Des conditions de vie «effroyables et dégoûtantes» pour les migrants

Les parlementaires Joaquin Castro, Tom Udall et Beto O'Rourke devant un officier de la police américaine aux frontières
Photo: Joe Raedle Getty Images Les parlementaires Joaquin Castro, Tom Udall et Beto O'Rourke devant un officier de la police américaine aux frontières

La police américaine aux frontières était mardi sous un feu nourri de critiques après la visite d’élus du Congrès dans des centres de rétention de migrants clandestins au Texas, où ils ont dénoncé des conditions de vie « effroyables ».

Lundi, les parlementaires démocrates ont visité des centres à El Paso et Clint, deux villes frontalières du Mexique où sont détenus des migrants entrés illégalement sur le territoire américain.

Cette visite est intervenue au moment où le site d’information indépendant ProPublica a révélé l’existence d’un groupe Facebook géré par des agents de la police aux frontières. Ils y échangent commentaires moqueurs et insultes sur les migrants et les parlementaires opposés au programme de lutte contre l’immigration illégale du président Donald Trump.

Selon ProPublica, ce groupe secret compte environ 9500 membres.

La patronne de l’agence, Carla Provost, a dénoncé les messages « complètement inappropriés » et « contraires à l’honneur et à l’éthique » des agents. Le service fédéral de protection des frontières a annoncé qu’il avait lancé une enquête sur ce groupe Facebook.

Certains des messages contenaient des images truquées, notamment une où l’on voit un président Donald Trump souriant qui tient la tête de la représentante de l’État de New York Alexandria Ocasio-Cortez devant son entrejambe.

D’autres messages qualifient Mme Ocasio-Cortez et sa collègue Veronica Escobar du Texas de « putes », tandis qu’un agent a appelé à « lancer un burrito à ces chiennes ».

Mme Ocasio-Cortez a affirmé qu’elle n’était pas surprise par ces messages, en particulier après avoir constaté la façon dont sont traités les migrants dans les installations qu’elle a pu visiter. « C’est simplement révélateur de la culture violente que nous avons vue », a-t-elle dit.

Cette polémique a contribué à renforcer les tensions déjà vives après une semaine marquée par des drames à la frontière.

L’ONG Human Rights Watch a dénoncé le manque d’hygiène et la surpopulation au centre de Clint, qui accueillait alors 300 mineurs isolés. Les autorités ont, depuis transféré la majorité des mineurs dans d’autres centres d’hébergement. Et la photo des corps d’un migrant et de sa fille en bas âge gisant au bord du Rio Grande a choqué l’opinion, rappelant les dangers encourus par ceux qui tentent de traverser la frontière naturelle entre le Mexique et les États-Unis.

Le chef de la délégation parlementaire, Joaquin Castro, a raconté lundi les conditions de vie d’une vingtaine de femmes à El Paso, dont certaines étaient selon lui enfermées depuis près de deux mois dans ce centre de rétention de la police aux frontières (CBP).

Devant les journalistes, il a évoqué des cellules « sans eau courante » où les détenues devaient « boire l’eau des toilettes ».

Dans une vidéo filmée en cachette dans la cellule sans lit, le parlementaire montre aussi ces femmes dans des sacs de couchage lui expliquer qu’elles sont privées de douches et n’ont pas accès aux médicaments.

Une autre démocrate, Judy Chu, a dénoncé des conditions de détention « effroyables et dégoûtantes », tandis que Madeleine Dean, du même parti, évoquait « l’hostilité des gardiens » à l’égard de la délégation.

Réaction de Trump

Le président Trump a indiqué qu’il n’avait pas vu les publications du groupe Facebook, mais a estimé que les agents de la patrouille frontalière n’étaient pas satisfaits des décisions du Congrès en matière d’immigration.

« Les agents des frontières, ce sont des patriotes, ce sont des gens formidables. Ils aiment notre pays. Ils savent qui arrive » à la frontière, a lancé M. Trump.

Face à l’arrivée massive de migrants venus d’Amérique centrale à la frontière sud des États-Unis, le gouvernement a décrété, l’été 2018, la « tolérance zéro » contre l’immigration, notamment en séparant les familles de migrants. Les adultes étaient placés en rétention tandis que les enfants étaient hébergés dans des centres d’accueil, rapidement saturés.

Mais la justice a interdit cette mesure, et les mineurs non accompagnés doivent être désormais remis à leur famille ou être pris en charge par le ministère de la Santé après 72 heures de rétention.

Avec 144 000 personnes arrêtées en mai, les structures de rétention à la frontière sont « sursaturées » car elles « n’ont jamais été faites pour gérer le volume de migrants qui nous arrivent », a expliqué mardi sur CNN Robert Perez, chef adjoint de l’agence de surveillance des frontières. Il a démenti les accusations de mauvais traitements ou de manque d’hygiène des détenus, assurant des « normes très strictes » pour l’accès à l’eau et aux produits d’hygiène.

Pour faire face à la crise migratoire, le Congrès a approuvé la semaine dernière en urgence une enveloppe de 4,6 milliards de dollars. Elle prévoit des financements pour l’accueil des mineurs, mais aussi pour le contrôle de la frontière.