Dans le Missouri, une clinique défend son droit à pratiquer l’avortement

La puissante organisation Planned Parenthood a introduit un recours en urgence pour suspendre la décision des autorités locales de lui retirer sa licence d’exploitation.
Photo: Michael B. Thomas Getty images / Agence France-Presse La puissante organisation Planned Parenthood a introduit un recours en urgence pour suspendre la décision des autorités locales de lui retirer sa licence d’exploitation.

Le Missouri pourrait, sauf décision de justice de dernière minute jeudi, devenir le premier État américain à ne plus pratiquer d’avortement depuis 1973, nouveau développement d’une grande offensive des conservateurs contre ce droit pourtant garanti par la Cour suprême.

La puissante organisation Planned Parenthood, qui gère à Saint-Louis la dernière clinique pratiquant des interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans l’État, a introduit un recours en urgence pour suspendre la décision des autorités locales de lui retirer sa licence d’exploitation.

Planned Parenthood demande au tribunal d’invalider une décision « arbitraire, incohérente et illégale » prise par les autorités de cet État du centre du pays.

Mais pour le gouverneur, le républicain Mike Parson, l’organisation « a violé les lois de l’État à de nombreuses reprises en connaissance de cause ».

L’audience, devant le juge Michael Stelzer, doit débuter à 10 h 30 locales (15 h 30 GMT).

« Nous espérons que le tribunal verra exactement ce qui se passe, que depuis dix ans l’État du Missouri impose règlement sur règlement qui n’ont aucun fondement médical », a expliqué mercredi sur CBS Leana Wen, la présidente de Planned Parenthood.

Selon l’organisation, les autorités ont évoqué en mai des « lacunes » et demandé à la clinique une série de réformes avant de renouveler la licence d’exploitation, qui expire vendredi. Elles veulent aussi interroger les sept médecins ayant exercé des interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans la clinique l’an dernier.

L’organisation a accepté de changer ses procédures de consultation et d’examens, mais estime qu’elle ne peut contraindre les médecins à témoigner, car ils ne sont pas employés par Planned Parenthood.

Comme plusieurs États conservateurs, le Missouri a par ailleurs adopté la semaine dernière une loi très restrictive sur les IVG, interdisant les avortements au-delà de huit semaines de grossesse. Elle n’est pas encore entrée en vigueur et a de fortes chances d’être invalidée en justice.

« Choisir la vie »

Ces lois sont en effet en contradiction flagrante avec la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis, qui autorise depuis 1973 les Américaines à interrompre leur grossesse tant que le fœtus n’est pas viable (vers 24 semaines).

En 2018, l’avant-dernière clinique de l’État avait fermé après que les autorités ont imposé aux médecins pratiquant des IVG d’être affiliés à un hôpital. Selon les médias américains, le Missouri comptait cinq cliniques pratiquant des avortements il y a encore dix ans.

Vendredi, Mike Parson s’était réjoui que son État ait « atteint le plus bas niveau historique d’avortements, passant de 20 000 à 3000 IVG par an ».

« En travaillant ensemble, on peut continuer à aider les habitants du Missouri à choisir la vie », avait-il ajouté.

Depuis quelques mois, plusieurs États religieux ou conservateurs du pays ont lancé une nouvelle offensive contre le droit à l’avortement. L’objectif est de faire revenir le sujet devant la Cour suprême, où les juges conservateurs sont de nouveau majoritaires depuis l’entrée dans le temple du droit américain du juge Brett Kavanaugh, nommé par Donald Trump.

La Louisiane a adopté mercredi une loi interdisant aux femmes de recourir à une interruption volontaire dès que les « battements de cœur » du fœtus peuvent être détectés, soit vers la sixième semaine de grossesse. Le gouverneur démocrate John Bel Edwards a annoncé qu’il allait promulguer le texte. Le Mississippi, l’Ohio, le Kentucky, la Georgie ou encore le Tennessee avaient auparavant adopté des lois similaires.

L’Alabama a promulgué le 15 mai le texte le plus répressif du pays, interdisant la quasi-totalité des interruptions volontaires de grossesse, même en cas d’inceste ou de viol. Il assimile l’avortement à un homicide et prévoit une peine de 10 à 99 ans de prison pour les médecins le pratiquant, sauf en cas d’urgence vitale pour la mère ou d'« anomalie létale » du fœtus.

Aux États-Unis, six États n’ont qu’une seule clinique pratiquant des avortements.