Trump a tenté de faire de l’obstruction

Document fort attendu s’il en est, le rapport d’enquête de Robert Mueller.
Photo: Cliff Owen Associated Press Document fort attendu s’il en est, le rapport d’enquête de Robert Mueller.

Oui. Il y a bien eu ingérence des Russes dans la campagne électorale américaine de 2016, mais sans qu’elle ait été coordonnée avec l’équipe de campagne de Donald Trump. Et non, le président américain n’est pas blanc comme neige, puisqu’il a bel et bien cherché à intervenir, à plusieurs reprises, dans le fonctionnement de la justice, en cherchant entre autres à se débarrasser du procureur spécial Robert Mueller, puis de limiter l’action de son enquête.

Loin des cris de victoire et des accusations de « chasse aux sorcières » lancées depuis plusieurs jours par l’occupant de la Maison-Blanche, le très attendu rapport Mueller, rendu public jeudi dans une version expurgée de plusieurs éléments confidentiels, a finalement dévoilé une réalité bien parallèle à celle que Donald Trump résume depuis des mois à quelques formules lapidaires : « Pas de collusion, pas d’obstruction. J’ai gagné. » Une réalité qui vient donner de l’eau au moulin des démocrates et de leurs nombreuses enquêtes en cours au sein du Congrès américain sur les intentions criminelles de certains gestes commis par la présidence américaine.

Le président Trump a été pleinement et totalement innocenté

« À quelques détails près, il n’y a rien que l’on ne connaissait pas déjà dans ce rapport, mais c’est désormais coulé dans le béton d’un rapport d’enquête définitif et c’est bien plus dommageable que ce que l’actuel ministre de la Justice, William Barr, a bien voulu en dire dans son résumé il y a quelques jours », a indiqué au Devoir Philippe Fournier, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM) de l’Université de Montréal et spécialiste de la politique américaine.


Décalage

Dans cette synthèse de quatre pages, dévoilée fin mars, M. Barr exonérait le président Trump de toute tentative d’obstruction à la justice et de collusion avec des forces étrangères pour faire tourner la campagne électorale à l’avantage de son camp. Des propos répétés d’ailleurs jeudi matin, lors d’une conférence de presse tenue quelques heures avant la publication du rapport de 448 pages. « La lecture du document montre désormais le décalage qu’il y a entre l’interprétation de Barr et les preuves et faits consignés dans le rapport. »

Photo: Charles Dharapak Associated Press Le procureur spécial Robert Mueller

« L’enquête a permis de révéler plusieurs liens entre le gouvernement russe et la campagne de Donald Trump », peut-on lire. Selon l’équipe du procureur spécial, la Russie jugeait dans son intérêt une Maison-Blanche occupée par Trump et a oeuvré en ce sens alors que l’équipe de campagne du milliardaire estimait pouvoir tirer avantage des informations volées et diffusées par les Russes pour contrer le camp démocrate. Mais, ajoute le document, l’enquête ne permet pas d’établir que ces deux objectifs ont été « coordonnés » ou qu’ils ont été le fruit d’une « conspiration », au sens de la loi.

Sur les tentatives de manipulation du processus judiciaire, et plus particulièrement de l’enquête sur l’ingérence russe par Donald Trump ou son entourage, le rapport Mueller se montre toutefois plus catégorique en exposant onze événements dans lesquels le président a été mouillé, selon des notes prises par plusieurs de ces conseillers de rencontres au bureau ovale ou de témoignages de proches aujourd’hui inculpés. L’ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, l’ex-directeur de campagne Paul Manafort ou l’ex-avocat Michael Cohen en font partie.

Ainsi, on apprend que Donald Trump a fait pression sur un conseiller pour faire limoger Robert Mueller après sa nomination à la tête de l’enquête sur l’ingérence russe et a insisté auprès de Jeff Sessions, l’ex-procureur général des États-Unis, pour qu’il fasse enquête sur les Clinton. Trump voulait voir Sessions prendre le contrôle de l’enquête, et ce, malgré certaines compromissions et deux rencontres avec l’ambassadeur russe en 2016.

Le président a également cherché à minimiser la nature de la rencontre qui s’est jouée à la Trump Tower en juin 2016, entre sa garde rapprochée et une avocate russe. Il a d’abord tenté d’empêcher la diffusion de courriels confirmant cette rencontre, à laquelle son fils et son gendre ont pris part. Puis, il a réécrit un communiqué de presse pour faire disparaître le fait que cette réunion visait à acquérir de l’information pouvant être utilisé contre Hillary Clinton, remplaçant ça par une simple discussion sur l’adoption d’enfants russes aux États-Unis.

Par ailleurs, selon les notes de la chef de cabinet de Jeff Sessions, Donald Trump a très mal réagi en apprenant la nomination de Robert Mueller comme procureur spécial. « Oh, mon Dieu ! C’est terrible. C’est la fin de ma présidence. Je suis fourré (I’m fucked) », a-t-il dit en colère. « Comment as-tu pu laisser faire ça ! » a-t-il demandé à M. Sessions.


