Donald Trump rageur et rassembleur

Donald Trump multiplie les remarques considérées comme racistes depuis plusieurs semaines, s’en prenant principalement à des élus démocrates issus de minorités culturelles.
Photo: Evan Vucci Associated Press Donald Trump multiplie les remarques considérées comme racistes depuis plusieurs semaines, s’en prenant principalement à des élus démocrates issus de minorités culturelles.

« La haine n’a pas sa place aux États-Unis », a lancé Donald Trump au lendemain d’un week-end sanglant marqué par de nouvelles tueries de masse. Mais le président américain a beau condamner publiquement le « racisme » et le « suprémacisme blanc », ses adversaires l’accusent d’en être à l’origine.

Depuis la Maison-Blanche, où les drapeaux ont été mis en berne, Donald Trump s’est adressé brièvement à la nation lundi, qualifiant de « crime contre l’humanité » les fusillades survenues au Texas et dans l’Ohio ce week-end. En tout, 31 personnes ont perdu la vie, selon un dernier bilan revu à la hausse.

« Notre nation doit condamner d’une seule voix le racisme, le sectarisme et le suprémacisme blanc », a déclaré Donald Trump faisant référence au tireur d’El Paso, au Texas, un homme blanc de 21 ans soupçonné d’être l’auteur d’un manifeste anti-hispanique publié sur Internet. « Un manifeste consumé par la haine raciste », selon les mots du président, qui compte se rendre dans la ville texane mercredi.

Le chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard, a quant à lui décrit la fusillade comme un acte de « terrorisme contre les Mexicains ».

C’est très rare de voir Donald Trump tenir un discours qu’on aurait pu entendre de la bouche d’un autre président. C’est rare de le voir s’en tenir à ses lignes.

 

Les motivations du second tireur de Dayton, dans l’Ohio, étaient toujours méconnues lundi. Ce dernier a fait neuf morts en moins d’une minute, dont sa propre soeur, avant d’être abattu par des policiers.

« Nous avons fait beaucoup de choses. Mais peut-être qu’il reste encore beaucoup à faire », a poursuivi l’occupant du Bureau ovale, promettant d’agir pour éviter qu’un autre drame survienne. Mais loin de lui l’idée de resserrer le contrôle des armes à feu.

« La maladie mentale et la haine ont appuyé sur la gâchette, non les armes à feu », a-t-il dit, avant de pointer du doigt Internet et les jeux vidéo, qu’il accuse d’encourager la violence et de pousser les jeunes en difficulté — souffrant dans certains cas de troubles mentaux — à se radicaliser.

 

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Le président américain a ainsi réclamé une loi pour retirer leur arme aux personnes représentant « un risque pour la sécurité publique », ainsi que la vérification des antécédents des acheteurs. Il envisage aussi des mesures pour détecter sur les réseaux sociaux et d’autres sites Internet les éventuels tueurs de masse.

Par ailleurs, il souhaite que les auteurs de tels actes soient passibles de la peine capitale et que celle-ci soit appliquée « rapidement ».

Un discours qui n’étonne en rien Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Le président Trump reste fidèle à ses idées conservatrices, convaincu qu’un contrôle des armes à feu ne permettrait pas de réduire le nombre de fusillades au pays.

« Il est de ceux qui pensent qu’il faut au contraire plus d’armes pour se défendre, c’est le conseil qu’il avait donné aux enseignants dans les écoles par le passé », note M. Gagnon.

Double discours

Le ton calme et rassembleur du président américain a par contre surpris Rafael Jacob, aussi chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand.

« C’était très formel, très protocolaire, commente-t-il. C’est très rare de voir Donald Trump tenir un discours qu’on aurait pu entendre de la bouche d’un autre président. C’est rare de le voir s’en tenir à ses lignes. » Il s’est d’ailleurs trompé en lisant son discours qui défilait sur un téléprompteur, mentionnant la ville de Toledo, plutôt que Dayton, dans l’Ohio.

Ses mots contrastaient aussi avec ses habituels tweets agressifs. Le matin même, il s’en était pris aux médias, les accusant d’avoir « contribué à la colère et la rage » au pays en publiant de « fausses nouvelles ». « La couverture des informations doit commencer à être équitable, nuancée et non partisane, sinon ces terribles problèmes ne feront que s’aggraver ! » Mais il n’en a pas fait mention dans son discours à la nation.

De leur côté, plusieurs élus de l’opposition démocrate accusent le président d’alimenter lui-même la montée de l’intolérance au pays.

« Nous devons fermement rejeter les discours prononcés par n’importe lequel de nos dirigeants, alimentant un climat de peur et de haine ou normalisant les sentiments racistes », a notamment écrit l’ancien président Barack Obama sur les réseaux sociaux lundi.

 Notre nation doit condamner d’une seule voix le racisme, le sectarisme et le suprémacisme blanc

Il faut dire que Donald Trump multiplie les remarques considérées comme racistes depuis plusieurs semaines, s’en prenant principalement à des élus démocrates issus de minorités culturelles. Et ce, sans parler de son discours ouvertement anti-immigration.

