États-Unis: reprise des exécutions au niveau fédéral après un moratoire de 16 ans

Le président républicain Donald Trump réclame régulièrement un usage renforcé de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers, les islamistes ou pour lutter contre le trafic de drogue.
Photo: Sue Ogrocki Associated Press Le président républicain Donald Trump réclame régulièrement un usage renforcé de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers, les islamistes ou pour lutter contre le trafic de drogue.

Le gouvernement de Donald Trump, lui-même fervent défenseur de la peine capitale, a annoncé jeudi la reprise des exécutions au niveau fédéral, alors que la dernière remonte à 2003, s’attirant immédiatement les foudres de l’opposition démocrate.

Le ministère de la Justice a adopté un nouveau protocole d’injection létale et programmé, à la demande du ministre Bill Barr, cinq exécutions qui auront lieu dans un pénitencier fédéral de Terre Haute dans l’Indiana en décembre 2019 et janvier 2020.

Elles concerneront cinq hommes condamnés par des jurys fédéraux « pour avoir tué, et parfois torturé et violé, les membres les plus vulnérables de la société : des enfants ou des personnes âgées » et qui ont épuisé tous les recours légaux, précise le ministère dans un communiqué.

Trop de gens innocents ont été condamnés à mort. Nous avons besoin d’un moratoire au niveau national sur la peine de mort, pas d’une résurrection.

« Le ministère de la Justice applique la loi et nous devons, pour les victimes et leurs familles, appliquer les peines déclarées par notre système judiciaire », a justifié Bill Barr. 

« La peine capitale est immorale et fonctionne mal », a immédiatement répliqué la sénatrice Kamala Harris, prétendante à l’investiture démocrate pour 2020. « Trop de gens innocents ont été condamnés à mort. Nous avons besoin d’un moratoire au niveau national sur la peine de mort, pas d’une résurrection », a-t-elle tweeté.

« Il y a suffisamment de violence dans le monde, le gouvernement ne devrait pas en ajouter », a également estimé Bernie Sanders, lui aussi en lice pour les primaires démocrates.

Le président républicain Donald Trump réclame régulièrement un usage renforcé de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers, les islamistes ou pour lutter contre le trafic de drogue. Il l’avait également réclamée après la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh en octobre 2018 (11 morts).

La peine de mort est légale aux États-Unis, mais il existe de fortes disparités régionales. Plusieurs États l’ont déclarée illégale ou ont prononcé des moratoires, si bien qu’elle n’est en vigueur que dans 25 des 50 États.

La plupart des meurtres sont jugés par les États, mais des tribunaux fédéraux peuvent être saisis des cas les plus graves (attentats, crimes racistes…) ou dépassant les frontières des États. Les tribunaux fédéraux prononcent donc rarement des peines capitales et seules 62 personnes se trouvent dans les couloirs de la mort de pénitenciers fédéraux, contre plus de 2600 dans les différents États, selon le Centre d’information sur la peine de mort (DPIC) qui fait référence.

Au niveau fédéral, seuls trois condamnés à mort ont été exécutés au cours des 45 dernières années, dont Timothy McVeigh, responsable de l’attentat d’Oklahoma City (168 morts en 1995), exécuté en 2001, et le dernier, Louis Jones, en 2003 pour le meurtre d’une militaire.