prononcée, a-t-elle ajouté, en annonçant l’ouverture d’une enquête.

Le sécrétaire à la Justice, William Barr, s’est dit « effaré » par la mort en détention du financier de 66 ans, qui « soulève de graves questions ». Il a annoncé que le FBI ainsi que les services de l’Inspecteur général du ministère allaient enquêter.

Fin juillet, quelques jours après la décision d’un juge fédéral de le maintenir en détention, Epstein avait déjà été retrouvé allongé sur le sol de sa cellule, blessé, avec des marques sur le cou.

Plusieurs sources avaient alors indiqué qu’il avait tenté de se suicider, mais ses blessures étaient sans gravité et il s’était présenté peu après à une audience.

Certains en avaient déduit qu’il avait été ensuite placé sous surveillance particulière anti-suicide, mais le New York Times a indiqué samedi que cela n’était pas le cas. L’administration pénitentiaire n’a, elle, pas immédiatement précisé de quelle surveillance il faisait l’objet, indiquant simplement qu’il était incarcéré dans une « unité spéciale ».

Plusieurs personnalités ont exprimé leur stupéfaction devant un tel dénouement, la prison fédérale de Manhattan étant réputée l’une des plus sûres du pays.

« Il nous faut des réponses. Beaucoup », a réagi sur Twitter l’influente jeune élue démocrate new-yorkaise du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez.

M. Epstein avait été arrêté et inculpé début juillet pour avoir organisé, pendant plusieurs années, un réseau constitué de dizaines de jeunes filles sous son emprise, certaines collégiennes, avec lesquelles il avait des rapports sexuels dans ses nombreuses propriétés, notamment à Manhattan et en Floride.

Proche de nombreuses personnalités

Les témoignages qui sont ressortis par le biais de documents judiciaires et des médias américains brossaient de ce brillant et riche homme d’affaires, ex-professeur de mathématiques, l’image d’un prédateur insatiable de jeunes filles, qu’il faisait recruter par dizaines et venir dans ses somptueuses résidences.

Bien que son nom ait déjà été inscrit au fichier des délinquants sexuels après une première condamnation il y a plus de 10 ans pour prostitution en Floride — pour laquelle il avait écopé d’une peine minime de 13 mois après un accord contesté avec un procureur fédéral — une perquisition début juillet dans sa maison du quartier huppé de l’Upper East Side à Manhattan avait révélé une salle de massage où il aurait entraîné ses victimes présumées.

Le journal Miami Herald avait enquêté sur cet accord en 2018, relançant l’enquête. En juillet, après l’inculpation de Jeffrey Epstein à New York, l’ex-procureur de Floride, Alexander Acosta, devenu secrétaire au Travail du gouvernement Trump, avait dû démissionner.

Selon plusieurs témoignages, employées et recruteuses géraient au millimètre un sombre emploi du temps, avec prise de rendez-vous, transport, parfois même en jet privé, instructions et rétribution, souvent 200 à 300 dollars par visite, voire cadeaux.

Des centaines de pages de documents judiciaires rendus publics vendredi étaient venues confirmer qu’il avait longtemps été une figure incontournable des soirées mondaines new-yorkaises, proche de nombreuses personnalités.

« Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial », disait ainsi Donald Trump, alors lui-même membre éminent de la jet-set, dans un entretien en 2002. « On dit même qu’il aime les jolies femmes autant que moi, et beaucoup sont plutôt jeunes ».

Tous ses anciens amis influents avaient affirmé après son inculpation ne pas avoir été au courant de ses délits présumés et n’entretenir aucune relation avec lui depuis longtemps.

Inculpé le 8 juillet d’exploitation sexuelle de mineures et d’association de malfaiteurs en vue d’exploiter sexuellement des mineures, il était passible de 45 années d’emprisonnement.

Son procès devait s’ouvrir au mieux en juin 2020. Il s’était vu refuser, le 18 juillet, une remise en liberté sous caution, les procureurs estimant qu’il risquait fort de s’échapper en partant à l’étranger.

Pour les victimes présumées, sa mort vient les priver d’un procès qu’elles attendaient avec impatience.

L’avocat de l’une d’elles, Virginia Giuffre, citée dans les documents rendus publics vendredi, a ainsi déploré samedi qu’il ait « commis cet acte égoïste de se donner la mort alors que son monde d’abus, d’exploitation et de corruption apparaissait au grand jour ».

« Ce n’est pas la fin que quiconque attendait », a ajouté l’avocat, Brad Edwards, cité par Fox News.