« Sans attribuer la faute de la fusillade d’El Paso directement au président, il faut reconnaître qu’il a toujours parlé d’une invasion hispanique de façon négative. Il suffit de penser à son fameux mur avec le Mexique », fait remarquer de son côté Valérie Beaudoin, chercheuse associée à la Chaire Raoul-Dandurand.

Système politique bloqué

Pour Frédérick Gagnon, cette « bataille » entre les partis risque de ne mener à aucun vrai changement. « À chaque fusillade, on en parle beaucoup, et on oublie quelques jours après… jusqu’à la prochaine. »

Le problème, dit-il, c’est que le système politique est « verrouillé ». Il rappelle que la Chambre des représentants, à majorité démocrate, a adopté en février une réforme pour vérifier les antécédents des acheteurs d’armes. La réforme est toutefois toujours en attente d’un vote au Sénat, à majorité républicaine. « Chaque parti a son avis sur la question et continuera de bloquer les idées de l’autre. C’était pareil au temps de Barack Obama. »

Et une tragédie de plus ou de moins n’y changera rien, croit aussi Rafael Jacob. « La mort d’une vingtaine d’enfants du primaire, dans une fusillade à Sandy Hook, en 2012, n’a pas suffi pour faire changer les choses. Je vois mal comment une, ou deux ou vingt tueries de plus vont changer quelque chose maintenant. »
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que Donald Trump s'était trompé en mentionnant la ville de Toledo, dans l'Ohio, plutôt que celle d’El Paso, au Texas, a été modifiée.

 

5 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 août 2019 04 h 52

    … ?!?

    « À chaque fusillade, on en parle beaucoup, et on oublie quelques jours après… jusqu’à la prochaine. » (Frédéric Gagnon, Directeur de l’Observatoire sur les États-Unis, Chaire Raoul-Dandurand, UQÀM)

    Oui, en effet, ce genre d’oubli semble s’expliquer par le syndrome de l’Autruche qui, mettant sa tête dans un trou, s’excuse de ne pas voir ce qui se passe autour d’elle, tout simplement comme « ça » !

    Le jour où les politiciens cesseront de jouer à l’autruche, les choses risquent de changer pour de vrai !

    Entre temps ou …

    … ?!? - 6 août 2019 -

  • Marcel Vachon - Abonné 6 août 2019 08 h 31

    Je suis fatigué.

    Je suis fatigué d'entendre nos journalistes être suspendus aux lèvres d'un président (j'allais écrire "d'un imbécile") qui multiplie les absurdités quotidiennement. Qu'un de nos voisins pas trop futé dise des bêtises, on lèverait les épaules et poursuiverions notre route. Quand c'est le président des USA qui parle ainsi et à répétition, ça fini par tomber sur les rognons.
    Journalistes: pourriez-vous cesser de nous casser les oreilles en nous répétant, comme des peroquets, ce que ce ..... monsieur dit? SVP? Merci.

    • François Langlois - Abonné 6 août 2019 12 h 44

      Je me suis moi-même souvent demandé pourquoi les médias ne boycottent-ils pas tout simplement ce président qui les méprise avec véhémence. Le problème est que la presse représente, du moins en principe, un des remparts de la démocratie. Ne pas couvrir ce que dit le président des États-Unis, aussi grotesques que soit cet inquiétant personnage et ses propos délirants, serait confirmer une forme de dictature. Je ne crois pas que les journalistes sont pendus aux lèvres du président. Plusieurs doivent en avoir marre pas à peu près de l'entendre. Mais rapporter ce qu'il dit est un mal nécessaire. Ne tirez pas sur le messager.

  • Gilles Bonin - Inscrit 6 août 2019 09 h 19

    Rageur et rassembleur???

    Comment peut-on titrer ainsi? Enfin, il semble que l'on vive dans un autre monde. Son allocution était une logorhée de mots qui auraient dû être forts et porteurs, mais dans la bouche d'un Trump robotisé - comme toutes les fois où il lit le téléprompteur, n'étaient qu'une plate lithanie de poncifs et d'exagérations emphatiques, sous la plume paraît-il de son diablotin crypto fasciste de conseiller - Miller de son nom. Mais comme il a l'approbation de 40 à 45% des américains, il faut croire qu'il est à la hauteur d'une large proportion de ceux-ci.

  • Pierre Deschênes - Abonné 6 août 2019 10 h 30

    La pire personne

    Les Américains éprouvés par la perte violente de proches ont malheureusement la pire personne actuellement aux commandes de l'État pouvant partager sincèrement leurs souffrances et leurs deuils. Il n'est qu'à lire la liste infinie de tweets haineux et violents du personnage pour constater son manque total d'empathie et de solidarité. Il est même quasi insultant de l'entendre se prononcer sur ces funestes événements en disant à la fois tout et son contraire.