Trump sur Twitter

Jeudi, en fin de journée, Donald Trump s’est envolé pour sa résidence floridienne de Mar-a-Lago à bord de son hélicoptère, sans prendre la peine de répondre aux questions des nombreux journalistes présents pour le questionner sur le dévoilement du rapport Mueller, a indiqué The Guardian. Plus tôt dans la journée, le président a publié, sur son compte Twitter, un message illustré s’inspirant de la série populaire Game of Thrones le montrant de dos et rappelant que cette journée marque, selon lui, la fin de la partie (game over) pour ses détracteurs et les « démocrates radicaux de gauche ».

« Depuis deux ans, Trump et son entourage répètent la même chose et affirment qu’il n’y a pas eu d’ingérence, pas de collusion, pas d’obstruction, fait remarquer Vincent Raynauld, professeur de communication politique au Emerson College de Boston. En politique, la répétition vient établir une réalité, et c’est ce à quoi on a assisté ici. »

En contradiction avec les faits, Brad Parscale, qui dirige la campagne de Donald Trump pour 2020, a publié une déclaration dans laquelle il souligne que « le président Trump a été pleinement et totalement innocenté » par l’enquête Mueller. Toutefois, à plusieurs reprises, le procureur spécial y écrit, « même si ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, il ne l’en disculpe pas ». Pour sa part, la conseillère spéciale du président, Kellyanne Conway, a comparé l’enquête Mueller à un « examen rectal » sur les ondes du réseau Fox News et affirmé que Trump avait désormais « un bilan de santé propre ».

Mais pour Philippe Fournier, tout ça n’est qu’une mise en scène pour détourner les regards d’une autre réalité. « Ce rapport pourrait nuire au président, dit-il. C’est un nuage qui va continuer à planer au-dessus de sa présidence et qui va donner du carburant à ceux qui enquêtent sur lui. »

Les démocrates ont d’ailleurs demandé à ce que Robert Mueller vienne témoigner devant le Congrès pour y éclairer les découvertes faites dans le cadre de son enquête. William Barr ne s’y est pas opposé.

Dans la lignée de grandes enquêtes

Le rapport Mueller vient allonger la liste des rapports d’enquête d’envergure qui ont rythmé la vie politique américaine pour parfois frapper de plein fouet la présidence des États-Unis. De Nixon à aujourd’hui. Rétrospective en trois dates.

1974. Deux ans après l’introduction de cinq hommes par effraction au siège du comité national démocrate dans l’immeuble Watergate de Washington, la commission d’enquête sur la campagne électorale de 1972, présidée par Sam Ervin Jr, dépose son rapport qui fait la lumière sur les manigances du clan républicain de Richard Nixon pour espionner et déstabiliser l’adversaire. Le document recommande des changements majeurs dans les règles électorales américaines et donne le coup d’envoi à une procédure de destitution que Nixon va éviter en démissionnant le 9 août 1974.

1998. C’est un document méticuleux qui détaille la nature d’une relation extraconjugale, celle du président Bill Clinton avec Monica Lewinsky. Le rapport Starr, du nom du procureur indépendant Kenneth Starr, parle de robe bleue, de mensonges présidentiels sous serment et d’obstruction à la justice. Un procès en destitution va suivre sa publication. Sans succès. Bill Clinton perdra toutefois son permis pour pratiquer le droit en Arkansas pendant 5 ans.

2004. La deuxième guerre en Irak a-t-elle été déclenchée sur la base de fausses informations ? C’est la question que pose George W. Bush à un comité biparti chargé d’établir si Saddam Hussein a eu en sa possession des armes de destruction massive. Ou pas. Le rapport publié en 2005 confirme l’invention du pire pour justifier une intervention militaire largement décriée par plusieurs alliers des États-Unis, dont la France et la Canada. Sa publication, le 21 mars, n’aura toutefois pas d’impact sur l’avenir politique de Bush fils, Bush ayant été réélu quelques mois plus tôt pour son deuxième mandat. Une enquête du Fund for Independence in Journalism révélera en 2008 que lui et sa garde rapprochée ont manipulé pas moins de 935 mensonges pour vendre leur guerre aux Américains.
2 commentaires
  • René Girard - Inscrit 19 avril 2019 05 h 16

    Fake news votre article

    Vous prenez vos lecteurs pour des valises ou bien vous vous alimentez aux fake news. Ce que le Rapport démontre : « No collusion » et « No obstruction of justice ». « Donald Trump is completely vindicated ». Maintenant le boomerang revient sur les accusateurs et il y aura des poursuites engagées contre les véritables conspirationnistes qui ont tout inventé pour démettre Donald Trump de ses fonctions. À commencer par James Comey, viendront s'ajouter John Brennan, James Clapper et une dizaine d'autres acteurs de la ahute direction du FBI et du Department of Justice.

  • Michel Beauchamp - Abonné 19 avril 2019 11 h 44

    Délire

    Vous prenez vos rêves pour la réalité. Est-il possible que "René Girard" soit un pseudonyme utilisé par Donald Trump, un strategème qu'il a utilisé à maintes reprises par le passé ?