Le spectre de l’antisémitisme refait surface aux États-Unis

Aux États-Unis, l’Anti-Defamation League, organisation combattant l’antisémitisme, a dénombré un bond de 57% des incidents antisémites au pays en 2017.
Photo: Sandy Huffaker Agence France-Presse Aux États-Unis, l’Anti-Defamation League, organisation combattant l’antisémitisme, a dénombré un bond de 57% des incidents antisémites au pays en 2017.

L’attaque de samedi contre une synagogue californienne ravive les craintes d’une montée de l’antisémitisme aux États-Unis, le président Donald Trump, souvent accusé d’attiser les tensions raciales et religieuses, dénonçant aussitôt ce crime « motivé par la haine ».

« Nous ne nous laisserons pas intimider. Le terrorisme ne l’emportera pas », a déclaré dimanche le rabbin Yisroel Goldstein, qui a perdu un doigt dans l’attaque à l’arme automatique menée la veille dans une synagogue de Poway, près de San Diego, par un homme de 19 ans se revendiquant comme antisémite et islamophobe. Une femme y a perdu la vie et deux autres personnes ont été blessées.

« Nous, Américains, ne pouvons pas nous incliner face à la haine insensée qu’est l’antisémitisme », a-t-il ajouté sur la chaîne NBC. Le rabbin, qui avait malgré ses blessures continué à prêcher à l’extérieur de la synagogue avant l’arrivée des secours, a expliqué avoir ainsi voulu « donner du courage » à sa congrégation.

« Cet événement horrible doit sonner l’alarme sur la sécurité de tous nos lieux de culte », a-t-il ajouté.

Dès samedi soir, Donald Trump a « condamné avec force les maux de l’antisémitisme et de la haine, qui doivent être vaincus ». « Nous ferons la lumière sur beaucoup de choses qui se produisent dans ce pays », a-t-il promis, sans plus de précisions.

Nous, Américains, ne pouvons pas nous incliner face à la haine insensée qu’est l’antisémitisme

Le milliardaire républicain avait été vivement critiqué pour sa réponse aux manifestations néonazies d’août 2017 à Charlottesville, en Virginie, lors desquelles une manifestante antiraciste avait été tuée.

Sa proche conseillère Kellyanne Conway a tenté dimanche de dissiper l’impression que M. Trump se trouve sur la défensive sur le sujet de l’antisémitisme et du suprémacisme blanc. « Le président a qualifié cela de crime motivé par la haine avant » les responsables californiens, a-t-elle affirmé sur CNN.

Bond de l’antisémitisme

L’attaque contre la synagogue de Poway a été condamnée dans le monde entier, notamment par le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui a appelé la communauté internationale à « intensifier la lutte contre l’antisémitisme ».

Aux États-Unis, l’Anti-Defamation League, organisation combattant l’antisémitisme, a dénombré un bond de 57 % des incidents antisémites au pays en 2017, la hausse la plus brutale depuis les années 1970. Sans citer Donald Trump, son président a souligné dans un communiqué que les discours clivants avaient des conséquences.

« Créer des divisions entre les gens à cause de la façon dont ils prient, à cause de leur apparence ou de leurs croyances, c’est donner de l’oxygène aux extrémistes », a déclaré Jonathan Greenblatt. « Les groupes religieux de toutes sortes doivent s’épauler et rejeter non seulement la violence, mais les discours destructeurs qui les dressent les uns contre les autres, partout et tout le temps ».

Contexte tragique

La fusillade de samedi, au dernier jour des festivités de la Pâque juive, est intervenue six mois exactement après celle qui avait coûté la vie à onze personnes le 27 octobre dans la synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Elle suit aussi les attentats suicides de Pâques, qui ont frappé dimanche dernier au Sri Lanka des églises de la minorité chrétienne et des hôtels de luxe, faisant 253 morts, ainsi que le carnage commis le 15 mars contre des mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, par un suprémaciste blanc australien qui a tué 50 fidèles musulmans au moment de la prière.

L’élue musulmane Ilhan Omar, menacée de mort depuis que Donald Trump a tweeté un montage vidéo donnant l’impression qu’elle minimisait les attentats du 11 Septembre, a été l’une des premières à réagir à l’attaque de Poway.

« La réponse, c’est l’amour. Le moyen, c’est l’amour, et, oui, moins d’armes à feu », a-t-elle tweeté samedi soir.