Trump se lance pour la présidentielle de 2020

Déclenchant les cris de joie de ses milliers de partisans, le président américain, Donald Trump, a annoncé officiellement mardi soir qu’il démarrait sa campagne pour décrocher un second mandat en novembre 2020.
Photo: Evan Vucci Associated Press Déclenchant les cris de joie de ses milliers de partisans, le président américain, Donald Trump, a annoncé officiellement mardi soir qu’il démarrait sa campagne pour décrocher un second mandat en novembre 2020.

Il y a quatre ans, le lancement de la campagne de Donald Trump ressemblait plus à un coup de publicité pour un magnat de l’immobilier qu’à l’annonce d’un candidat qui deviendrait président. Dans le hall rutilant d’une tour portant son nom, à Manhattan, il s’était adressé à des partisans rémunérés pendant près d’une heure. Cette année, il est arrivé à Orlando à bord d’un avion décoré des lettres « United States of America » et a livré un discours à un public enflammé emplissant un amphithéâtre de 20 000 places.

Le président américain a enfilé ses chaussures de candidat républicain, mardi soir, pour officiellement lancer sa campagne présidentielle en vue des élections de 2020. Cette annonce n’apportait toutefois rien de neuf, puisque M. Trump clame depuis l’hiver 2017 son intention de se présenter à sa propre succession.

« Nos opposants radicaux sont motivés par la haine et la rage. Ils veulent vous détruire, et ils veulent détruire notre pays tel que nous le connaissons. Ce n’est pas acceptable, ça n’arrivera pas », a tonné Donald Trump lors de son allocution, s’en prenant violemment à ses rivaux démocrates.

Le mur à la frontière américano-mexicaine, l’économie américaine, le rapport Mueller, la Chine, les fausses nouvelles : tout le discours trumpien, mille fois répété depuis un cycle électoral, a également été entonné par le président, précédé au micro par sa femme Melania et le vice-président Mike Pence. Dans le centre Amway, domicile de l’équipe de basketball d’Orlando, ses partisans vêtus des couleurs du drapeau américain, mais surtout du rouge de la casquette « Make America Great Again », ont entonné à tue-tête « Four more years », ou encore « Build that wall ».

Alors que les têtes grises du parti faisaient tout pour l’écarter de la course en 2016, rien ne semble pouvoir aujourd’hui empêcher Donald Trump d’être le candidat républicain en 2020. En janvier dernier, le Comité national républicain, chargé de diriger le parti à l’échelle nationale, a exprimé son « soutien entier » à M. Trump.

 
Photo: Greg Newton Agence France-Presse Des manifestants se sont faits entendre à l’extérieur de l’amphithéâtre où se trouvait Donald Trump.

L’équipe de campagne de Donald Trump a contribué à construire cette mainmise sur le parti. Depuis des mois, elle applique une pression constante sur les instances républicaines régionales afin de s’assurer de leur soutien au président en poste. Le directeur politique de la Maison-Blanche, Bill Stepien, a appelé cela un « processus pour s’assurer que la convention nationale soit une publicité télévisée pour le président devant 300 millions de personnes, et pas une bataille interne ».

Ce renversement est le signe d’une évolution de la vie politique américaine depuis que Donald Trump est locataire de la Maison-Blanche, explique Julien Tourreille, chercheur en résidence de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. « M. Trump est parvenu à faire du Parti républicain son parti, à le dominer de façon tout à fait spectaculaire », dit M. Tourreille.

Après l’entrée en poste de Donald Trump, plusieurs analystes croyaient que son parti arriverait à le contenir, du moins en partie. Ce n’est pas du tout ce qui est arrivé.

« Il a réussi à s’inscrire dans l’ADN du parti. Les autres leaders républicains qui pourraient s’opposer à lui préfèrent se taire », ajoute M. Tourreille. Pour l’instant, seul William F. Weld, un ancien gouverneur du Massachusetts, défie M. Trump aux primaires républicaines.

Donald Trump est parvenu à faire du Parti républicain son parti, à le dominer de façon tout à fait spectaculaire

La convention nationale du Parti républicain aura lieu en août 2020, à Charlotte, en Caroline du Nord. « Le temps est long, on peut toujours faire des erreurs monumentales, mais disons qu’à l’heure où on se parle, Donald Trump a absolument toutes les chances d’être réinvesti par le parti à l’élection présidentielle », estime le chercheur québécois.

État pivot

Les choses seront nettement plus corsées face à son futur adversaire démocrate. Selon un récent sondage, Donald Trump ne ferait pas le poids à l’élection présidentielle devant l’un ou l’autre des candidats Joe Biden, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Kamala Harris ou Pete Buttigieg. Au sein du Parti républicain, son soutien oscille autour de 90 %, mais il demeure très faible en dehors de sa base électorale.

Pour gagner la partie, M. Trump tentera probablement de consolider ses appuis dans les États pesant le plus lourd dans la balance électorale — les mêmes qui l’ont porté au pouvoir en 2016, malgré un retard de trois millions à l’échelle nationale derrière Hillary Clinton.

Amorcer officiellement sa campagne en Floride est, en ce sens, un choix éminemment stratégique. Avec 29 grands électeurs, c’est l’État pivot le plus important au pays. Sa prise par Donald Trump en 2016, par 1 % des voix, avait sonné le glas de son opposante démocrate. Quatre ans plus tôt, Barack Obama l’arrachait avec une marge similaire avant de revenir en poste pour un second tour de piste.

Depuis 1964, la Floride a voté pour le candidat présidentiel malheureux à une seule occasion.