Joaquin «El Chapo» Guzman est condamné à la prison à vie

En janvier 2017, après avoir été capturé trois fois et s'être échappé deux fois de prison, Joaquin Guzman, alias «El Chapo», a été extradé vers les États-Unis.
Photo: U.S. law enforcement Archives via Associated Press En janvier 2017, après avoir été capturé trois fois et s'être échappé deux fois de prison, Joaquin Guzman, alias «El Chapo», a été extradé vers les États-Unis.

Le narcotrafiquant mexicain Joaquin Guzman, alias « El Chapo », a été condamné mercredi par un juge de New York à perpétuité, une peine symboliquement assortie de 30 années de prison supplémentaires. Les avocats du narcotrafiquant le plus puissant depuis la fin du règne du Colombien Pablo Escobar, en 1993, ont déjà annoncé qu’ils feraient appel de cette condamnation.

Les chefs dont a été reconnu coupable El Chapo le 12 février, à l’issue d’un procès de trois mois, imposaient, au minimum, la prison à perpétuité. Le juge fédéral Brian Cogan a choisi de l’assortir de 30 années de prison supplémentaires pour utilisation d’armes automatiques, suivant ainsi les réquisitions du procureur.

Considéré comme le narcotrafiquant le plus puissant au monde, Joaquin Guzman a acheminé aux États-Unis au moins 1200 tonnes de cocaïne sur un quart de siècle. « Les preuves accablantes présentées lors du procès ont montré que [Joaquin Guzman] était le chef impitoyable et sanguinaire du cartel de Sinaloa », qu’il a codirigé entre 1989 et 2014, avait écrit le bureau du procureur fédéral de Brooklyn, Richard Donoghue, dans son réquisitoire avant le prononcé de la peine.

Durant le procès, l’accusation a montré que le Mexicain avait ordonné l’assassinat ou mis lui-même à mort au moins 26 personnes — parfois après les avoir torturées —, qui étaient informateurs, trafiquants issus d’organisations rivales, policiers, collaborateurs, voire des membres de sa propre famille.

Les États-Unis ne valent pas mieux que tous les autres pays que vous ne respectez pas

Avant de connaître sa peine, mercredi, Joaquin Guzman s’est exprimé oralement pour la première fois depuis son extradition aux États-Unis, en janvier 2017. À l’audience, il a affirmé avoir été privé d’un procès équitable. « La justice n’a pas été rendue », a dit cet homme de 62 ans, qui a bâti, en trente ans, le cartel le plus puissant du Mexique. « Les États-Unis ne valent pas mieux que tous les autres pays que vous ne respectez pas », a-t-il martelé. S’exprimant en espagnol, il a dénoncé ses conditions de détention, affirmant avoir été « torturé physiquement, psychologiquement et mentalement 24 heures par jour ».

« Une peine inévitable »

Avant que le juge ne prononce la peine, l’ancienne assistante d’un collaborateur d’El Chapo, Alex Cifuentes, avait raconté que Joaquin Guzman avait offert un million de dollars pour sa tête. « Je suis un miracle divin parce que M. Guzman a essayé de me tuer », a expliqué Andrea Fernandez Velez, qui a pleuré tout au long de son témoignage.

Mercredi, le juge a aussi ordonné la saisie de 12,6 milliards de dollars, ce qui correspond, selon le procureur, aux gains tirés du trafic de drogue. À ce jour, la justice américaine n’en a pas vu le moindre sou. Selon l’enquête, plusieurs centaines de millions de dollars auraient pourtant transité par le système bancaire, et El Chapo aurait également investi dans une compagnie d’assurances située aux États-Unis.

« C’était une peine inévitable », a déclaré l’avocat de M. Guzman, Jeffrey Lichtman, à la sortie de l’audience. « Ce dossier revenait simplement à de l’inquisition. C’était un spectacle. »

« Cette peine est significative et bien méritée », a commenté le procureur fédéral de Brooklyn, Richard Donoghue. « C’est la seule peine qui pouvait être prononcée pour quelqu’un qui a passé sa vie à empoisonner les rues de notre pays », a ajouté la procureure fédérale de Miami, Ariana Fajardo Orshan.

« Nous voulons que ce dossier serve d’avertissement », a dit Mike Driscoll, responsable du bureau de New York du FBI, le message étant que les autorités américaines sont prêtes à tout mettre en oeuvre « pour poursuivre les chefs de ces cartels et leur faire payer les dégâts qu’ils font dans notre pays tous les jours ».

Joaquin Guzman devrait purger sa peine à l’Administrative Maximum Facility, un établissement pénitentiaire de sécurité maximale situé au milieu de nulle part, à Florence (Colorado).