Donald Trump poursuit ses attaques contre des élues démocrates

Les représentantes démocrates Rashida Tlaib, Ilhan Omar, Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley en conférence de presse
Photo: J. Scott Applewhite Associated Press Les représentantes démocrates Rashida Tlaib, Ilhan Omar, Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley en conférence de presse

Les violentes attaques de Donald Trump contre quatre élues démocrates issues de minorités ont suscité lundi des réactions indignées jusque dans son propre camp, au sein duquel des responsables l’ont appelé à s’excuser pour ses tweets « racistes ».

À l’approche de la présidentielle de novembre 2020, le milliardaire semble plus déterminé que jamais à souffler sur les braises des tensions raciales pour galvaniser sa base électorale — très majoritairement blanche —, mais aussi à alimenter les divisions chez ses adversaires politiques.

Après avoir conseillé ce week-end aux quatre élues de « retourner » dans leur pays d’origine, le président américain a intensifié lundi ses attaques, les accusant de « haïr » l’Amérique. « Si vous n’êtes pas heureuses ici, vous pouvez partir ! », a-t-il lancé depuis les jardins de la Maison-Blanche.

Lors d’une conférence de presse commune, les quatre femmes visées — Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan) — ont vivement répliqué.

« On ne nous fera pas taire », a affirmé l’élue noire Ayanna Pressley, tout en appelant les Américains à « ne pas mordre à l’hameçon » et se laisser prendre par cette surenchère visant d’abord selon elle à détourner l’attention des problèmes touchant la population.

« Inacceptable »

« Est-ce que cela vous dérange que nombre de gens trouvent vos tweets racistes ? », a demandé lundi un journaliste à Donald Trump. « Cela ne me dérange pas car beaucoup de gens sont d’accord avec moi », a-t-il répondu.

La veille, le 45e président des États-Unis avait appelé les élues démocrates à retourner dans « ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent ». Trois d’entre elles sont nées aux États-Unis.

Rompant avec le silence initial des élus républicains, la sénatrice du Maine Susan Collins a appelé le président milliardaire à revenir sur ses propos. « Le tweet du président dans lequel il disait que des élues du Congrès devraient retourner "d’où elles viennent" était totalement déplacé et devrait être retiré », a-t-elle déclaré.

Peu après, le sénateur noir républicain de Caroline du Sud Tim Scott lui a emboîté le pas, dénonçant des propos à « connotation raciste […] inacceptables ».

L’élu de l’Ohio Mike Turner a lui appelé le président à « s’excuser » pour ces tweets « racistes ».

Mitt Romney, ancien candidat du « Grand Old Party » à la Maison-Blanche, a qualifié les propos du président de « destructeurs et dégradants ».

Dans le camp démocrate, les courts messages présidentiels ont suscité une avalanche de réactions outrées. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a vivement dénoncé des commentaires « xénophobes » et appelé les élus à soutenir une motion devant la Chambre les condamnant explicitement.

« Écoeurant »

La stratégie politique du locataire de la Maison-Blanche est claire : enfoncer des coins dans la famille démocrate, traversée de tensions.

Le président américain cible sciemment quatre jeunes élues du Congrès qui se situent sur l’aile gauche du parti et dont les désaccords avec Nancy Pelosi alimentent régulièrement la chronique à Washington.

« Avec cette sortie délibérément raciste, Donald Trump cherche à rendre les personnes ciblées plus visibles, à pousser les démocrates à les défendre et à en faire des emblèmes du parti tout entier », a estimé David Axelrod, ancien proche conseiller de Barack Obama. « C’est un calcul froid et cynique ».

Quelques heures plus tard, Donald Trump validait lui-même point par point cette analyse en expliquant dans un tweet que les démocrates avaient essayé de prendre leurs distances avec les quatre élues, mais étaient « désormais contraints de les défendre ».

« Cela signifie qu’ils soutiennent le socialisme, la haine d’Israël et des États-Unis ! », a-t-il conclu.

Pour Joe Biden, vice-président de Barack Obama pendant huit ans et candidat à l’investiture démocrate pour 2020, aucun président dans l’histoire américaine « n’a été aussi ouvertement raciste que cet homme ». « Rentrez dans votre pays ? C’est écoeurant ».

Une réaction venue de l’autre côté de l’Atlantique a retenu l’attention lundi dans la capitale fédérale américaine : celle de la première ministre britannique sur le départ, Theresa May, qui a jugé « totalement inacceptables » les propos du président de la première puissance mondiale.


Interrogé par la presse, le premier ministre canadien Justin Trudeau a critiqué à mots couverts les attaques de M. Trump. « Je pense que les Canadiens, et en fait tout le monde sur la planète, savent exactement ce que je pense de ces commentaires », a-t-il déclaré.


« Ce n’est pas comme ça que nous voyons les choses au Canada : un Canadien est un Canadien », a-t-il poursuivi, sans jamais nommer Donald Trump.