Quelle approche adopter devant Trump?

Donald Trump agit souvent par instinct.
Photo: Carolyn Kaster Associated Press Donald Trump agit souvent par instinct.

Depuis deux semaines, le président américain, Donald Trump, enchaîne les remarques considérées comme racistes, s’en prenant principalement à des élus démocrates de couleur. Un discours qui laisse présager une nouvelle campagne électorale centrée sur la question des divisions raciales au pays en vue du scrutin de 2020. Le Parti démocrate pourrait-il tourner la situation à son avantage ? Le Devoir s’est entretenu avec Philippe Fournier, chargé de projets au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), pour faire le point sur la situation. Propos recueillis par Annabelle Caillou.

En alimentant les tensions raciales, le président américain semble vouloir emprunter le même discours que lors des élections de 2016 pour galvaniser sa base électorale. Est-ce vraiment une stratégie gagnante ?

Déjà, c’est difficile de dire si c’est une stratégie claire de Donald Trump, car il y va souvent à l’instinct. Et son instinct lui dit que ce type de formulations fonctionne bien auprès de sa base électorale, qui est très préoccupée par la question de l’immigration. Exemple, après l’attaque qu’il a lancée contre les quatre élues démocrates de couleur [les invitant à « retourner là » d’où elles venaient], on a remarqué dans les sondages une petite augmentation dans les intentions de vote du côté républicain.

Après, calcule-t-il vraiment la portée ou les conséquences de ses déclarations ? Ce n’est pas clair. Et ce n’est pas dit que cette stratégie fonctionne encore. Au sein même du Parti républicain, certains ont déjà indiqué être inconfortables avec ses propos. En fonctionnant ainsi, il y a un risque d’aliéner une frange de l’électorat plutôt modéré, ces électeurs indépendants qui peuvent voter d’un côté une fois et de l’autre ensuite. Les analystes le disent souvent : les élections américaines se jouent dans le milieu, justement. Il faut aller chercher ces électeurs incertains.

La première réaction du Parti démocrate a été de lancer une procédure de destitution à l’encontre de Donald Trump, qui a toutefois échoué à la Chambre des représentants, à majorité démocrates. Est-ce un signe de division au sein du parti ?

Se lancer dans la voie de la destitution, c’est enclencher un processus qui démarre par une enquête au Congrès pour déterminer l’étendue des crimes. Ensuite, il faut que ça passe à la Chambre des représentants. En ce moment, il y a tout au plus une centaine de démocrates en faveur de la destitution et ce n’est pas suffisant.

Pour plusieurs, comme Nancy Pelocy, la présidente de la Chambre des représentants, les éléments ne sont simplement pas réunis, il n’y a pas de volonté affichée de la part de la population américaine pour une destitution.

Et, surtout, ils savent que ça va être ultimement bloqué au Sénat. Est-ce utile de s’engager dans cette voie-là alors que l’on connaît déjà le résultat final ? Ce qui aurait pu être déterminant, c’est un témoignage plus explosif et juteux de la part de M. Mueller. Mais ça n’a pas été le cas ; ils n’en ont pas retiré grand-chose.

Pour l’instant, il semble que les démocrates veulent se concentrer sur les élections de 2020 pour défaire Donald Trump.

Justement, quelle stratégie devrait adopter le Parti démocrate pour aller chercher davantage d’électeurs en 2020 ?

Ce que les démocrates doivent faire, c’est réagir à chaque intervention raciste du président Trump; ce qu’ils ont fait jusqu’ici. C’est important de ne pas normaliser ce type de discours et de le dénoncer.

Mais en entrant dans ce jeu, il peut y avoir des risques de dérapage, et il faut le faire avec doigté. Du côté démocrate, on va donc offrir une image des États-Unis plus unifiée que du côté républicain, qui mise sur les divisions. C’est le message central.

À l’avantage des démocrates, c’est qu’on a réussi à associer leur parti à la défense des minorités de toutes sortes.

Ensuite, ce qui est délicat, c’est surtout qu’il y a deux écoles de pensée au sein du parti. Certains vont aller dans la voie de la défense des identités particulières. D’autres, comme Bernie Sanders, vont plutôt insister sur les inégalités socio-économiques avant de miser sur l’appartenance ethnique.

À plus d’un an des élections, on est donc déjà plongé dans ce débat identitaire. Est-ce que ce sera le sujet principal de toute la campagne électorale, comme en 2016, selon vous ?

La question raciale va certainement être un des enjeux qui va occuper l’attention, notamment le candidat démocrate qui devra s’opposer à Donald Trump. On va aussi parler d’immigration, car ça vient de pair avec la question raciale aux États-Unis. Ça reste en fait une des meilleures cartes à jouer de Donald Trump. Car, sur les autres plans, il n’a pas grand-chose à offrir. Par exemple, sur le plan de l’économie, la performance est décevante. Si on fait la tournée des régions qui ont voté pour Donald Trump, les conditions de vie des gens ne se sont pas forcément améliorées en quatre ans.

Mais ce sera justement l’occasion pour les démocrates d’aborder ce sujet, de parler de la santé réelle de l’économie et du pouvoir d’achat des Américains. C’est un sujet qui touche.